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« Le basket-ball est un beau sport et un bel outil d’apprentissage, mais pour moi ce n’est pas une fin en soi, c’est simplement un moyen de devenir une meilleure personne. »
Dans la vie, James Naismith, le père du basket-ball, avait une maxime simple : « Que ton corps soit fort, que ton esprit soit clair, et que tes idéaux soient nobles. » Ce médecin, philosophe et entraîneur né en Ontario a formulé sa maxime en 1891, peu après avoir inventé un sport qui allait connaître un brillant avenir.
Pendant le siècle qui a suivi, ces paroles ont aidé à guider le parcours professionnel des plus grands joueurs de basket-ball. Bill Bradley, par exemple, fut membre des Knicks de New York, champion de la NBA en 1970 et en 1973 et l’un des rares titulaires d’une bourse Rhodes. Après sa carrière et sa consécration au temple de la renommée, il fut sénateur aux États-Unis, candidat aux élections présidentielles et auteur. Dikembe Mutombo, joueur All- Star, est aussi au nombre des plus grands. On se rappellera avec raison de ce Congolais d’origine – nommé défenseur de l’année à quatre reprises – tant pour ses talents au blocage que pour l’hôpital de pointe qu’il a aidé à construire à hauteur de 29 millions de dollars à Kinshasa, la capitale du Congo.
Il n’est pas surprenant que cet idéal d’athlète parfaitement équilibré ait franchi les frontières du pays natal de James Naismith. En 1994, l’association Sport interuniversitaire canadien (SIC) a créé le prix Ken Shields. Nommé en hommage à l’entraîneur de basket-ball le plus primé de l’histoire de la SIC, ce prix annuel est remis à l’athlète étudiant masculin qui incarne le mieux l’idéal d’excellence de James Naismith sur le terrain, à l’université et dans la communauté.
Pour la saison 2008–2009, c’est Jérôme Turcotte-Routhier qui a remporté le prix Ken Shields. Il est d’ailleurs le premier athlète québécois à gagner cette distinction des plus prestigieuses.
Du haut de son mètre quatre-vingt-treize, le meneur de jeu du Rouge et Or de l’Université Laval ne laisse planer aucun doute sur ses talents d’athlète : sa première année avec le Rouge et Or lui a valu une place dans l’équipe des recrues de la Fédération québécoise du sport étudiant et sa moyenne de la dernière saison s’élève à 11,5 points par rencontre. Il se classe parmi les huit meneurs de la ligue grâce à une moyenne de 7,3 rebonds, de 4 assistances et de 1,8 interception par match.
Mais c’est avant tout grâce à son dossier universitaire et à son engagement communautaire qu’il se démarque. Inscrit en droit au premier cycle à l’Université Laval, Jérôme a obtenu une moyenne cumulative de 3,50 (sur 4,33) à la session d’hiver. Quant à son engagement communautaire, il a de quoi impressionner. À 22 ans, il fait du bénévolat pour la section de l’Université Laval d’Avocats sans frontières Canada, et il travaille au sein de l’équipe de recherches et de secours de la Garde côtière canadienne pendant l’été. De plus, il est souvent invité dans les écoles primaires du Québec où il donne des conseils aux élèves pour devenir grands, forts et débrouillards, et il a déjà animé une émission de radio à Québec où il vantait les bienfaits d’un mode de vie sain.
Sachant tout cela, certains pourraient être surpris d’apprendre que Jérôme n’a pas toujours eu un profil aussi exemplaire.
« J’avais des problèmes d’apprentissage au primaire. Mes notes étaient mauvaises. Peut-être que je n’étais pas assez déterminé », avance-t-il, depuis Québec. Bien que sa langue maternelle soit le français, il parle un anglais presque parfait. « Quand je suis entré à l’école secondaire, ma mère m’a averti que ce serait une étape très difficile et que je devrais travailler plus fort que jamais. Elle m’a mis sur le bon chemin. »
Sa mère l’a encouragé à adopter le principe de la réciprocité généralisée (apparentée à la chaîne du cœur), qui est maintenant sa philosophie personnelle. Il a réussi à améliorer ses résultats scolaires grâce, selon lui, à l’organisation et à la discipline. Rendu au cégep, il se détachait déjà du lot.
