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« Mes professeurs m’encourageaient sans cesse. Je leur dois mon succès et mon apprentissage. »
Bien connue pour son rire éclatant et son habileté troublante à communiquer avec des gens issus de tous les horizons, Shelagh Rogers anime depuis six ans l’émission matinale de la station de radio de CBC Sounds Like Canada. Lorsqu’elle a annoncé en mars qu’elle quitterait l’émission phare du réseau à la fin mai, il n’est pas étonnant que ses nombreux admirateurs aient été consternés. (La station a depuis annoncé qu’elle mettrait un terme à l’émission à la fin août.)
Pourtant, la carrière de Mme Rogers a toujours été imprévisible. Au lieu d’arriver au sommet en suivant une ligne droite, son parcours a été parfois tortueux avec près de 12 émissions différentes animées sur le réseau national au cours des 28 dernières années. Au cours de cette période, elle a su apprécier les avantages que présentent des champs d’intérêt variés : présentatrice de bulletin météo à ses débuts, elle a ensuite animé des émissions portant sur le jazz, la musique classique, les arts, la littérature, les films et bien sûr, les affaires courantes.
« Dès les premiers jours d’école secondaire, je me suis intéressée à une foule de choses, explique l’animatrice de 51 ans, originaire de Vancouver. Mes professeurs m’encourageaient sans cesse. Je leur dois mon succès et mon apprentissage. »
Shelagh Rogers a vu le jour et a grandi à Ottawa et a vite constaté les avantages de l’enseignement progressif lorsqu’elle a entamé le programme enrichi du Lisgar Collegiate Institute. Encore aujourd’hui, elle peut nommer chaque professeur lui ayant donné des cours dans cette école.
« À l’école publique, j’avais appris que lever sa main pour poser une question était un signe de stupidité. Mais c’était exactement le contraire à Lisgar. On nous incitait à laisser libre cours à notre imagination. »
Les étudiants menaient de front leurs projets parascolaires et leurs études pendant des semaines. En y repensant, Mme Rogers est certaine que l’approche unique de cette école a plus tard influencé son style d’animation; elle y a appris que les meilleures recherches sont toujours faites par soi-même.
« On m’a placé dans le programme accéléré, qui laissait beaucoup de liberté aux étudiants. D’ailleurs, en toute honnêteté, je ne sais pas comment je me suis retrouvée dans cette classe. J’étais allée rencontrer la conseillère d’orientation à l’école publique Glashan, elle s’appelait Mme Bowen – je m’en souviendrai toujours – pour lui dire que je voulais fréquenter le collège Lisgar pour être avec ma meilleure amie. Ils m’ont fait passer des tests et j’imagine que j’avais les aptitudes requises. »
Ces remarques sont à l’image de Shelagh Rogers, une femme intelligente, humble et attachante. Elle parle de ses années d’études, de ses nombreux mentors et de sa famille avec le même enthousiasme. Tous ces éléments ont énormément contribué à son apprentissage. En ce qui concerne sa décision de fréquenter l’Université Queen’s, elle explique : « C’était le dernier vœu de ma grand-mère, de laquelle j’étais très proche et qui m’a tellement appris. »
Elle ne se rappelle pas avoir déjà vu sa grand-mère sans livre à la main, que ce soit un ouvrage de l’intellectuel britannique C.P. Snow ou d’autres grands penseurs de l’époque. Si sa grand-mère croyait que l’Université Queen’s pouvait lui véhiculer certaines valeurs, Mme Rogers était prête à tenter le coup.
Elle y a étudié l’histoire de l’art et rencontré des professeurs qui l’ont stimulée tout autant, bien que plus rigoureusement, que ceux du Lisgar Collegiate.
« Ces professeurs étaient des penseurs, ouverts d’esprit et aux idées progressistes qui correspondaient à mon style d’apprentissage », dit-elle. Elle est ensuite allée étudier l’italien à Venise et a même composé son propre morceau sur un synthétiseur Moog dans le cadre d’un cours de musique. On l’a incitée à faire du bénévolat à la galerie d’art du campus, où elle a tout appris sur la restauration d’œuvres d’art, carrière qu’elle allait mener jusqu’à ce que la radio intervienne!
