Carrières

Les employés des Fermes Cavendish prennent goût à autre chose qu’aux frites au centre d’apprentissage primé

19 août 2009

Par Laura Eggertson

Cavendish FarmsEnviron trois fois par semaine, Richard McKinnon, 60 ans, prend une pause de son travail et  retourne en classe pour se replonger dans les mathématiques; c’est la dernière étape d’un voyage tardif vers l’obtention d’un diplôme d’études secondaires. Bien entendu, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’un décrocheur se replonge le nez dans les livres; ce qui est inhabituel, c’est que la salle de classe est située dans une usine de production de frites.

M. McKinnon fait partie des douzaines d’employés de l’entreprise les Fermes Cavendish de l’Île du Prince Édouard qui profitent de cette école unique, située à même l’usine, pour achever leur éducation ou améliorer leurs compétences. M. McKinnon, un employé du géant canadien de la pomme de terre depuis son adolescence, caressait le projet de retourner à l’école depuis des années, mais n’avait jamais fait de démarches concrètes à cet égard jusqu’à l’ouverture du centre d’apprentissage de son employeur en 2004.

La classe, à laquelle les employés et leur famille peuvent accéder gratuitement, est située dans l’une des deux usines de transformation de New Annan (Î.-P.-É.) et est financée entièrement par les Fermes Cavendish. Cette école inhabituelle est ouverte du lundi au vendredi et est dotée de tout ce qu’on retrouve normalement dans une classe moderne : des postes informatiques, des manuels, un tableau et une enseignante à temps plein qualifiée.

La seule différence entre le centre d’apprentissage et une classe normale est sa taille. Il y a toujours moins de 10 élèves dans la classe à la fois, ce qui permet un enseignement personnalisé hautement apprécié des employés qui n’étaient pas motivés par le cadre scolaire traditionnel ou qui y avaient connu des échecs. La taille restreinte de la classe et son côté pratique sont deux des principales raisons pour lesquelles Richard McKinnon s’est inscrit à l’école. Il est facile pour lui de prendre le temps de s’y rendre puisqu’elle est située à moins d’un kilomètre de la ferme où il travaille.

Au début, M. McKinnon devait réussir cinq cours afin d’obtenir son diplôme de formation générale. Il a réussi les quatre premiers, puis il a eu un peu de difficulté à son premier essai en mathématiques. Après une année de pause, il s’est réinscrit au début de l’an dernier.

« J’y suis allé parce que je voulais y aller et j’ai beaucoup aimé; j’ai tout aimé, » raconte-t-il. « Personne au travail ou à la maison ne m’a poussé à y aller, c’était simplement quelque chose que je voulais faire. Je m’en étais fait un objectif personnel. »

M. McKinnon est un bon exemple du type d’employé qui profite des investissements des Fermes Cavendish en matière d’apprentissage en milieu de travail. Même pour quelqu’un qui n’a pas mis le pied en classe depuis plus de 40 ans, ce centre d’apprentissage sur place offre une façon conviviale et sécurisante de mettre son parcours scolaire à jour tout en rafraîchissant ses connaissances de travail.  

Debbie Miller, l’enseignante à temps plein du centre, a tenu à offrir une variété de cours dont les matières de base comme les mathématiques, l’anglais, l’histoire et la biologie (qui sont des préalables à l’obtention du diplôme de formation générale) de même que des cours professionnels en informatique, en comptabilité et en développement de la petite entreprise. La plupart de ses élèves prennent rendez-vous à l’avance pour la rencontrer, que ce soit pendant les heures de travail ou les congés, pour ensuite suivre des programmes conçus spécialement pour eux en classe et à la maison, au besoin.