Le basket-ball de haut niveau exige un savant mélange de mathématiques, de logique, d’analyse, de psychologie interpersonnelle et, bien sûr, d’athlétisme. Jérôme affirme que le sport l’a aidé à se concentrer sur ses études, et vice versa.
En 2006, son engagement scolaire l’a aidé à gagner la prestigieuse Étoile académique canadienne ACSC-SIRC. Puis, il n’a pas tardé à être approché par des représentants de différents programmes américains de basket-ball de la National Collegiate Athletic Association (NCAA), ce qui ne l’a pas empêché de choisir l’Université Laval, dont le campus se situe aux portes de Québec.
« La communauté et les gens qui m’entourent ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui, explique-t-il. C’était important pour moi de donner à mon tour à toutes ces personnes qui m’ont aidé; je savais que ma présence aurait davantage de poids ici qu’à Pittsburgh ou ailleurs en Amérique. »
Naturellement, sa décision de rester au Canada a un prix. Les étudiants-athlètes des universités canadiennes ne sont pas aussi dorlotés que ceux des universités américaines. Il n’y a pas de mécanisme de recrutement massif, de bourses « tout inclus » (comprenant parfois une aide financière non officielle), de présence à la télévision aux heures de grande écoute et de divers autres privilèges. Les joueurs canadiens prennent les mêmes cours que ceux qui ne font partie d’aucune équipe sportive et ils doivent se mesurer aux mêmes normes universitaires pour obtenir leur diplôme. Au Canada, les bourses destinées aux étudiants-athlètes ne couvrent que les frais de scolarité, et elles sont rares. Jérôme explique que parmi les joueurs du Rouge et Or, seulement quelques-uns en ont obtenu une.
« C’est parfois très difficile de garder sa motivation quand tu te retrouves dans une chambre d’hôtel avec des amis et que tu dois étudier, confie-t-il. Mais notre équipe est spéciale. Certains d’entre nous vont devenir ingénieurs, d’autres se préparent à une carrière en science, et il y en a trois ou quatre qui font des études commerciales. Ça aide d’être entouré de gens déterminés, pas seulement sur le terrain, mais aussi à l’école. »
Pour la plupart des joueurs de basket-ball de la SIC, l’obtention du diplôme met un terme à la carrière sportive. Certains continuent à jouer dans des ligues semi-professionnelles nord-américaines (pratiquement jamais dans la NBA), tandis que d’autres se recyclent dans l’entraînement. Quelques privilégiés seulement entrent dans les ligues professionnelles européennes, et c’est le but de Jérôme d’être de ce nombre. Après l'obtention de son baccalauréat à l’Université Laval, il planifie s’inscrire à la maîtrise et aimerait faire partie d’une « petite équipe à temps partiel » qui lui permettrait de consacrer le temps nécessaire à ses études.
« C’est certain que je ne veux pas jouer au basket-ball toute ma vie. Le basket-ball est un beau sport et un bel outil d’apprentissage, mais pour moi ce n’est pas une fin en soi, c’est simplement un moyen de devenir une meilleure personne. »
John Wooden, ancien entraîneur de l’équipe de basket-ball de la University of California Los Angeles (UCLA), et l’un des plus grands entraîneurs de l’histoire du basket-ball, a bâti des équipes à l’aide d’aphorismes comme « on peut faire plus de bien en étant une bonne personne que d’aucune autre façon », et « ne vous jugez pas à la lumière de ce que vous avez réalisé, mais à la lumière de ce que vous auriez dû réaliser avec vos capacités ». Ces paroles trouvent écho chez le joueur étoile du Rouge et Or. L’équipe n’était pas en lice pour le titre de la SIC cette année, et rien ne garantit qu’elle se rendra en finale pendant que Jérôme fait ses études à l’Université Laval. Mais peu importe : il a déjà dans sa mire des objectifs plus vastes et gratifiants à long terme.
« Quand j’ai commencé à travailler dans la communauté, bien honnêtement, je ne connaissais pas le prix Ken Shields. C’est une distinction fantastique, surtout que je suis le premier Québécois à l’avoir reçue, dit-il. Mais parfois, les enfants me disent des choses qui me font plus plaisir que n’importe quel trophée. Ce n’est pas seulement pour gagner des prix qu’on travaille fort et qu’on apprend. »
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