Carrières

GIT en Amérique : Le pouvoir de l'apprentissage par l'expérience à la portée de tous

18 septembre 2008

par Laura Eggertson

Il y a trois ans, Frédéric Belanger était un jeune chômeur isolé. À 24 ans, il s’était épuisé dans son travail de technicien en instrumentation à Montréal. La monotonie de son emploi contribuait à son stress élevé et à son anxiété qu’il tenta de gérer en choisissant lui-même son médicament, notamment la marijuana. En fin de compte, il quitta son emploi et verrouilla ses émotions. Il dit maintenant qu’il avait peur de ses sentiments. C’est à ce moment-là qu’il a découvert le GIT en Amérique.

Frédéric BelangerÉtabli en février 2004, GIT en Amérique est un projet conjoint de Jeunesse Canada Monde (JCM) et du Groupe Information Travail (GIT), une agence de placement située à Montréal qui s’adresse aux jeunes de la rue, aux toxicomanes et aux autres jeunes à risques. Se voulant une version « de rue » de l’organisme bien ancré Jeunesse Canada Monde, GIT en Amérique offre aux jeunes montréalais des expériences d’apprentissage possibles seulement en allant vivre et travailler dans une autre culture. Pour Frédéric, ce fut une occasion de rédemption.

« Ce fut un cadeau, dit il, un énorme cadeau. »

Comme le savent déjà de nombreuses générations de Canadiens, JCM existe depuis près de 40 ans. L’organisme fut fondé par le sénateur Jacques Hébert à titre de programme d’échange culturel pour les Canadiens de 18 à 30 ans. Pendant une période d’au plus six mois, ces derniers vont travailler dans un pays en voie de développement (ainsi qu’au Canada) aux côtés de collègues d’ailleurs dans le monde. En général, les participants sont des jeunes très performants qui présente une demande pour participer au programme et saisissent cette occasion de bénévolat entre l’école secondaire et l’université ou lors d’une interruption de leurs études universitaires.

GIT en Amérique sert un autre groupe. Cette idée de Stéphanie Grenier, ancienne employée du Groupe Information Travail et de Jeunesse Canada Monde, est née de son désir de permettre à un segment de la population généralement exclu de profiter des avantages du programme de JCM, soit aux jeunes n’ayant pas acquis les mêmes compétences et n’ayant pas eu les mêmes occasions d'apprentissage que d’autres jeunes issus d’un milieu privilégié.

Citation

Dans le cadre du programme GIT en Amérique, un groupe constitué d’un maximum de 10 jeunes consacre 12 semaines à l’apprentissage de l’espagnol, séjourne pendant une semaine dans une réserve autochtone au Québec, puis se rend dans un petit village d’Amérique du Sud. Les participants y passent un mois au sein de familles locales et travaillent bénévolement dans le cadre d’un projet de service.

Initialement financé en partenariat avec Jeunesse Canada Monde, GIT en Amérique reçoit à présent des fonds du ministère de l’Emploi du Québec et d’une fondation privée. Les organisateurs souhaitent obtenir l’appui de commanditaires privés et d’organismes de bienfaisance.

En 2004, le groupe de Frédéric a participé à la construction d’un centre touristique à San Felipe de Otlaltepec, au Mexique. Avec un autre participant, Frédéric a habité dans une famille de cinq enfants vivant dans une modeste maison sans plomberie ni eau courante.

À leur retour à Montréal, les participants présentent un projet individuel relatif à leur expérience dans le village. Ils reçoivent ensuite une formation de perfectionnement qui les aide à obtenir un emploi ou à retourner aux études.

« Soixante neuf pour cent des participants réintègrent le marché de l’emploi ou retournent aux études, explique Francine de Guise, directrice de GIT en Amérique. Ils reviennent toujours transformés. »

Mme de Guise précise que le programme accepte des candidats ayant des problèmes de santé mentale, après consultation de leur psychiatre ou de leur médecin. Il arrive toutefois que des toxicomanes initialement admis au programme l’abandonnent, de même que ceux qui sont incapables de travailler en équipe.