La carrière d’animatrice de Mme Rogers a commencé d’une façon qui allait devenir sa marque de commerce, c’est-à-dire par hasard. Un certain dimanche après-midi, tandis qu’elle écoutait une émission de musique classique de la station de radio de l’Université Queen’s, elle a entendu l’animatrice lire mot pour mot les notes relatives à l’enregistrement qui figuraient sur la pochette d’un album.
« Je me suis dit qu’il fallait sûrement en faire plus! Quelqu’un qui anime à la radio doit apporter sa propre touche. » Elle est donc allée cogner à la porte de la station et a exprimé son envie d’essayer l’animation. En moins de trois semaines, elle s’occupait de la programmation classique de la station. « J’ai alors découvert que j’aimais vraiment animer et qu’en fait, je ne pouvais plus m’en passer. »
Son succès venait en partie de l’excellente formation en musique classique qu’elle avait reçue à l’école secondaire. L’un de ses professeurs préférés s’occupait du programme de musique pour cordes et avait mis sur pied un orchestre dont Mme Rogers se souvient comme d’un groupe curieusement assorti.
En 1980, après un certain temps passé à faire de la radio privée à Kingston, elle se joint à CBC Radio, à Ottawa. Reconnue comme la plus jeune annonceure maison de CBC de tous les temps, elle devient vite l’animatrice d’une émission d’affaires courantes et de plusieurs programmes musicaux. Deux ans plus tard, elle assume les responsabilités d’animatrice d’une émission musicale quotidienne nationale (Mostly Music) et gagne le premier d’une longue liste de prix, soit l’ACTRA de la meilleure animatrice/intervieweuse.
En 1984, elle déménage à Toronto et participe à des émissions locales. Elle contribue alors à des émissions légendaires de CBC Radio, telles que Morningside de Peter Gzowski et Basic Black d’Arthur Black.
« Je ne peux pas dire que j’ai planifié ma carrière professionnelle, parce que j’oscillais entre les émissions d’affaires courantes et de musique pour travailler avec des gens qui pouvaient m’apprendre quelque chose. Il ne s’agissait pas d’un projet élaboré. »
Elle considère l’animateur bourru de longue date de Morningside comme son principal mentor.
« Si je sais écouter maintenant, c’est parce que j’ai porté attention aux choses que Peter faisait, explique-t-elle. Il ne m’a pas dit “Voici ce que tu dois faire”. J’ai plutôt pris exemple sur lui. Je suis rarement face à la personne que j’interviewe. Il est donc essentiel de comprendre ce qui se passe quand la personne dit “hum” ou “ah”, ou lorsqu’elle inspire profondément. Qu’est-ce que cela veut dire? Que veut-elle communiquer? J’ai tout appris en le regardant. »
Avant de mourir, en 1997, M. Gzowski était un fervent défenseur de la cause de l’alphabétisation, une cause que Mme Rogers continue d’appuyer bénévolement : elle collabore depuis près de 20 ans avec le Collège Frontière, le plus grand réseau d’alphabétisation du Canada. Elle organise également un tournoi de curling annuel pour l’alphabétisation, qui à ce jour a permis d’amasser plus de 250 000 dollars, et participe à d’autres activités de promotion de la cause partout au pays.
« À la mémoire de Peter Gzowski, j’organise des tournois de golf dans le nord de la province. Je comprends aujourd’hui sa passion pour ces vastes terres; depuis que j’ai repris le flambeau de sa cause, je me sens désormais plus complète, en tant que Nord-Américaine. »
Mme Rogers a également appris de M. Gzowski que les animateurs de radio apprennent chaque minute tout au long de leur vie. « Je devrais être l’une des personnes les plus intelligentes du pays, mais ma mémoire à long terme n’est pas assez bonne », s’esclaffe-t-elle.
Entourée de recherchistes et de réalisateurs intelligents et énergiques, Mme Rogers estime qu’à de nombreux égards, elle n’a jamais vraiment quitté les bancs d’université. « Et j’en suis bien heureuse! »
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