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Commentaire

Un repère essentiel au carrefour de l’économie mondiale

Paul Cappon, président-directeur général, CCA

7 oct. 2009

Les effets de la récession mondiale sur les conditions du marché canadien du travail semblent parfois insurmontables. Pour de nombreux Canadiens, l’incertitude économique se répercute sur presque toutes les décisions qu’ils prennent, qu’il s’agisse de leurs aspirations professionnelles, de la planification des études de leurs enfants, de la viabilité de leurs projets de retraite ou de la recherche ou de la conservation d’un emploi. Les gouvernements s’efforcent de limiter les effets du ralentissement économique : pertes d’emplois débilitantes, gel des salaires et de l’embauche et restructurations organisationnelles. Nous souhaitons tous que le cauchemar s’arrête bientôt. Nous cherchons des solutions rapides. Pourtant, bien que l’OCDE fasse état de signes de reprise, elle prévient que les taux de chômage continueront de grimper l’an prochain et qu’ils demeureront élevés.

Je crois que le moment est venu de redécouvrir un principe fondamental : l’apprentissage chez les adultes et la formation en milieu de travail jouent un rôle de premier plan dans le développement de l’infrastructure humaine du Canada et, par extension, dans notre prospérité économique. Cela ne fait aucun doute. Il ne s’agit pas de rhétorique rassurante, d’une platitude à débiter lorsque l’économie se porte bien. Mais cela indique plutôt, comme le nouveau rapport du CCA l’illustre, que l’apprentissage chez les adultes et la formation en milieu de travail revêtent encore plus d’importance lorsque les économies ralentissent.

En bref, l’apprentissage et la formation chez les adultes présentent des avantages considérables. Ils favorisent entre autres une productivité, une innovation et une croissance économique accrues. L’apprentissage peut également avoir des retombées importantes sur les particuliers, les familles et les communautés. Sur le plan personnel, cela se traduit notamment par de meilleurs salaires et une plus grande satisfaction au travail, des périodes de chômage réduites, ainsi qu’une amélioration de l’état de santé et de la qualité de vie. Il s’agit là d’avantages qui reviennent aux Canadiens, que l’économie se porte bien ou mal.

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) partage le point de vue du CCA en ce qui concerne l’importance de l’apprentissage chez les adultes et de la formation en milieu de travail. Elle recommande fortement aux gouvernements de réévaluer et d’adapter leur marché de l’emploi et leurs politiques sociales afin d’éviter que la crise de l’emploi actuelle ne s’aggrave ou ne se prolonge. Plus précisément, elle réclame des investissements dans le perfectionnement des compétences, ainsi que des mesures de soutien à la demande de main-d’œuvre. Dans le cas contraire, prévient-elle, un nombre accru de personnes tombera dans le piège du chômage à long terme et elle envisage la perspective déprimante d’une « génération perdue » de jeunes constamment à la recherche de travail.

Bon nombre de Canadiens désignent, à juste titre, la qualité du secteur canadien de l’éducation structurée comme point à améliorer. Bien qu’elle réponde à des normes de qualité élevées, l’éducation structurée ne peut, à elle seule, garantir notre prospérité économique. D’ailleurs, on estime que près de la moitié (48 %) des adultes canadiens (âgés d’au moins 16 ans) ont un faible niveau de littératie et on prévoit que cette proportion demeurera pratiquement inchangée au cours des 20 prochaines années.

Nous devons élaborer des politiques cohérentes, complètes et efficaces qui tiennent compte des besoins précis et divers des adultes en matière d’apprentissage, y compris ceux des travailleurs pauvres, des Autochtones, des immigrants, des personnes occupant des emplois temporaires et occasionnels et des travailleurs peu spécialisés. Des études ont démontré que les ralentissements économiques pouvaient exacerber la vulnérabilité des personnes les plus à risque.

Or, c’est bien là que réside l’énigme : les dépenses de formation sont souvent les premières à être comprimées en période d’incertitude économique. Dans son rapport intitulé The Learning and Development Outlook 2009: Learning in Tough Times, le Conference Board du Canada indique que les dépenses consacrées à la formation, à l’apprentissage et au perfectionnement continuent de diminuer lentement. En 2008, les entreprises canadiennes ont dépensé en moyenne 787 $ par employé pour la formation, l’apprentissage et le perfectionnement. En dollars réels, cette somme représente une baisse de 40 % depuis une quinzaine d’années. Cependant, certains signes montrent que des mesures sont prises pour remédier partiellement au manque de formation structurée : la moitié des entreprises canadiennes ont maintenant recours à la formation non structurée pour accroître les compétences de leurs employés. Ayant lui aussi reconnu l’importance de la formation non structurée pour appuyer le perfectionnement des compétences liées au travail, le Royaume-Uni a récemment mis en œuvre une stratégie d’apprentissage non structuré à l’intention des adultes.

C’est en périodes d’incertitude économique que l’on devrait investir dans la formation. L’éducation et la formation permettent aux travailleurs de s’adapter aux fluctuations du marché du travail. Nous savons que les travailleurs les plus durement touchés en période de crise économique sont les moins spécialisés et les moins scolarisés. Nous savons également que de faibles niveaux de scolarité et de spécialisation peuvent avoir des répercussions néfastes sur les perspectives professionnelles et salariales même lorsque l’économie se porte bien.

Sept années se sont écoulées depuis que l’OCDE a recommandé d’améliorer l’efficacité du secteur canadien de l’apprentissage chez les adultes. Toutefois, comme le laisse entendre le rapport du CCA, il existe de nombreuses possibilités d’amélioration. Le Canada accuse toujours beaucoup de retard par rapport à de nombreux pays de l’OCDE en ce qui concerne à la fois la création et la mise à profit d’occasions d’apprentissage.

Il ne fait aucun doute que pour garantir sa prospérité future, le Canada doit renforcer son système éducatif et répondre aux besoins de tous les adultes canadiens, quels que soient leur niveau de scolarité, leur âge, leur situation socio-économique ou leurs compétences. Nous ne sommes pas en mesure de prédire les changements qui nous attendent. Mais nous pourrons relever les nouveaux défis si nous nous y préparons.

 

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