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Garder les pieds sur terre : La vie et la carrière de Julie Payette

10 janv. 2008

À titre de première Canadienne à monter à bord de la station spatiale internationale, Julie Payette s’est depuis longtemps mérité une mention dans les livres d’histoire.  Pourtant depuis les neuf années qui ont suivi ce moment historique, on doute que Mme Payette se soit arrêtée suffisamment longtemps pour en constater l’importance. Nul doute que comme pour la plupart de ses collègues astronautes au sein de l’Agence spatiale canadienne, cette femme de 44 ans est un excellent exemple à citer en matière de dépassement de ses capacités. 

En plus d’avoir passé neuf jours, 19 heures et 13 minutes dans l’espace, l’ingénieure d’origine montréalaise est une pilote chevronnée, parle six langues, détient 14 grades honorifiques et est une athlète adepte de ski, de course à pied et de plongée sous-marine. Mme Payette croit que c'est grâce à sa polyvalence qu'elle a été choisie en 1992 parmi plus de 5 000 intéressés pour participer au programme de formation des astronautes de l’Agence spatiale canadienne.

« Une personne polyvalente est quelqu’un dont les acquis et la personnalité lui permettent de s’adapter à toutes les situations, explique-t-elle, depuis son bureau du Centre spatial Johnson à Houston, Texas. Il s’agit d’un mode de vie idéal, non seulement pour les astronautes potentiels, mais également pour toute personne qui aspire à l’excellence. »

En outre, elle est consciente de la difficulté de concilier les exigences de sa carrière professionnelle et de sa vie familiale (elle et son mari ont un fils de trois ans et un autre de 14 ans) à Montréal. Comment une astronaute ayant une vie aussi chargée s'y prend-t-elle pour équilibrer vie et travail? Étonnamment, la réponse se trouve dans les arts.

Mme Payette joue du piano et chante au sein de chorales depuis son enfance, passe-temps qui l’ont amenée à se produire au renommé Carnegie Hall de New York. Cet engouement pour la musique s'est poursuivi au cours de son adolescence et constitue une partie essentielle de sa vie : elle possède d’ailleurs deux pianos chez elle à Montréal et a chanté comme soprano au sein d’un certain nombre de chorales comme le chœur de chambre de l’Orchestre symphonique de Montréal et le Tafelmusik Chamber Choir de Toronto

Mme Payette affirme qu'elle n'est pas la seule à s'intéresser aux arts. Selon elle, la plupart de ses collègues de la NASA trouvent du temps dans leur horaire chargé pour s’adonner à des activités artistiques par pur plaisir ou pour alléger leur stress.

« Ma vie a toujours été très remplie, mais également bien équilibrée, confie-t-elle. L’équilibre et la variété constituent un exutoire crucial pour toute personne très performante, et je ne fais pas exception. »

En fait, la NASA compte son propre groupe rock, Max Q (dont le nom provient du terme technique qui désigne, en anglais, le point où la pression aérodynamique exercée sur un aéronef en vol atmosphérique est à son maximum) auquel Mme Payette se joint à l'occasion.

« Nous écoutons également beaucoup de musique dans l’espace, ajoute-t-elle. À bord de la station spatiale, nous n’avons ni famille, ni air frais, ni nourriture fraîche; sans l’exutoire et le réconfort que procure la musique, il serait presque impossible de travailler. »

En fait, de récentes études révèlent que la pratique des arts de la scène peut favoriser l'apprentissage tout au long de la vie chez les enfants tout comme chez les adultes, en renforçant l’estime de soi et les aptitudes à la communication d’une personne, et en accroissant de façon générale l'employabilité d'une personne. De plus, un rapport de l'UNESCO émis en 2006, souligne l'importance des arts dans les écoles canadiennes, et affirme que « la pratique des arts de la scène et l'expression culturelle renforce la démarche créatrice, favorise l'harmonie sociale et interculturelle et développe chez les individus la confiance, l'imagination et l'originalité. »

L'apprentissage tout au long de la vie en action

Les expériences et connaissances diverses de Mme Payette se sont révélées essentielles à sa réussite en mission. Après avoir terminé sa formation d’astronaute en 1998 au Centre spatial Johnson, Mme Payette a été spécialiste de mission à bord de la navette spatiale Discovery au printemps 1999, où elle actionnait le bras robotique Canadarm en orbite. C’est au cours de cette mission qu’elle a travaillé à bord de la station spatiale internationale où, dit-elle, elle devait être prête à gérer des imprévus.

« À bord d’un astronef, nous devons être des spécialistes techniques et des personnes à tout faire. Nous sommes tour à tour scientifiques, ingénieurs, cuisiniers, responsables du ménage, réparateurs, pilotes et travailleurs de la construction de la station spatiale internationale. De plus, nous nous substituons aux scientifiques qui ne nous accompagnent pas et effectuons des expériences pour eux. Nous devons nous préparer à tout. »

Outre ses responsabilités à titre d’astronaute, Mme Payette appartient à un réseau de motivation qui fait la promotion de l’apprentissage en classe et en dehors des salles de cours. Elle s’adresse à des groupes scolaires et au grand public aux quatre coins de l'Amérique du Nord, elle fait jusqu’à 50 apparitions publiques et se rend aussi loin qu’au Yukon et à Terre-Neuve afin d’inspirer les gens à devenir des êtres humains accomplis. Mme Payette avoue que lorsqu’elle donne une conférence, il n’est pas facile de convaincre les membres de l’assistance qu’ils peuvent réaliser de grandes choses. Le problème est dû en partie au fait qu’elle-même et ses collègues peuvent parfois donner l’impression d’avoir atteint un tel degré de perfection qu’il semble impossible de suivre leurs traces.

« Les gens ont l’impression que nous sommes parfaits, que nous sommes des robots, mais ce n’est pas le cas. Nous sommes tout simplement des personnes qui ont les compétences et la personnalité qu’il faut pour bien faire ce travail. Les êtres humains sont des êtres humains. »

« Quelle chance extraordinaire de faire partie d’un réseau aussi vaste et important dont la mission est de motiver des jeunes et des adultes, déclare Mme Payette. Quand ils s’adressent à une assistance, les astronautes prennent leur fonction très au sérieux. »

À ceux et celles qui désirent devenir astronautes, elle prône un mode de vie polyvalent. Bien qu’elle insiste sur l’importance d’effectuer les bons choix en matière de formation. Il est essentiel d’étudier les mathématiques, les sciences ou le génie, car tous les astronautes sont dotés d’un bagage scientifique. Mme Payette rappelle à son public qu’il importe également de mener une vie riche et variée.

« Ne vous cantonnez pas dans les études, leur dit-elle. Bien que les comités de sélection soient impressionnés par les excellents résultats scolaires, ils cherchent également des personnes équilibrées ».

Mme Payette encourage son public à faire preuve d’imagination, de persévérance et d’ingéniosité dans les sphères de leur vie.

« Par exemple, lorsque le comité de sélection m’a interrogée au sujet de mon esprit d’équipe, j’ai tiré parti de mon expérience en tant que choriste pour prouver que je ferais une excellente astronaute, explique-t-elle. J’ai démontré que le seul moyen pour une dizaine de personnes de faire de la belle musique était de bien travailler en équipe. Il ne fait donc aucun doute que mes antécédents musicaux ont contribué à ma réussite dans cette extraordinaire carrière. »

 

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