La majorité des participants vont jusqu’au bout et reviennent enrichis de compétences concrètes dans le domaine de la construction, du travail d’équipe, de la résolution de conflits et des dynamiques de groupe, en plus d’avoir acquis la capacité de s’adapter à une culture complètement différente de la leur. Ils peuvent également soutenir une conversation en espagnol et ont davantage confiance en eux.

« Le projet leur permet de prendre une certaine distance par rapport à leur réalité et de découvrir celle d’une autre culture, explique Mme de Guise. Lorsqu’ils reviennent dans leur monde, ils le perçoivent autrement. Ils savent qu’il est possible de bien vivre avec peu de ressources. »

De l’avis de Mme de Guise, ce type d’expérience concrète est 10 fois plus précieux que les apprentissages faits dans une salle de classe traditionnelle.

Pour nombre de ces jeunes, dépressifs voire suicidaires avant d’entamer le programme, ce dernier ouvre une fenêtre sur un monde inconnu et leur permet d’entrevoir leur avenir.

Nadia Karina Ponce Morales« C’est un bon programme, accessible à des jeunes qui, autrement, n’auraient pas la chance de participer à un programme d’échange international », explique Nadia Karina Ponce Morales, gestionnaire de projet pour Jeunesse Canada Monde.

« À leur retour au Canada, ces jeunes éprouvent un sentiment d’accomplissement. »

Avant de participer à GIT en Amérique, Frédéric avait déjà eu envie de voyager, mais n’avait pas osé s’aventurer dans l’inconnu. Son séjour au Mexique a changé les choses.

« J’ai appris que je pouvais m’adapter très facilement à presque toutes les situations, affirme-t-il. Je sais maintenant que je n’ai pas besoin de beaucoup pour vivre confortablement. »

De retour à Montréal, Frédéric s’est trouvé un emploi dans une boutique de jeux vidéo. Aujourd’hui, il est non seulement le gérant de la boutique, mais il est également responsable de la formation des nouveaux employés pour plusieurs succursales de l’entreprise. Il reconnaît que, sans les aptitudes que GIT en Amérique lui a permis d’acquérir en ce qui a trait au travail d’équipe et à la gestion des dynamiques de groupe, il aurait été incapable de faire ce travail.

Par exemple, quelques semaines après avoir obtenu le poste de gérant, Frédéric a eu besoin de l’aide de quelques employés, qui refusaient de coopérer.

« J’avais trois filles contestataires en face de moi, explique t il. Avant, j’aurais tout simplement continué d’argumenter. »

Mais dans ce cas, il a plutôt pris conscience de sa nervosité croissante et du fait qu’il se sentait sous pression. Il a donc reporté la conversation à un moment où il se sentait plus calme.

« C’est un exemple qui illustre ce que j’ai appris. Cette expérience m’a surtout apporté de la maturité. En général, je suis plus calme qu’avant, même en cas d’imprévu, parce que je sais maintenant que, la plupart du temps, je suis en mesure d’y faire face. »

L’une des expériences les plus précieuses et les plus émouvantes dont Frédéric se souvient a eu lieu au cours du séjour du groupe dans une réserve au Québec. Le groupe a démoli une vieille maison et a nettoyé le terrain, puis a participé à des cérémonies autochtones de guérison.

Le moment le plus intense a eu lieu au cours d’une méditation où Frédéric devait aller à la recherche de son enfant intérieur. Lorsqu’il a visualisé le jeune garçon effrayé qu’il avait été, « je me suis mis à pleurer, se souvient il. Quelque chose s’était ouvert en moi. »

Il pouvait enfin se voir jeune enfant, vulnérable et malheureux.

