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Commentaire

Point de vue de Paul Cappon sur la littératie chez les adultes au Canada

Paul Cappon, président-directeur général, CCA

26 juin 2008

Le Conseil canadien sur l’apprentissage a récemment publié Lire l’avenir, le premier rapport pancanadien qui donne des estimations détaillées des niveaux de littératie chez les adultes jusqu’en 2031.

On estime qu’en 2008, près de la moitié des Canadiens d’âge adulte (48 %) se situent à un niveau inférieur à celui permettant de fonctionner dans une société moderne, selon les normes internationales. Cette proportion restera pratiquement identique au cours des 20 prochaines années. En raison de la croissance démographique, le nombre de Canadiens d’âge adulte ayant un faible niveau de littératie passera de 12 à plus de 15 millions.

Les résultats de cette étude provoquent inévitablement l’étonnement. Comment en sommes-nous arrivés là? Quatre explications instructives à cette situation nous aideront à éviter à l’avenir les écueils du passé. Ces explications font effectivement la lumière sur certaines idées reçues qui circulent dans notre société.

Première idée : à l’avenir, les exigences relatives aux compétences essentielles, notamment la littératie, resteront identiques aux exigences passées et actuelles. En réalité, l’évolution toujours plus rapide des économies et des sociétés et l’adoption de nouvelles technologies exigent un niveau de compétences toujours plus élevé. Le degré de littératie et de compétences connexes qui était satisfaisant dans l’après-guerre ne l’est peut-être plus aujourd’hui.

Deuxième idée : au fil du temps, l’amélioration constante des systèmes d’éducation comblera les lacunes puisque des jeunes plus instruits que leurs parents et grands-parents prendront la relève.

En réalité, le fait que chaque génération ait effectivement un niveau d’instruction plus élevé que la précédente au Canada ne résout pas le problème pour autant. La jeune génération compte moins d’individus que celle qui la précède et elle se réduit sans cesse, contrairement à la génération antérieure qui s’accroît au fur et à mesure que l’espérance de vie s’allonge.

Ainsi, les gains enregistrés grâce à une meilleure scolarité ne suffisent pas à compenser les incidences de l’évolution démographique.

De plus, la perte des compétences chez les adultes se produit rapidement : les compétences acquises lors d’une solide scolarité de base, notamment la littératie, ne perdurent pas si elles ne sont pas renforcées en milieu familial, dans la communauté, au travail et au cours de la vie. L’apprentissage tout au long et dans tous les aspects de la vie doit être une réalité au Canada.

Troisième idée : l’arrivée au Canada d’immigrants issus de pays en développement, synonyme d’apport continuel de compétences et de biens intellectuels, rendrait inutile le développement cohésif à long terme d’un capital humain composé de personnes natives du Canada.

En réalité, de nombreux immigrants ont un niveau de scolarité plus élevé que les personnes nées au Canada; toutefois, leur degré de littératie dans les langues de leur pays d’adoption est nettement inférieur. Par conséquent, les niveaux d’immigration les plus élevés ne suffiraient pas à fournir les compétences dont le Canada aura besoin dans les décennies à venir.

Quatrième idée : les gouvernements ont la capacité de combler ces manques et de régler ces problèmes. En réalité, nous vivons à une époque où l’accent est mis de plus en plus sur l’autogestion et l’autodétermination. Aujourd’hui, les gens aspirent à davantage d’autonomie et d’autosuffisance. Chez les aînés, la principale motivation les incitant à conserver des compétences essentielles comme la littératie est le désir de conserver leur dignité et leur autonomie.

Les gouvernements ne pourront relever les défis de taille en matière de littératie qu’au moyen de partenariats solides établis au sein de la société. Pour cette raison, les défis des sociétés modernes en matière de littératie devraient inciter l’ensemble des citoyens à passer à l’action. Il peut s’agir, pour les parents, de faire la lecture à leurs enfants, pour que ces derniers deviennent à leur tour des lecteurs autonomes; pour les municipalités, de mettre des infrastructures à la disposition du milieu de l’apprentissage; pour les employeurs et les défenseurs des employés, de travailler de concert pour offrir des occasions d’apprentissage en milieu de travail; et enfin, pour les éducateurs, d’appuyer l’ensemble de ces démarches en prodiguant des conseils et en transmettant un savoir-faire.

Les prévisions en matière de littératie du rapport du CCA intitulé Lire l’avenir s’appuient sur les tendances démographiques et les conditions actuelles. Nous espérons vivement que l’expression d’une culture de l’apprentissage tout au long de la vie pour les Canadiens contribuera à améliorer ces conditions afin que les prédictions du CCA se révèlent fausses.

 

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