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De décrocheur à modèle : l’apprentissage quotidien de Peter Mansbridge 

16 août 2007

Peter Mansbridge, l’une des personnalités les plus respectées et reconnues dans le milieu de la télévision canadienne, est à la barre de l’émission phare de la CBC, The National, revue de l’actualité et d’affaires publiques, qu’il anime avec sobriété et constance depuis près de 20 ans. Au cours de ces années, cet Ottavien d’origine de 59 ans a couvert un nombre impressionnant d’événements qui ont marqué l’histoire, notamment la démission du premier ministre Pierre Elliott Trudeau, la chute du mur de Berlin, le référendum sur la souveraineté du Québec en 1995, la tempête de verglas de 1998 dans l’est de l’Ontario et au Québec et les décès de la princesse Diana et du pape Jean-Paul II. Bien qu’il admet avoir toujours eu un vif intérêt pour les événements mondiaux, et ce depuis ses années formatives à Londres, en Angleterre où il est né, Peter Mansbridge dit n’avoir jamais envisagé sérieusement une carrière de journaliste.

« J’ai grandi au sein d’une famille où l’on débattait de questions d’actualité lors du déjeuner et au souper, et ce, tous les jours. Nous écoutions la BBC lorsque nous habitions à l’étranger, et la CBC une fois installés au Canada, après quoi nous discutions des sujets soulevés, affirme-t-il. Je me suis donc toujours intéressé au journalisme, seulement, à cette époque, je n’aurais jamais envisagé une carrière dans ce domaine. » Il est d’ailleurs le premier à admettre que sa carrière, qui s’échelonne sur une quarantaine d’années, découle de sa détermination et… tout simplement de la chance.

Ayant abandonné ses études secondaires, Peter Mansbridge a fait une incursion dans la Marine royale canadienne (une décision infructueuse, selon lui) au lieu d’entrer au collège et à l’université, et c’est tout à fait par hasard qu’il a entamé sa carrière de journaliste. En 1968, alors qu’il travaillait pour le service de fret d’une petite compagnie aérienne dans la région isolée de Churchill, au Manitoba, un agent lui a tout bonnement demandé d’annoncer un vol. Pendant le message, le directeur de la station de radio locale de la CBC circulait dans l’aéroport. Il a été séduit par la désormais célèbre voix de baryton du jeune homme et a tôt fait de le retracer pour lui offrir un emploi. Dès le lendemain, Peter amorçait sa carrière en tant qu’animateur d’une émission de radio de fin de soirée.

« Quelle chance n’est-ce pas? affirme-t-il en riant dans son bureau de Toronto. Aussi, à ce moment-là, je n’ai pas manqué de saisir cette occasion, et j’ai appliqué adéquatement mes connaissances, contrairement à ce que j’avais fait à l’école secondaire et dans la marine. »

Le rôle primordial de la lecture

Après quelques mois à faire tourner des disques, Peter réussit à persuader son patron que la station gagnerait à présenter un radiojournal original. Malheureusement, tout n’était pas gagné d’avance pour Peter : il devait produire l’émission lui-même. Il a donc entrepris rapidement des recherches en la matière en écoutant les émissions des stations de la CBC de Winnipeg et de Toronto et divers radiojournaux et émissions parlées diffusées sur une radio à ondes courtes. « J’ai dû apprendre et m’adapter sans cesse, affirme-t-il à propos de sa formation autodidacte en milieu de travail. Je notais comment les radiojournaux étaient structurés, comment ils étaient écrits, et je relevais les différents styles des intervieweurs. J’ai assimilé toute cette matière et mis en pratique de mes propres idées. »

Le projet du jeune Peter a donc abouti à un radiojournal quotidien d’une durée de deux minutes pour rapidement devenir une émission d’une demi-heure que le jeune homme animait et produisait lui-même. En 1971, fort de sa réputation et de son expérience, M. Mansbridge a eu la chance d’obtenir un emploi en qualité de journaliste à la radio de la CBC à Winnipeg. Une fois dans les « ligues majeures », il a été en mesure de compenser son manque de formation structurée en journalisme en suivant des cours et en participant à des stages. Il se rappelle avoir eu du mal à acquérir des compétences en rédaction et en techniques d’entrevue, mais il a réussi à s’améliorer grâce à l’aide de ses collègues et mentors. Il a tout de même réussi à conserver un style bien à lui qui impressionnait ses patrons.

