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« J’ai réalisé mon rêve, et je veux que tous les jeunes aient l’occasion de faire de même. »
La vie de Paul Okalik est faite d’extrêmes. Après une petite enfance idyllique sur les terres ancestrales au sein de sa famille inuite, il est entré à l’école primaire à l’âge de cinq ans, une expérience terriblement difficile pour lui. Passé l’adolescence, marquée par l’alcool et les délits mineurs, il accédera à des études supérieures et à l’excellence professionnelle à l’âge adulte. Toute sa vie, M. Okalik a connu de grandes souffrances, mais aussi beaucoup d’amour. Il est parvenu à des réussites stupéfiantes et s’est bâti une carrière brillante.
Paul Okalik est avocat et premier ministre du Nunavut, un très vaste territoire à la population clairsemée, dont la moitié n’a pas 25 ans. Il y a de cela à peine 50 ans, la plupart des Inuits du Nunavut (qui faisait alors partie des Territoires du Nord Ouest) étaient nomades. À titre de premier ministre, le principal défi qu’a dû relever M. Okalik consiste à concilier tradition et nouveauté, à offrir à la nouvelle génération l’accès à des ressources, à des établissements d’enseignement et à la technologie moderne sans sacrifier les traditions, les valeurs et les moeurs qui définissent la culture inuite depuis des centaines d’années.
« Tout jeune, j’ai grandi sur la terre au sein d’une famille qui m’a transmis de solides valeurs, se rappelle M. Okalik, l’un des dix enfants qu’ont eus sa mère Annie et son père Auyaluk, chasseur. Enfants, nous apprenions en observant nos aînés et passions le plus clair de notre temps à voyager et à camper. » M. Okalik se souvient des histoires que racontaient sa mère et sa grand mère au sujet des points de repère rencontrés en route. Et il se souvient de sa fierté lorsqu’il a participé pour la première fois à la chasse au caribou, un événement d’une grande importance pour son identité culturelle.
« Après avoir vécu – et appris – de cette façon pendant les premières années de ma vie, l’entrée à l’école a été très difficile », affirme t il. À l’époque, l’enseignement était donné en anglais, une langue que le jeune Paul et les autres enfants inuits ne parlaient pas. Il a peu de souvenirs de cette période, car il n’y comprenait pas grand chose. « Ce fut difficile pendant tout ce temps », dit il.
Dans les années 1950, après avoir quitté les camps éloignés pour s’établir dans les villes et les villages, la plupart des Inuits ont eu du mal à se conformer aux lois canadiennes, qu’ils ne comprenaient pas. De nombreuses familles ont été profondément éprouvées par les exigences du système judiciaire canadien, et celle de M. Okalik n’a pas fait exception. Son frère a été emprisonné pendant une courte période après un délit mineur et il a plus tard été sommé de payer une amende sous peine de retourner en prison. Il n’avait pas d’argent, et la perspective d’être de nouveau emprisonné était pour lui le comble de l’horreur. Le frère de M. Okalik s’est suicidé.
« J’admirais mon frère, et sa mort m’a profondément troublé. Je me suis dit qu’il n’aurait pas dû mourir. Que ce n’était ni juste ni bien. » C’est pendant cette période difficile que M. Okalik s’est juré de devenir un jour avocat. Il rêvait d’aider son peuple à faire face au système judiciaire canadien.
Mais il lui faudra de nombreuses années avant de réaliser ce rêve. Après le décès de son frère, il a tourné le dos à sa collectivité et s’est réfugié dans l’alcool. « Ce n’était pas le chemin que je m’étais imaginé, affirme M. Okalik. J’étais complètement dépassé par les changements qui se produisaient dans ma collectivité. »
M. Okalik a abandonné ses études avant la 10e année. Il a quitté Iqaluit et s’est plus tard installé à Ottawa, où il a connu sa première percée. Après avoir répondu à une annonce dans le journal, il a commencé à travailler comme chercheur et négociateur au sein de la Fédération Tungavik du Nunavut, qui représentait les Inuits du Nunavut pendant le processus de revendications territoriales. L’expérience lui a révélé qu’il avait de bonnes aptitudes en négociation et qu’il avait les capacités intellectuelles pour devenir avocat.
