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Du hockey professionnel au peewee : Joé Juneau fait valoir le pouvoir du travail d'équipe dans le nord du Québec

12 juin 2008

N’importe quel amateur de hockey vous le dira : le moment le plus excitant de la partie est habituellement la troisième période. On pourrait dire la même chose de la vie de Joé Juneau.

Après avoir connu une carrière professionnelle de plus d’une décennie dans la LNH, puis avoir exercé comme ingénieur civil pendant un certain temps, avec des résultats enviables, l’ancien centre a choisi de réorienter de manière radicale son cheminement professionnel : il allait enseigner le hockey et les rudiments de la vie aux enfants du Nunavik. Ainsi, depuis deux ans, M. Juneau, originaire du Québec, vit et travaille sur les terres inuites qui occupent le tiers supérieur de la province, où il supervise un programme d’éducation innovateur centré sur les jeunes.

Le concept se résume à ceci : les élèves sont autorisés à jouer au hockey sous la houlette d’un professionnel, à condition qu’ils aillent à l’école, obéissent à leurs professeurs et obtiennent de bonnes notes. Une idée certes simple, mais qui a connu un succès retentissant.

« Le hockey occupe une place aussi importante dans leur cœur [en parlant des enfants du Nunavik] que dans celui des enfants qui grandissent à Montréal… Peut-être même une plus grande place encore », affirme M. Juneau à l’autre bout du téléphone, depuis Kuujjuaq, la plus grande des 14 collectivités du Nunavik avec sa population de 2 132 habitants. « Ce n’est plus comme autrefois, quand la télévision n’existait pas par ici. Maintenant, les gens ont la télévision par câble et par satellite, et les enfants regardent tous les matchs de la LNH ».

Située à 1 500 km au nord de Montréal, la région, ensevelie sous la neige une bonne partie de l’année, semble être particulièrement propice au hockey. Malheureusement, en l’absence d’un programme structuré, nombre d’enfants sont trop souvent oisifs, et glissent lentement dans l’ennui, la monotonie et, dans bien des cas, dans le crime et la toxicomanie. L’amour qu’entretient M. Juneau pour le hockey et sa passion pour les jeunes du Nunavik se sont matérialisés juste à temps. On pourrait entretenir des doutes au sujet d’une telle transition de l’univers du sport professionnel à celui de l’éducation, si l’on ne savait pas que M. Juneau croit depuis son plus jeune âge à la force de l’apprentissage.
 
Élevé à Pont-Rouge, petite localité à l’ouest de la ville de Québec, M. Juneau déploie autant d’efforts à l’école que sur la patinoire. Lorsqu’il arrive en 1987 au prestigieux Institut polytechnique Rensselaer, dans l’État de New York, pour y étudier le génie aéronautique, M. Juneau ne parle pas anglais. Il lui faut moins d’une session pour l’apprendre avec l’aide de tuteurs.

M. Juneau est le meilleur attaquant de l’équipe de hockey de l’Institut, de sa première année à sa sortie de l’école. Après avoir obtenu son diplôme avec une moyenne de 4,0, il participe aux Jeux olympiques d’Albertville, en 1992, au sein de l’équipe masculine de hockey. À cette occasion encore, c’est lui qui réussit le plus de buts, aidant ainsi ses coéquipiers à remporter la médaille d’argent.

Lors de son entrée dans la LNH, M. Juneau établit un record du nombre de buts marqués, l’année de son recrutement (1992-1993) par les Bruins de Boston. Il se fait rapidement connaître pour son éthique professionnelle, son absence de prétention et son intelligence — les chroniqueurs sportifs le déclarent « joueur le plus brillant de la LNH ». Après avoir été échangé par les Bruins en 1996 (et avoir participé aux finales de la Coupe Stanley en 1998), M. Juneau passe d’équipe en équipe au sein de la ligue, de Buffalo à Ottawa, pour finalement aboutir à Montréal. Il se retire en 2004, au terme de sa troisième saison avec les Canadiens.

À l’hiver 2006, M. Juneau, sa compagne de longue date, Elsa Moreau, et deux de leurs amis partent pour une expédition de 10 jours en camping sur les terres sauvages et enneigées du Nunavik. Peu avant la fin de son voyage, le groupe visite Kuujjuaq.

