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Commentaire

L’ÉRA : une idée prête à se concrétiser

Paul Cappon, président-directeur général, CCA

30 octobre 2008

Le concept d’évaluation et de reconnaissance des acquis (ÉRA) est considéré comme essentiel pour révéler la « partie cachée de l’iceberg » en ce qui a trait aux connaissances et aux compétences dans une société.

Le rapport Réaliser notre potentiel : Plan d'action pour l'ÉRA au Canada a été commandé dans le but d’amorcer une discussion sur la façon de mettre en valeur le potentiel de l’ÉRA au Canada. Le PLA Centre dirigera ces échanges partout au Canada au cours des prochains mois. Je compte sur votre participation.

Le 21 octobre, le CCA a publié l’étude sur l’ÉRA la plus complète jamais réalisée au Canada. Produit par le PLA Centre d’Halifax, le rapport Réaliser notre potentiel : Plan d’action pour l’évaluation et la reconnaissance des acquis (ÉRA) au Canada sera très certainement une ressource de grande importance pour les éducateurs, les apprenants, les employeurs et les décideurs.

Chose peut-être encore plus importante à mes yeux : le rapport pointe et décrit le pouvoir transformateur de l’ÉRA sur la vie des particuliers. L’ÉRA nous permet de concevoir l’apprentissage dans toute son authenticité, sous un angle profondément humain. L’existence d’un solide processus d’ÉRA modifie la façon dont les particuliers se perçoivent et perçoivent le monde autour d’eux. Ce concept met en lumière les nombreuses voies parallèles qu’il est possible d’emprunter pour contourner certains obstacles à la pleine participation à la vie de notre société et à notre économie.

Le Canada, tout comme de nombreux autres pays, a conçu et mis sur pied des systèmes élaborés et de vaste portée d’éducation et de formation structurées, destinés à accroître les compétences et les connaissances de ses citoyens. Le fait d’accorder une grande importance à la réussite de l’éducation structurée n’est pas sans conséquence; le revers de la médaille est que les établissements de formation et les employeurs accordent une valeur moindre aux compétences et aux connaissances acquises hors de cette structure. L’apprentissage est trop souvent perçu comme étant exclusivement lié à la scolarité sous une forme ou une autre.

Ce point de vue est réducteur, et ce, pour un certain nombre de raisons. D’abord, avant que les écoles ne soient largement accessibles, la plupart des gens acquéraient des connaissances de façon informelle, c’est­à­dire par imitation, par essais et erreurs, grâce au mentorat, au contact des aînés et de leurs pairs, etc. Ces modes d’apprentissage sont encore précieux, quel que soit le niveau de scolarité atteint.

Dans le contexte canadien démographique, économique et social actuel, on ne saurait se contenter d’une définition restrictive de l’apprentissage se limitant à la scolarité pour relever les défis liés aux compétences et à l’apprentissage.

Le défi consiste à trouver des moyens d’exploiter les compétences cachées « sous la pointe de l’iceberg » — nous en possédons tous — et à faire en sorte que les Canadiens puissent les utiliser pour poursuivre leur éducation et leur formation et pour accéder à l’emploi.

Depuis une trentaine d’années, des praticiens en ÉRA des quatre coins du Canada rattachés à diverses institutions et à divers milieux se sont penchés sur ces questions. Ils ont démontré à maintes reprises que l’ÉRA pouvait aider de nombreuses personnes à surmonter les obstacles qui les empêchent de participer pleinement à notre vie économique, sociale et citoyenne. L’ÉRA contribue, de façon pratique, efficace et efficiente, à réaliser la promesse du CCA à l’égard de la création d’une culture de l’apprentissage qui va au-delà de la formation officielle et qui englobe toutes les formes d’apprentissage, structurées et non structurées, que ce soit en milieu de travail, au sein de la communauté ou à la maison.

Cette nécessité s’est révélée particulièrement évidente lorsque Nelson Mandela est arrivé au pouvoir en Afrique du Sud dans les années 1990; l’ÉRA fut le moyen par lequel on a alors choisi de relever l’immense défi social consistant à ouvrir des portes aux Noirs d’Afrique du Sud dans la période postapartheid. À l’époque, on commençait tout juste à utiliser certaines techniques d’ÉRA pour élargir la conception des formes d’apprentissage valables. Depuis, l’ÉRA est devenu un important moyen d’aider les personnes qui, en raison d’une discrimination systématique, se sont trouvées profondément affectées par la marginalisation, l’exclusion ou les déplacements. Les membres issus de ces groupes peuvent surmonter les obstacles qui les empêchent de participer pleinement au marché du travail et de saisir des occasions d’avancement, d’éducation, de formation et d’engagement actif dans la communauté.