« C’est très gratifiant de voir des gens comprendre quelque chose de nouveau, particulièrement avec les ordinateurs », dit-elle. « Les gens peuvent maintenant faire d’énormes progrès en peu de temps. »

Le centre d’apprentissage des Fermes Cavendish, une manière de récompenser et d’encourager ses quelque 800 employés, a ouvert ses portes en 2004. L’entreprise, qui s’avère le quatrième plus important fabricant de frites et de pommes de terre surgelées en Amérique du Nord, s’est engagée à progresser au rythme de la technologie dans ses trois usines, deux à l’Île-du-Prince-Édouard et l’autre au Dakota du Nord. Ses dirigeants se sont toutefois rendu compte que nombre de ses travailleurs de longue date ne détenaient pas les aptitudes nécessaires pour s’adapter à la nouvelle technologie; c’était donc logique, d’un point de vue financier, de les aider à approfondir leurs connaissances.

Des emplois de premier échelon qui ne nécessitaient pas d’études secondaires ou postsecondaires, par exemple, étaient la norme pour l’entreprise il y a 30 ou 40 ans. L’entreprise formait donc ses employés sur place puisque ses installations étaient situées dans une région rurale où les travaux agricoles sur la ferme familiale avaient souvent préséance sur la fréquentation de l’école. De nombreux employés de longue date ont débuté ainsi dans l’entreprise et, en cheminant professionnellement, ont fini par occuper des postes de superviseur ou de directeur.

De nos jours, par contre, les travailleurs ont besoin de compétences informatiques plus poussées, de même que d’un niveau de littératie et de numératie plus avancé, en raison de l’ouverture d’une deuxième usine plus sophistiquée sur le site.

« C’est la réalité de notre domaine, » explique Colin Roop, directeur des ressources humaines aux Fermes Cavendish. « Il y a plus de travail sur ordinateur, il y a plus de paperasse, et il faut avoir les compétences pour remplir les listes de vérification. Si quelqu’un n’est pas à l’aise de faire ces tâches ou s’il n’a pas les compétences requises, l’entreprise en souffre tant du point de vue du gestionnaire que de celui du travailleur. Si quelqu’un est aux prises avec des problèmes, quelqu’un d’autre doit faire son travail. Si quelqu’un éprouve des difficultés à lire un feuillet d’instructions, un manuel ou un diagramme, cela touchera évidemment nos produits et ce que nous livrons au consommateur. La présence de ce centre sur le site est donc très importante. »

Citation

Afin de montrer l’importance que les Fermes Cavendish attachent à ce projet, l’entreprise paie chaque employé qui passe une heure au centre d’apprentissage pour qu’il y retourne une autre heure, jusqu’à concurrence de deux heures payées par semaine. Il s’agit là d’un investissement sérieux dans l’apprentissage en milieu de travail, et l’entreprise croit qu’elle en récolte les fruits.

En effet, en tout temps, environ 12 % des employés de l’entreprise, selon Mme Miller, sont inscrits au centre, sans compter les membres de leurs familles qui utilisent cette ressource. En 2008, 118 employés ont suivi des cours, et plus des deux tiers d’entre eux les ont réussis. La majorité des élèves se sont inscrits à des cours d’informatique où on acquiert des compétences telles que l’utilisation des feuilles de calcul Microsoft Excel, des courriels ou de PowerPoint.

D’autres, comme Richard McKinnon, se sont inscrits à des cours de formation générale, et quelques-uns reçoivent de l’aide de Mme Miller en littératie de base. Lors de la réussite d’un cours théorique, Mme Miller soumet les notes de ses élèves au ministère de l’Éducation pour mettre à jour leurs relevés officiels, ou elle travaille en collaboration avec le ministère pour préparer des tests pour les employés qui tentent d’obtenir leur diplôme de formation générale. D’après elle, seulement une ou deux personnes annuellement abandonnent un cours qu’elles suivaient, et c’est généralement parce qu’elles quittent leur poste au sein de l’entreprise. Dans les faits, la plupart des employés sont des étudiants compulsifs, comme Richard McKinnon, et ils reviennent chaque année en classe.

