President and CEO

Ce qu’on nous a dit : Réflexions de la tournée sur le leg du CCA

Ressources

Lors d’une récente tournée pancanadienne, j’ai eu le privilège de faire connaître à bien des Canadiens, de Halifax à Victoria, les constatations et les recommandations du dernier rapport du CCA, intitulé Quel est le futur de l’apprentissage au Canada?

J’ai rencontré beaucoup de groupes et de publics différents – certains très grands tandis que d’autres étaient délibérément petits et informels, selon les objectifs des organisateurs.

Ce bref rapport vise à faire part de ce qu’on nous a dit en retour et à examiner les répercussions des conclusions et des recommandations que le CCA a faites aux Canadiens avant de fermer ses portes le 31 mars 2012.

L’empreinte du CCA est presqu’indélébile

Ce sont de loin les paroles les plus encourageantes et gratifiantes que nous ayons entendues : le CCA laisse un héritage important.

Les participants à la tournée ont pu noter à maintes reprises que :

  • de nombreux programmes, initiatives et réseaux avaient été créés à cause du dévouement et des efforts du CCA à surveiller et rendre compte précisément sur les activités d’apprentissage partout au Canada;
  • les Canadiens disposaient maintenant d’une idée précise de notre situation en matière d’apprentissage. L’œuvre du CCA démontre les domaines où du progrès a été réalisé, les endroits où il faut encore s’améliorer ainsi que la façon de nous améliorer pour mieux orienter notre avenir.

Quelques exemples choisis arbitrairement :

  • un réseau de littératie en santé très actif – dirigé à partir de la côte Ouest où le Centre du savoir sur la santé et l’apprentissage était situé – continue d’appuyer à la fois la santé et l’apprentissage;
  • l’Indice composite de l’apprentissage continue d’influencer et d’inspirer le progrès dans les villes en cours de devenir des collectivités d’apprentissage;
  • la dissémination au Québec des résultats des recherches en matière d’apprentissage effectuées dans d’autres parties du Canada continue d’avoir des répercussions positives et de faire une différence dans la province;
  • le déploiement des modèles autochtones d’apprentissage holistique dans 20 à 30 communautés;
  • le maintien de composantes et d’activités régionales concernant l’apprentissage en milieu de travail. (Remarque : Je crois que l’intérêt marqué du Chef de l’opposition de l’Ontario pour l’amélioration de la formation d’apprentis est peut-être lié au travail antérieur de la table ronde du secteur privé du CCA organisée à Toronto).

Ce ne sont là que quelques exemples tirés des renseignements qu’ont fournis les participants aux activités de la tournée. Bien d’autres exemples témoignent de l’influence continue du travail des milliers de Canadiens qui se sont ralliés au CCA depuis 2004.

Questions et commentaires frappants

Parmi les nombreuses questions importantes qui m’ont été posées pendant la tournée, deux sont ressorties qui m’ont semblé particulièrement pertinentes mais difficiles :

  • Incitatif au changement?

(Paraphrasé) Dans le secteur de la santé, nous n’avons accompli que des progrès très modestes en termes de convergence pancanadienne pour réaliser l’amélioration de la qualité et la planification stratégique à l’échelle nationale, surtout en matière de ressources humaines en santé.

« Le secteur de la santé présente deux avantages qui semblent faire défaut dans le secteur de l’éducation : un profil élevé aux yeux d’un public anxieux et de l’argent fédéral qui pourrait devenir conditionnel à un certain niveau de coopération intergouvernementale. Ainsi, le secteur de la santé est motivé à réaliser un minimum de cohésion... Existe-t-il dans le secteur de l’apprentissage des incitatifs semblables pour motiver la collaboration et conséquemment le progrès, étant donné votre analyse correcte de la situation et du problème? »

  • Comment pouvons-nous y arriver?

« Vous refusez déclarer un état de crise au sein du secteur de l’éducation au Canada. Reconnaissant que le Canada régresse en matière d’apprentissage à l’échelle internationale, comme l’assure le CCA; reconnaissant que les mécanismes intergouvernementaux que propose le CCA dans son dernier rapport sont nécessaires; reconnaissant l’état d’urgence dans lequel se trouvent les structures d’apprentissage fragmentées et dysfonctionnelles au Canada…  Comment pouvons-nous alors arriver là où nous devrions nous trouver? »

Voici ce que je réponds à ces deux questions :

Un changement est effectivement urgent puisque les risques d’un échec sur le plan sociétal sont élevés. Il faut nous adapter et changer étant donné que l’apprentissage est un déterminant puissant de notre avenir tant individuel que collectif.

