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Hier, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a publié son rapport annuel, intitulé Regards sur l’éducation, qui compare les résultats observés par 40 pays au chapitre de l’éducation. Comment le Canada se classe-t-il? Voilà qui n’est pas aisé à déterminer puisque, dans nombre de domaines, le Canada n’est pas en mesure de fournir l’information que les autres pays de l’OCDE collectent.
C’est au chapitre de l’enseignement postsecondaire (EP) que cette lacune est la plus marquée. Malgré les 34 milliards de dollars consacrés à l’EP en 2007, nous ne disposons pas des données nous permettant d’évaluer notre rendement dans ce secteur. Nous ne pouvons procéder à une telle analyse (pas plus que l’OCDE) parce que le Canada n’est pas en mesure de fournir les données de base requises, par exemple le nombre d’élèves qui ont terminé leurs études secondaires et la somme consacrée par l’État, par étudiant. Nous ne pouvons déterminer qui poursuit des études postsecondaires et qui n’y a pas accès. En fait, le Canada est incapable de fournir des renseignements relatifs à près de la moitié des indicateurs liés à l’EP sur lesquels l’OCDE collecte des données, c’est-à-dire 57 sur 96. Des 40 pays participant, le Canada se situe au dernier rang en ce qui a trait aux renseignements sur l’EP qu’il est en mesure de présenter dans le cadre du sondage annuel.
Comme l’a indiqué le Conseil canadien sur l’apprentissage (CCA) l’année dernière dans le tout premier rapport publié sur l’état de l’enseignement postsecondaire au Canada, l’EP est un secteur crucial en ce qui concerne la productivité et le bien-être social au pays ainsi que la prospérité et la qualité de vie de tous les Canadiens. Dans cette économie du savoir dont on fait tant l’éloge, une population qualifiée et instruite constitue la plus importante ressource nationale. D’ici 2013, 70 % des emplois créés ou existants exigeront un diplôme d’études postsecondaires.
L’EP compte pour 6,5 % des dépenses totales en programmes sociaux au Canada. Pour évaluer l’efficacité de l’utilisation de cet argent et pour comparer notre rendement à celui d’autres pays industrialisés, il faut consigner des données. Dans le monde d’aujourd’hui, les travailleurs, les étudiants, les professionnels, les capitaux, et même les établissements sont de plus en plus mobiles. En participant pleinement à des études comparatives à l’échelle internationale, telles que le rapport de l’OCDE, le Canada pourrait apprendre de l’expérience d’autres nations et améliorer son rendement dans les secteurs plus faibles.
Pour aller de l’avant, nous avons besoin de l’information qui nous aidera à prendre en charge nos besoins les plus pressants, c’est-à-dire veiller à ce que nos travailleurs aient les compétences correspondant aux besoins du marché du travail et les connaissances requises pour appuyer la recherche et l’innovation. Ce n’est qu’en cernant les obstacles à la réussite que nous pourrons prendre des mesures pour les éliminer. L’EP est lié à une foule de retombées positives pour chacun, de l’obtention d’un meilleur salaire à une meilleure santé en passant par un engagement accru au sein de la collectivité. Il est important que les Canadiens puissent apprendre tout au long de leur vie et entreprennent des activités d’apprentissage de façon à répondre aux besoins en constante évolution du monde du travail et de la société dans son ensemble.
L’incapacité du Canada à fournir les données demandées par l’OCDE confirme une fois de plus les constatations du rapport de 2006 du CCA sur l’état de l’EP au Canada, qui révélait deux différences principales entre la démarche canadienne en matière d’EP et celles des autres pays. D’abord, bon nombre d’autres pays développés (qu’il s’agisse d’États unitaires ou fédéraux, ou même d’organisations multinationales telles que l’Union européenne) ont mis en place de solides systèmes nationaux leur permettant de prendre des décisions stratégiques et planifiées à l’égard de l’EP en fonction de renseignements adéquats obtenus en temps opportun. Ensuite, ces pays ont établi des stratégies et des programmes nationaux en matière d’EP, ou sont en train de le faire. Le Canada risque de tirer de l’arrière non pas parce que son secteur de l’EP n’est pas à la hauteur, mais parce que le pays ne dispose ni des outils ni des mécanismes requis pour exploiter au maximum les capacités et les avantages que procure un secteur de l’EP vigoureux.
S’ils étaient mieux informés, les apprenants, les employeurs, les décideurs, les établissements postsecondaires et les enseignants à ce niveau seraient en mesure de prendre de meilleures décisions. D’autres pays développés ont de toute évidence pris conscience de l’importance capitale que tient l’enseignement postsecondaire dans la qualité de vie et la prospérité, et ils consentent les investissements requis pour constituer une solide base de données relatives à ce secteur.
S’il ne prend pas immédiatement des mesures pour combler les lacunes au chapitre de l’information, le Canada ne sera pas en mesure de prendre des décisions éclairées ni de bien cibler les investissements dans le secteur de l’EP, un secteur essentiel au maintien de notre productivité et de notre bien-être.
M. Paul Cappon est le président-directeur général du Conseil canadien sur l’apprentissage, une société canadienne indépendante à but non lucratif dont le mandat est de favoriser l’apprentissage dans tout le pays et tout au long de la vie.
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