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« Je n’ai jamais souhaité m’enrichir. Les études me permettaient d’aller au bout de mes passions. »
La vie de James Bartleman tient à la fois de la quête et du conte de fées. D’abord, il a su surmonter d’incroyables obstacles pour connaître une carrière bien remplie. Ensuite, il a été animé pendant toute sa vie d’un besoin naturel d’apprendre et de se perfectionner, et il a su profiter d’une chance stupéfiante tout au long de son parcours extraordinaire.
M. Bartleman a grandi dans une modeste famille ouvrière au sein de la Première nation de Mnjikaning. Aujourd’hui, après une carrière distinguée au service extérieur canadien, il continue de servir en tant que 27e lieutenant-gouverneur de l’Ontario. Il est l’Autochtone canadien à avoir occupé le plus haut poste au service extérieur de même que le premier Autochtone à assumer la fonction vice-royale en Ontario.
En tant que lieutenant-gouverneur, il est reconnu pour ses efforts visant à favoriser l’apprentissage chez les Autochtones, à lutter contre le racisme et à réduire les préjugés associés à la maladie mentale. En 2004, M. Bartleman a lancé le Programme de collecte de livres du lieutenant-gouverneur, qui a permis de distribuer plus de un million de livres usagés aux bibliothèques des collectivités des Premières nations. En 2005, il a organisé des camps d’été pour les enfants des Premières nations avec pour objectifs d’accroître la littératie et de réduire la maladie mentale et le suicide. Parmi les nombreuses distinctions qu’il a reçues en reconnaissance de son travail, il a été fait membre de l’Ordre de l’Ontario et chevalier de grâce de l’Ordre de Saint-Jean.
L’aventure de M. Bartleman commence à Port Carling, dans le canton de Muskoka Lakes, où il a été élevé. Sa famille n’était pas autorisée à vivre dans la réserve voisine d’Indian River parce que la mère de M. Bartleman avait marié un non-Autochtone. Dans le Port Carling des années 1940 et 1950, le racisme était une réalité de tous les jours.
M. Bartleman a su très jeune qu’il pouvait aspirer à une autre vie — et peut-être à une vie meilleure — que celle que sa famille lui avait fait connaître. Comme beaucoup d’enfants des années 1940, il a commencé à gagner quelque argent à huit ans, en distribuant le journal après l’école, en tondant des pelouses et en effectuant d’autres menus travaux.
« On n’avait pas besoin d’être très éduqué pour tailler des arbres et repeindre des vérandas, se souvient-il. J’étais conscient que, sans des études, je devais m’attendre à faire ce genre de travail toute ma vie. »
Ce qui distinguait M. Bartleman des autres enfants du même milieu, c’était l’empressement de sa famille à nourrir son aptitude pour la lecture dès son plus jeune âge. « Lorsque j’ouvrais un livre, je pouvais voyager partout où je le voulais », explique-t-il. Port Carling avait une excellente bibliothèque et M. Bartleman pouvait y passer autant de temps qu’il le souhaitait.
Toutefois, la personne qui a eu le plus d’influence sur lui, à l’époque, fut son grand père paternel, un immigrant écossais qui était arrivé jeune homme au Canada avec des études primaires pour tout bagage. Bien que le premier M. Bartleman fût un militant syndical bien connu et un défenseur convaincu de la justice sociale, son manque d’apprentissage formel l’a empêché d’atteindre plusieurs de ses objectifs. Il n’a jamais aimé vivre dans l’Ontario rural, mais il estimait ne pas être suffisamment éduqué pour le quitter.
« Mon grand-père disait toujours : “Fais des études. Tu ne dois pas passer ta vie ici dans la pauvreté.” Ses idées ont eu un énorme impact sur moi. » M. Bartleman a été un élève appliqué tout au long du primaire et il a fait la fierté de sa famille du côté de sa mère lorsqu’il est devenu le premier parmi eux à entrer à l’école complémentaire — l’équivalent à Port Carling de l’école secondaire d’aujourd’hui.