Il est vrai que le CCA n’a pas déclaré un état de crise dans le secteur de l’éducation, comme l’ont fait les États-Unis et la Grande-Bretagne durant les années 1990, dans le but de favoriser le changement.

Comme nous l’avons toujours fait remarquer, l’apprentissage au Canada présente des forces qui accompagnent les tendances troublantes (sans toutefois les équilibrer). Puisque nous sommes un organisme qui s’inspire d’éléments probants, il nous était impossible de nier ces forces afin de préparer une atmosphère de crise à la Blair-Bush, même si nous reconnaissions que l’absence d’un tel climat pouvait sembler un appui injustifiable à la complaisance au Canada. L’apprentissage est un domaine complexe et compliqué pour lequel il n’y a aucune panacée. Les recommandations du CCA aux Canadiens constituent les moyens de préparer les conditions optimales de la réussite future malgré ces complexités.

Il est aussi vrai que les incitatifs notés dans le secteur de la santé sont absents au sein du secteur de l’apprentissage et de l’éducation. Bien que l’éducation soit une question importante pour les Canadiens, ces derniers semblent relativement satisfaits des écoles que fréquentent leurs enfants. Leur principale préoccupation en matière d’enseignement supérieur est l'accès et le coût des études postsecondaires. Les Canadiens sont moins soucieux de la qualité et de la productivité à long terme.

Notre proximité aux États-Unis est un autre facteur qui attise la complaisance des Canadiens. Puisque dans plusieurs facettes des politiques sociales, y compris en éducation, les résultats moyens des Américains tendent vers la médiocrité, les Canadiens qui sont centrés sur les résultats américains se considèrent, à tort, satisfaits de nos circonstances. Il s’est avéré difficile d’encourager ces Canadiens à regarder au-delà de l’Amérique du Nord, où se trouvent des forces nettement plus motivantes en matière d’éducation.

Pour ce qui est des incitatifs, le gouvernement fédéral – quel qu’en soit l’allégeance politique – s’est toujours montré trop timide pour utiliser son pouvoir de dépenser dans la sphère de l’apprentissage, comme il l’a fait dans le secteur des soins de santé (de manière très limitée), et cette situation ne changera pas de sitôt.

Ceci signifie simplement que le principal incitatif à la mise en œuvre des recommandations du CCA aux Canadiens viendra de la sensibilisation du public à l’importance et à l’urgence de la question, ainsi qu’à la capacité des Canadiens à se mobiliser pour favoriser des mesures telles que décrites par le CCA, lesquelles s’avéreront nécessaires.

De telles mesures ne viendront pas de haut en bas principalement, au niveau politique. Il y a à la fois une trop grande timidité au niveau fédéral ainsi qu’une tendance communautariste pour que ces mesures soient mises en place. Elles seront un résultat instauré par la société civile et les partenaires sociaux, ces mêmes forces derrière la création du CCA. 

Un conseil des ministres du capital humain

Dans son dernier rapport, le point central des recommandations du CCA comme mesure intergouvernementale volontaire et intégrée en matière d’apprentissage, a été l’établissement d’un conseil des ministres sur l’apprentissage fédéral, provincial et territorial.

Bien que la fonction d’un tel conseil devrait être telle que décrite dans le rapport final du CCA, le titre de ce conseil pourrait bien changer après ce qui nous a été dit durant la tournée.

L’appeler désormais le Conseil des ministres du capital humain pourrait présenter deux avantages :

  • Une plus grande attention au puissant lien entre l’apprentissage et le bien public, surtout pour ce qui a rapport à la productivité, au marché du travail et à l’économie;
  • « Capital humain » pour remplacer « apprentissage » pourrait diminuer cette sensibilité juridictionnelle (infondée) que les présuppositions idéologiques ont imposée sur tout plan national visant le futur de l’éducation et de l’apprentissage.

Considérées globalement, les recommandations du CCA et les réflexions dont les Canadiens nous ont fait part lors de notre tournée, font croire qu’il est effectivement temps de passer à l’action et aller de l’avant.

 

Haut de page Top / Haut