« Nous avons observé des choses magnifiques dans la nature, se rappelle Juneau. Lorsque nous sommes redescendus des montagnes et que nous sommes arrivés au village, nous avons eu la chance de rencontrer des jeunes [du coin]. Je suis allé à leur école et j’ai vu comment ça s’y passait. C’est ainsi que j’ai découvert leur réalité – en me faisant raconter les côtés durs de la vie dans cette contrée. »

Au Nunavik, comme dans bien des régions du Nord, les jeunes ne connaissent que trop bien la toxicomanie, l’alcoolisme et la délinquance juvénile. Le décrochage est monnaie courante; et le suicide semble être une possibilité omniprésente. M. Juneau décèle peu d’éléments susceptibles de motiver les enfants à rester dans le droit chemin : Kuujjuaq dispose d’une patinoire intérieure, mais seules des parties de hockey improvisées y ont lieu. Pendant le vol de retour, l’ancien de la LNH mijote un moyen de changer tout cela.

En quelques semaines, M. Juneau parvient à rencontrer un attaché politique du gouvernement du Québec, qui fait en sorte de le présenter aux représentants de l’Administration régionale Kativik, organe législatif du Nunavik. Lorsque M. Juneau offre d’élaborer un programme de hockey axé sur l’éducation, l’Administration régionale du Kativik saute sur l’offre.

Joé Juneau
Juneau discute de stratégies de jeu avec les élèves participant au Programme de développement des jeunes du Nunavik axé sur le hockey
Au milieu de 2006, M. Juneau, soupçonnant son employeur d’être davantage intéressé par son nom que par ses idées, démissionne de la firme d’ingénierie pour laquelle il travaillait à Québec. Il signe alors une entente par laquelle il s’engage à diriger un programme pilote au Nunavik — baptisé Programme de développement des jeunes du Nunavik axé sur le hockey — qui doit bénéficier d’un financement fédéral et provincial de quelque 1,2 million de dollars.

Pendant quelques mois, M. Juneau tente de faire la navette entre le sud et les 14 villages du Nunavik, mais se rend compte que, pour faire véritablement avancer les choses, il doit être sur place de manière permanente. En septembre 2007, il déménage à Kuujjuaq avec sa compagne et leurs petites filles, Ophélie et Héloïse. Celles-ci participent depuis peu au programme de hockey créé par leur père. Leur mère leur fait l’école en français à la maison, car l’enseignement ne se fait nulle part dans cette langue au sein de la région.

M. Juneau travaille habituellement de 10 à 12 heures par jour. Il arrive souvent à son bureau de la patinoire de Kuujjuaq avant 6 h. Presque tous les après-midi à 16 h 30, il est sur la glace, ou à proximité, enseignant parfois, mais la plupart du temps se contentant de faciliter les relations entre les joueurs et les adultes qu’il a ralliés à son projet comme mentors.

En mars dernier, le premier ministre du Canada, Stephen Harper, et le premier ministre du Québec, Jean Charest, se sont rendus à Kuujjuaq pour mieux connaître le programme, auquel sont inscrits près de 1 000 enfants.

M. Juneau met actuellement la dernière main à un rapport exhaustif sur les progrès accomplis jusqu’ici. Parents, enseignants, dirigeants politiques et même certains des jeunes participants prennent la peine de le remercier de ses efforts. Un sergent de la police locale a écrit une lettre dans laquelle il associe au travail de M. Juneau une baisse marquée de la délinquance juvénile.

« Quand j’avais 15, 16 ans, au moment crucial où j’ai commencé à sortir avec les filles et tout ça, la vie m’apparaissait comme une grande fête, se souvient M. Juneau. Mais pour devenir un joueur de hockey de haut niveau, je devais d’abord réussir à l’école. C’était la condition que je devais remplir pour avoir le droit de faire partie d’une équipe. Ce principe a marché dans mon cas. Il a marché pour nombre de mes amis, que j’ai eus comme coéquipiers. Et je vois maintenant qu’il marche ici aussi. »

« Si l’on met en place un programme de qualité, comme celui qui existe ici, si l’on amène les enfants à patiner pour différentes équipes, sous la supervision d’adultes, et si les enfants travaillent sérieusement, vont à l’école… tout le monde en bénéficie. »

 

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