« J’avais cette certitude que je finirais par acquérir une éducation de qualité. Il me paraissait inconcevable que je passe le reste de mes jours à travailler comme ouvrier à Port Carling. »
Puis un jour, alors que, adolescent, il entretenait le terrain autour de la maison de campagne d’un riche Américain, Robert Clause, celui-ci lui fit une offre inespérée : était-il intéressé à faire sa treizième année et à poursuivre ses études à l’université? M. Clause lui proposait de payer ses études.
« Ma carrière n’aurait pas été aussi riche sans son appui, affirme M. Bartleman. Comme mon mode de vie et ma famille m’avaient déjà enseigné l’importance de l’éducation, on peut dire sans exagérer que son offre s’adressait certainement à l’élève le plus enthousiaste en ville. »
M. Bartleman est donc entré à l’université, sans avoir d’objectifs de carrière précis. Féru d’histoire et de relations internationales, il s’est consacré à ces deux matières avec ferveur à la University of Western Ontario, où il a obtenu son baccalauréat en histoire avec distinction.
« Je n’ai jamais souhaité m’enrichir, dit-il. Les études me permettaient d’aller au bout de mes passions. Je voulais un emploi correct qui ne comportait pas de travail manuel, et je désirais voyager. »
Son diplôme en main, M. Bartleman se procure un billet aller seulement pour l’Europe. Il obtient un emploi à Londres auprès du British Council, où il parvient à quitter son bureau pour assister à des conférences sur l’art, la littérature, la politique étrangère britannique et le service extérieur. Le bibliothécaire du British Council offrait parfois à M. Bartleman des billets pour les meilleurs spectacles de Londres. Il a ainsi pu entendre le Royal Philharmonic au Royal Albert Hall et visiter les meilleures galeries de la ville. Il se trouvait à la cathédrale Saint Paul lorsque Martin Luther King y reprit son fameux discours « Je fais un rêve… ». Il a patienté en file pendant six heures afin de passer devant la dépouille de Winston Churchill en 1965.
« Ce fut l’une des périodes les plus enrichissantes de ma vie, évoque-t-il. Elle a été possible en bonne partie parce que j’avais tellement soif d’apprendre, à propos de tout. J’ai alors décidé d’entrer au service extérieur, puisque ça me semblait la meilleure voie à suivre pour voyager beaucoup et vivre des expériences intéressantes. »
M. Bartleman a subi l’examen du service extérieur du Canada en 1965, et y a débuté en juin 1966. Il affirme ne pas avoir vraiment planifié les 35 années de carrière qui ont suivi; il a abordé avec le même enthousiasme les affectations souvent difficiles qui ont jalonné son parcours.
« Après plus de trois décennies au service extérieur, je suis devenu un expert d’au moins une douzaine de domaines. Le véritable enseignement que j’en ai tiré, c’est que je pouvais apprendre énormément des gens que je côtoyais. »
La Colombie, Cuba, Israël et le Bangladesh figurent parmi ses affectations les plus marquantes. Il a appris l’espagnol, a approfondi ses connaissances de l’histoire de l’Asie du Sud et, à force d’études poussées, est devenu un expert du judaïsme et de l’islam. Il s’est intéressé à l’aide au développement, au terrorisme international, au contrôle des armements ainsi qu’à l’histoire unique de la menace communiste dans les Antilles à la fin des années 1950.
Il se souvient d’une tâche particulièrement intimidante qu’il avait assumée avec un aplomb caractéristique : il avait été désigné par l’OTAN pour représenter le Canada auprès d’un groupe de travail militaire et technique sur la réduction des forces classiques en Europe centrale.
« En fait, je n’avais aucune idée de ce que ça voulait dire, dit-il en riant. Il y avait quand même un groupe de colonels pour me fournir de l’information et me conseiller. Avec le temps, et en travaillant fort, je suis devenu un expert des questions technico-militaires. »
En 1994, le premier ministre Jean Chrétien lui a demandé de devenir son conseiller en politique étrangère. Il a accepté cette nomination avec assurance; c’était, à plusieurs égards, l’aboutissement de trois décennies d’expérience de la politique étrangère et des affaires internationales. « Le premier ministre pouvait me téléphoner et j’étais toujours prêt, grâce à mon apprentissage. »
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