M. McKinnon a quitté l’école secondaire dans les années 1960, après avoir réussi sa neuvième année, pour donner un coup de main sur la ferme familiale. Peu après, il a obtenu un emploi sur l’une des fermes de pommes de terre de Cavendish, et il n’a pas quitté l’entreprise depuis. Au début, son manque d’éducation structurée n’était pas un obstacle à son avancement professionnel.

« J’accomplissais un travail concret, soit m’occuper des travailleurs; je sais que je suis doué dans ce domaine. »

Cependant, après une promotion comme directeur d’exploitation agricole, M. McKinnon s’est heurté à une série de nouvelles difficultés allant de la préparation et la gestion d’un budget jusqu’à l’implantation de percées technologiques comme des tracteurs informatisés dotés d’un système GPS.

« Certaines choses échappaient à ma compréhension, » admet-il.

Son inscription au centre d’apprentissage lui permet toutefois d’acquérir les connaissances et les aptitudes nécessaires pour accomplir ses tâches quotidiennes. Il peut dorénavant utiliser cette technologie et diriger ceux qui font de même. Il encourage aussi d’autres employés à suivre des cours.

« Depuis que [le centre] a ouvert, d’autres que moi ont obtenu leur diplôme dans notre division. On n’en retire que du positif. Ils comprennent la technologie des tracteurs et des systèmes GPS; ça les aide, sans aucun doute. »

Cette année, le centre d’apprentissage des Fermes Cavendish augmente le nombre de cours qu’il offre pour y inclure davantage d’ateliers d’intérêt général allant de la nutrition à la rédaction de CV, en passant par les techniques d’entrevue et le démarrage d’une petite entreprise. C’est la façon pour l’entreprise de démontrer son soutien à ses employés pour qu’ils atteignent leurs objectifs personnels et professionnels, en plus de constituer une excellente façon d’attirer de nouvelles recrues, souligne M. Roop.

« Ça fait partie des valeurs de l’entreprise. Nos employés sont la clé de notre réussite, c’est pourquoi nous les soutenons, affirme-t-il. Pour les épauler, leur offrir notre soutien sur place n’est il pas le meilleur moyen? »

Nancy Corney est une autre élève du centre d’apprentissage des Fermes Cavendish qui s’efforce d’obtenir son diplôme de formation générale. Elle profite de cette occasion parce que son mari, Kent, est un employé des Fermes Cavendish qui suit des cours de comptabilité au centre. Le couple a pris la décision de mettre leurs compétences à jour ensemble lorsqu’ils ont appris qu’ils pouvaient tous deux en bénéficier.

Mme Corney avait eu de la difficulté à l’école, qu’elle détestait, lorsqu’elle était adolescente. Elle avait décroché durant sa neuvième année sans jamais remettre en question sa décision. Toutefois, après cinq années de travail au salaire minimum dans un restaurant de Summerside (Î.-P.-É.), elle a compris l’importance de l’éducation secondaire.

« De nos jours, on a besoin d’une 12e année pour certains emplois, et je m’en veux d’avoir abandonné l’école », dit-elle.

Le travail au centre d’apprentissage est plus facile que dans une classe traditionnelle, selon Mme Corney, et l’enseignante l’aide lorsqu’un problème de mathématiques ou qu’une composition lui cause des ennuis. L’objectif de Mme Corney après l’obtention de son diplôme est de dénicher un emploi mieux payé, par exemple dans la cuisine de l’hôpital local.

Entre temps, elle fait partie du genre d’élève que Debbie Miller aime instruire.

« C’est vraiment agréable de travailler avec des gens qui ont choisi d’apprendre », explique-t-elle. « J’ai l’impression de mieux échanger avec eux, parce que l’enseignement est personnalisé et que je peux leur consacrer le temps et l’attention qu’ils méritent. »

Les employés qui suivent des cours au centre d’apprentissage savent également qu’ils améliorent les résultats de l’entreprise en plus de rehausser leur estime de soi.

« On se sent bien dans notre peau, » conclut Richard McKinnon.

 

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