L’exemple de l’Afrique du Sud trouve directement son écho au Canada, particulièrement au sein des collectivités autochtones et d’autres groupes marginalisés. Comme le souligne le rapport, un des premiers organismes à avoir adopté les principes et les pratiques de l’ÉRA et de l’apprentissage par portfolio est le First Nations Technical Institute (FNTI), situé sur le territoire mohawk de Tyendinaga, dans l'est de l'Ontario. Vers la fin des années 1980, le FNTI a reconnu que ces approches, alors largement répandues aux États-Unis,– faisaient appel à des aspects holistiques du développement correspondant de près aux traditions d’apprentissage autochtones et pouvaient favoriser une participation plus active des membres de la communauté aux activités de formation et à l’emploi. En fait, le FNTI est actuellement engagé en Afrique du Sud dans une initiative de formation et de soutien en matière d’ÉRA.

L’étude du PLA Centre porte également sur les diverses formes qu’a prises l’ÉRA partout dans le monde et met au jour deux approches fondamentales : l’approche « descendante » et l’approche « ascendante ».

Dans plusieurs pays, les autorités centrales ont élaboré un système complet méticuleusement planifié qui bénéficie de l’appui d’organismes officiels et de secteurs variés et qui définit clairement les sphères de responsabilités et d’activités. Malgré cette démarche rigoureuse, les difficultés surgissent sur le terrain lorsque vient le temps de mettre en pratique les politiques et les idées.

D’autres pays ont mis en place des systèmes ascendants misant sur le dynamisme et l’expertise de personnes qui œuvrent au sein de la communauté et en milieu de travail. Cette démarche a toutefois ses limites : en l’absence de mécanismes de coordination entre les provinces, les territoires et les systèmes institutionnels, il est difficile d’appliquer l’ÉRA à grande échelle de façon uniforme.

La tendance observée révèle que de plus en plus de pays s’efforcent d’avoir recours aux deux approches.Elles sont en effet nécessaires à la préservation de l’énergie et de la créativité au sein des initiatives locales ou communautaires d’ÉRA tout en respectant un cadre de politiques publiques stratégiques. L’étude souligne l’exemple de l’Union européenne, où plus de 20 gouvernements ont collaboré à l’élaboration d’une série d’ententes paneuropéennes qui établissent des pratiques et des principes fondamentaux.

L’application de l’ÉRA dans le système d’apprentissage canadien présente plusieurs défis. Rares sont les employeurs qui accordent de l’importance à l’apprentissage fondé sur l’expérience; l’ÉRA ne leur semble pas être un bon moyen de répondre à leurs besoins en matière de ressources humaines. Les gouvernements n’accordent pas non plus la place que l’ÉRA mérite dans les mesures prises pour diminuer les pressions démographiques ou liées au marché du travail.

Le CCA estime que l’ÉRA peut être un élément de solution fondamental pour relever trois grands défis auxquels le Canada doit faire face. D’abord et avant tout, cela permettrait d’élargir la réserve de travailleurs à l’heure où la croissance démographique diminue de façon alarmante et la pénurie de main­d’oeuvre s’accentue. Ensuite, il s’agit d’un outil d’inclusion sociale utile pour les personnes mises au ban de la société du fait qu’elles ne détiennent pas de titres de compétences officiels. Enfin, l’ÉRA est un moyen d’accomplissement personnel.

Depuis toujours, je crois profondément au pouvoir de transformation de l’apprentissage. L’influence profonde du processus d’apprentissage sur toutes les sphères de notre existence est proprement stupéfiante. C’est pourquoi j’ai choisi de faire carrière dans le domaine de l’apprentissage et de me consacrer plus particulièrement au renforcement des liens entre l’apprentissage institutionnel et les réalités fondamentales de la condition humaine. Ces impératifs ont poussé le CCA à se pencher sur des solutions nouvelles, et plus inclusives, qui permettent de concevoir et d’apprécier l’apprentissage sous toutes les facettes de la vie humaine, et ne se limitent pas seulement (comme le croient certains) au domaine des établissements et des structures d’apprentissage formels. Nul doute que l’évaluation et la reconnaissance des acquis répondent à ces impératifs.

 

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