« Nous collaborions avec de nombreux avocats et négociateurs. Il m’a fallu un certain temps avant de prendre confiance en moi, mais j’ai fini par comprendre que j’étais tout aussi intelligent que bon nombre d’entre eux. » Par la suite, au milieu de la vingtaine, il a vécu une autre expérience qui l’a transformé : la naissance de sa fille Shasta.
« Je voulais que ma fille soit fière de son père, et je savais que, pour cela, il me fallait changer. » Afin de trouver la force d’arrêter de boire, il est revenu à ses racines pour trouver du soutien et la capacité de s’affirmer. « Ma grand mère m’a rappelé que les Inuits n’ont besoin ni d’alcool ni de drogue pour régler leurs problèmes. Elle m’a aussi dit que ma mère, qui était décédée et de qui j’avais été très proche, aurait été très fière de ce que j’essayais d’accomplir. »
M. Okalik a terminé ses études secondaires puis s’est inscrit à l’Université Carleton, où il a étudié en sciences politiques et en études canadiennes. Même si la première année lui a paru la plus difficile de toute son expérience scolaire (il parvenait tout juste à subsister), il s’en est sorti avec l’aide de ses amis et de sa famille et a obtenu son baccalauréat ès arts. Il s’est ensuite inscrit en droit à l’Université d’Ottawa. Après avoir décroché son diplôme, il a travaillé pendant un an comme stagiaire au sein d’un cabinet d’avocats d’Iqaluit et, en 1999, il est devenu le premier Inuit admis au barreau.
« Il était difficile d’être le seul Inuit à étudier en droit et de n’avoir aucun modèle dont s’inspirer. J’ai tenu le coup en trouvant appui chez les personnes les plus intelligentes. »
Son diplôme de droit en poche, M. Okalik s’est dirigé vers la politique plutôt que vers la pratique parce qu’il estimait pouvoir mieux aider son peuple en tant qu’homme public. « Je connaissais bien la richesse de la culture inuite, mais le fait que nous n’avions pas la maîtrise de notre destin me dérangeait. L’un de mes objectifs était de modifier cette situation. »
En 1999, il est élu député de l’Assemblée législative du Nunavut dans Iqaluit Ouest. L’Assemblée législative, qui fonctionne selon le principe du consensus plutôt que sur la base de partis politiques, le nomme alors premier ministre. Son mandat sera renouvelé en 2004.
M. Okalik a fait de l’éducation des Inuits une priorité de son mandat. Il souhaite également que son peuple soit traité de façon juste devant la loi. Le gouvernement du Nunavut s’appuie sur de fortes valeurs traditionnelles liées à l’harmonie sociale, au partage et au soutien mutuel de même qu’à l’honnêteté.
Comme le souligne M. Okalik, il n’existe pas de formation préparant au poste de premier ministre. Mais son expérience de vie diversifiée lui procure une solide assise. Il a connu la réussite comme l’échec, ce qui fait de lui un chef compatissant. Il a éprouvé directement les difficultés qu’il cherche à combattre en tant que premier ministre : difficultés scolaires, crime et alcoolisme. Par dessus tout, M. Okalik souhaite à tous les Inuits du Nunavut une vie pleine et heureuse. Il veut éviter aux jeunes de son peuple les souffrances qu’il a endurées pour s’adapter à la société moderne.
M. Okalik étudie actuellement le français et apprend à jouer au golf (deux compétences essentielles pour tout politicien canadien, dit il à la blague), déterminé qu’il est à poursuivre son apprentissage tout au long de sa vie.
« Dans la vie, l’essentiel est de nourrir notre curiosité en apprenant continuellement. »
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