Le programme GIT en Amérique a notamment permis à Frédéric de constater qu’il vivait « trop dans [sa] tête », qu’il avait emprisonné ses émotions à cause de la vulnérabilité qu’il avait ressentie pendant son enfance. Aujourd’hui, il sait qu’il a besoin d’interagir, de dialoguer et de cesser de s’isoler « J’ai beaucoup moins peur de mes émotions et j’en suis beaucoup plus conscient, affirme t il. Ma peur a toujours été un boulet. Je ne savais pas que la peur de perdre le contrôle était à l’origine de toutes mes actions. »

Par le passé, c’est à cause de cette peur qu’il n’arrivait pas à bien travailler en équipe; en cas de conflit, il se fermait. En vivant et en travaillant en groupe dans la réserve et au Mexique, il a mieux compris la nature des relations interpersonnelles.

Valérie PichetteDeux ans après Frédéric, Valérie Pichette a également vécu, dans le cadre de GIT en Amérique, une expérience qui a changé sa vie. En 2006, elle a participé à la construction de serres dans des écoles de Comcebpeom Cuautla, au Mexique.

« C’est impossible de revenir inchangé », affirme t elle au sujet du programme.

Âgée de 29 ans, Valérie s’est inscrite au programme GIT en Amérique après avoir vu une annonce destinée aux jeunes ayant du mal à se trouver du travail. Elle avait son diplôme d’études secondaires, mais aucune formation postsecondaire. Ancienne propriétaire d’une friterie mobile qu’elle exploitait à Lamoraie, à l’extérieur de Montréal, elle a dû tout abandonner lorsqu’elle a appris qu’elle était atteinte d’un cancer du rein.

N’ayant aucune assurance maladie, elle a dû emménager de nouveau chez sa mère. Elle a gagné sa bataille contre le cancer, mais perdu la confiance en elle dont elle avait besoin pour se trouver un bon travail. C’est cette confiance que GIT en Amérique lui a rendue.

Valérie a adoré apprendre l’espagnol et habiter chez ses hôtes mexicains, qui sont devenus pour elle une seconde famille.

« L’expression “Mi casa, su casa”, ce n’est pas qu’une façon de parler, souligne t elle. C’est comme ça, au Mexique. Il suffit de deux jours pour faire partie de la famille. »

La serre construite par le groupe de Valérie est petite, mais essentielle, explique-t-elle. Elle fournira des légumes aux enfants des écoles primaires et secondaires ainsi qu’à leurs familles.

Pendant son séjour dans le village, Valérie a remarqué les montagnes de déchets qui défigurent le paysage. Cela lui a donné l’idée d’une nouvelle carrière. À son retour à Montréal, elle a postulé un emploi à Recycle Notre Dame, une petite entreprise familiale de recyclage des déchets.

Aujourd’hui, Valérie travaille toujours pour la même entreprise. Elle s’est inscrite à un cours universitaire qui commencera en janvier et qui lui permettra de devenir technicienne en eau potable. À la fin de sa formation, elle déménagera au Costa Rica pour travailler au sein de la société sœur de son entreprise. Le fait qu’elle parle espagnol lui a permis de saisir cette occasion.

« C’est la preuve de ma capacité de m’adapter et d’apprendre », explique-t-elle fièrement. Son salaire actuel est trois fois supérieur au revenu qu’elle tirait de la vente de frites et de hot dogs, et elle a appris à vivre plus simplement.

Elle a également acquis de précieuses aptitudes puisque le programme GIT en Amérique oblige les membres du groupe à vivre et à travailler étroitement avec des personnes qu’ils n’ont pas choisies.

« Cela change notre façon de penser, notre vision du monde, souligne-t-elle. Nous apprenons à mieux nous connaître. »

Valérie prévoit rendre visite à sa famille hôte en décembre pour présenter son conjoint et aller voir où en est le projet de serre. En attendant, elle encourage tous ceux qu’elle connaît à faire un don à GIT en Amérique.

« Il est important que les jeunes du Québec voient du pays, surtout ceux qui éprouvent des difficultés, fait-elle valoir. Et il est important que tous sachent que rien n’est impossible. »

 

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