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Ce que les Canadiens retiennent de la lutte visant l'obtention de nouvelles franchises de hockey

Message du président-directeur général

10 janvier 2011

La saison de la LNH qui bat son plein ravive le débat passionné ayant pour thème l'acquisition de nouvelles franchises de la Ligue au Canada.

Que peuvent nous apprendre les tensions entourant cet enjeu par rapport aux conditions d'apprentissage au pays?

L'un des thèmes principaux étudiés par le Conseil canadien sur l'apprentissage aborde le processus continu qu'est l'apprentissage, qui se poursuit tout au long de la vie. Effectivement, l'apprentissage, c'est bien plus que ce qu'on nous apprend dans les salles de classe.

L'apprentissage tout au long de la vie consiste à apprendre à faire, apprendre à vivre ensemble et apprendre à être, et ce, sans oublier apprendre à savoir, un objectif que nous atteignons grâce aux programmes éducatifs officiels.

La dimension Apprendre à être comprend d'importants aspects dont la participation aux sports, ainsi qu'à la vie culturelle, sociale et récréative de la collectivité. Plus la participation à ces activités est élevée, meilleures sont les conditions d'apprentissage globales et les occasions d'apprentissage individuelles.

Les Canadiens s'indignent qu'une organisation ploutocrate basée à New York refuse d'assurer une représentation équitable du Canada au sein des équipes de la LNH. Nous avons la conviction que la collectivité, qui relève de l'indicateur Apprendre à vivre ensemble, et la participation à la vie sportive et culturelle, qui relève de l'indicateur Apprendre à être, pèsent toutes deux dans la balance.

La lutte entre les magnats canadiens et le marché d'attribution d'équipes de hockey à guichet fermé est un exemple banal illustrant une situation combien ahurissante : le Canada et sa faim de hockey insatiable, qui se targue d'avoir donné naissance à ce sport, est en réalité le seul pays où est pratiqué le hockey qui ne dispose pas de sa propre ligue nationale de haut calibre. Encore plus étonnant, très peu de Canadiens semblent être au fait de cette anomalie.

Russes, Slovaques, Suédois et Tchèques ont tous leur ligue nationale professionnelle, qui sert à la fois d'école de perfectionnement des jeunes talents et de tremplin vers l'équipe nationale pour nombre de joueurs. Même les pays où le hockey joue un rôle de deuxième ou de troisième plan, comme la Norvège, la Pologne ou le Japon, apportent un soutien soutenu à leur ligue nationale. Bon nombre de ces ligues s'efforcent de compter au sein de leurs équipes une majorité de joueurs originaires du pays d'attache de la ligue en question.

Les États Unis disposent eux aussi d'une ligue nationale : la Ligue nationale de hockey. Les politiques de la ligue favorisent la valorisation des talents originaires des États-Unis, y compris ceux évoluant sous des cieux plus cléments, là où le hockey n'est pas ancré dans les mœurs.

Les ligues nationales présentent deux caractéristiques fondamentales : elles sont administrées par des intérêts nationaux à l'intention de la population nationale. De plus, elles constituent le plus haut niveau ou presque auquel les citoyens de leur pays peuvent aspirer à jouer. Ainsi, on peut établir une vague comparaison entre les ligues russe et suédoise et la ligue américaine (nationale) de hockey. Dans les pays où la tradition n'est pas aussi ancrée, comme la Suisse ou l'Allemagne, les joueurs aspirent à accéder à des équipes de calibre international.

L'absence de l'identité canadienne en ce qui concerne notre sport de prédilection explique en partie pourquoi les visiteurs d'outremer tendent à confondre Canadiens et Américains. En proie à l'inquiétude, nous attendons de savoir si l'institution new-yorkaise nous laissera remporter une victoire symbolique en accordant l'établissement d'une franchise à Hamilton ou à Québec. Nul doute qu'une nation fière soulagerait pour toujours cette angoisse en établissant sa propre ligue nationale d'envergure internationale.

Les leçons tirées de cette saga du hockey sur le plan de l'apprentissage au Canada ne sont pas reluisantes. Notre impuissance apparente face au pouvoir étranger amenuise le sens d'autonomisation et de participation collective. Cette situation est révélatrice : nous pouvons aspirer aux plus grandes réussites sur le plan de l'apprentissage (le cas échéant, en ce qui concerne notre perfectionnement au hockey), mais n'arrivons pas à traduire nos ambitions individuelles par l'expression de quelque fierté collective que ce soit. La voie est bloquée. Elle est sous contrôle étranger.

La participation sportive de haut niveau constitue une forme d'engagement collectif. Lorsque nous sommes soumis à des intérêts étrangers, il s'avère autrement plus ardu de parvenir à motiver la population pour créer des conditions locales favorisant des environnements d'apprentissage stimulants à l'extérieur de l'école. Sans ce dynamisme rassembleur, on voit mal comment on pourra améliorer les dimensions clés que sont Apprendre à être et Apprendre à vivre ensemble.

Le face-à-face Balsillie LNH n'est qu'une parenthèse en comparaison du véritable drame canadien. Les questions suivantes résument bien l'essence du problème : Quand les Canadiens seront-ils maîtres du contenu de leurs activités d'apprentissage, récréatives et communautaires?

Les Canadiens fonderont-ils un jour leur propre ligue de classe mondiale?

 

Paul Cappon
Président-directeur général
Conseil canadien sur l'apprentissage

 

 

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