L’ascension de Peter Mansbridge de décrocheur à animateur de l’émission The National à la CBC ne se serait jamais produite, n’eut été d’une rencontre bien particulière survenue dans un aéroport situé dans un coin reculé du Nord du Manitoba. Pour entendre cette histoire peu commune de la bouche de M. Mansbridge, regardez sa vidéo biographique.

Même s’il affirme que ses débuts reposent sur un incroyable coup de chance, c’est grâce à sa détermination et à son dévouement que M. Mansbridge a réussi à se tailler une place dans l’univers ultracompétitif du journalisme. Après avoir mis un pied dans le milieu, il a cherché des mentors, s’est inscrit à des cours et a participé à des stages pour compenser son manque de formation scolaire.
 
Pour en savoir davantage sur les retombées économiques des programmes de stage, consultez le Carnet du savoir intitulé Les programmes de formation des apprentis au Canada, produit par le CCA.

Dans le même ordre d’idées, le Carnet du savoir intitulé L’insuffisance des compétences au Canada examine comment l’accroissement des investissements dans la formation en milieu de travail peut contribuer à résorber la pénurie de plus en plus criante de travailleurs qualifiés au Canada.

Au cours de la décennie suivante, la réputation de l’animateur a progressivement crû. Peter Mansbridge a lentement gravi les échelons de la CBC et a fait le saut à la télé locale en 1972 pour enfin travailler pendant quatre ans au bureau parlementaire de son diffuseur à Ottawa. C’est au début des années 1980 qu’il a pour la première fois occupé le siège de présentateur-vedette en co-animant l’émission The Quarterly Report avec la très respectable Barbara Frum. En 1987, la popularité croissante de M. Mansbridge a retenu l’attention du milieu télévisuel au sud de notre frontière, ce qui n’a pas manqué de générer de nombreuses rumeurs et spéculations. On lui a offert le poste de présentateur-vedette de l’émission du matin de CBS, This Morning, pour un salaire annuel estimé à 700 000 $. Afin de retenir le trentenaire au pays, l’animateur du National d’alors, Knowlton Nash, lui a cédé sa place. Depuis, de nombreux observateurs considèrent Peter Mansbridge comme un fidèle citoyen pour avoir choisi de demeurer au Canada. Le principal intéressé demeure toutefois perplexe à ce sujet.

« J’avais des raisons personnelles de rester au pays, et il y avait très certainement des motifs professionnels aussi. Knowlton m’a présenté sur un plateau d’argent l’emploi dont je rêvais pendant mes débuts à Churchill. Quand je n’étais qu’un simple journaliste à la radio, je rêvais d’animer The National. Ce poste était tout à fait à la hauteur de mes aspirations. Aucune autre offre n’aurait pu me combler autant. »

Apprendre, un défi de tous les instants

Depuis qu’il anime The National, Peter Mansbridge a gagné le respect de ses collègues qui ne tarissent pas d’éloges à son égard, comme le prouvent les 12 Prix Gémeaux qu’il a remportés. Cette appréciation a contribué à faire entrer l’émission dans une nouvelle ère. Par exemple, les discussions ouvertes très appréciées du public et la présence accrue de l’émission dans Internet comptent parmi les innovations apportées. Depuis qu’il exerce ce métier, Peter Mansbridge affirme qu’il s’est toujours reposé sur son amour de l’apprentissage, la lecture principalement, pour améliorer et enrichir son approche professionnelle. « Le plus stimulant dans mon métier, c’est que j’apprends du nouveau chaque jour, explique-t-il. Et pour apprendre, il faut lire ».

En plus des deux heures qu’il consacre chaque matin à éplucher les journaux et à naviguer dans les sites Internet, Peter étudie l’histoire, particulièrement celle du XXe siècle. Il intègre ses connaissances aux réunions et aux entrevues, ce qui lui permet de faire des liens entre le passé et le présent.

« Pour moi, le journalisme est l’accumulation d’expériences, de connaissances et de formation pour s’adapter au média dans lequel on exerce son métier. Tout comme le cadre scolaire, le cadre professionnel nous permet d’apprendre de nouveaux éléments en adoptant différents points de vue. » Peter Mansbridge précise que les meilleurs journalistes sont habituellement des généralistes bien informés plutôt que des experts sur des sujets très précis. « Il n’y a qu’une seule façon d’atteindre ce niveau de compétence, c’est-à-dire en apprenant et en assimilant le plus de renseignements possible, surtout à une époque où nous avons accès à tant d’information. »

 

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