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Les voyages de Sullivan : l’apprentissage tout au long de la vie de Sam Sullivan

19 juin 2007

À 47 ans, le maire de Vancouver, Sam Sullivan, peut s’enorgueillir d’une feuille de route qui laisserait pantois un politicien de 20 ans son aîné. Outre son expérience d’une dizaine d’années en politique municipale, M. Sullivan est également membre de l’Ordre du Canada, le fondateur de six organisations caritatives, un inventeur chevronné ayant à son actif plus de 60 innovations ainsi qu’un locuteur du cantonais, du pendjabi et du français; il peut même lire le chinois. Compte tenu de ces réalisations, son statut très médiatisé de tout premier maire handicapé au Canada pourrait très bien figurer dans une note au bas d’une des pages de son CV. Pourtant, c’est bien ce handicap, conséquence d’un accident de ski pendant son adolescence, qui a fait de Sam Sullivan le bourreau de travail que l’on connaît.

Cet accident, survenu au cours d’un voyage de ski alpin à la fin des années 1970, a rendu ce dynamique jeune homme de 19 ans tétraplégique, c’est à dire les jambes complètement paralysées et les bras et les mains, partiellement. Les amis, la famille et les médecins de Sam l’ont averti de ne pas nourrir d’espérances trop élevées par rapport à sa situation. Le jeune homme a par la suite sombré dans une profonde dépression accompagnée de pensées suicidaires. Au cours des sept années suivantes, il est devenu de plus en plus solitaire, s’enfermant chez lui et dépendant toujours plus d’autrui pour accomplir ses activités quotidiennes.

C’est alors qu’il a commencé à faire du bénévolat à l’Association canadienne des paraplégiques, où il a rédigé une série d’articles sur plusieurs Canadiens tétraplégiques ayant d’importantes réalisations à leur actif. Les histoires inspirantes de chacune de ces personnes, comme Stan Stronge, Doug Mowat et Ed Desjardins, ont fait prendre conscience à Sam Sullivan qu’il pouvait lui aussi aspirer à une vie bien remplie. « En rédigeant ces portraits, j’ai appris que d’autres personnes dans ma situation exigeaient beaucoup de la vie, et de ce fait avaient réussi à accomplir des choses incroyables, explique Sam. J’en suis venu à la conclusion qu’il n’en tenait qu’à moi d’aller de l’avant. »

Vingt ans après, Sam Sullivan est devenu dans sa propre province un chef de file actif et enthousiaste, une personne qui ne rate jamais une occasion d’apprendre.

Exceller dans un monde de personnes valides

L’accident de Sam Sullivan a provoqué une tétraplégie de niveau C4 C5, ce qui signifie que la blessure est survenue dans une partie assez haute de la moelle épinière pour qu’on puisse parler de tétraplégie. Sam conserve toutefois un usage limité de ses mains; il peut encore écrire, conduire et utiliser un téléphone. Il n’est donc pas étonnant que Sam tire parti de ses connaissances pour concevoir des moyens de se déplacer d’une manière plus indépendante. Ses efforts l’ont amené à inventer divers appareils pour permettre aux personnes handicapées de profiter davantage du plein air, activité presque inhérente au mode de vie des Britanno Colombiens. L’une de ses inventions les plus populaires est sans doute le TrailRider, un véhicule perfectionné muni de roues et tiré par des « sherpas », qui permet aux tétraplégiques de profiter des plaisirs de la randonnée. Depuis 1995, des centaines de personnes se sont procuré le TrailRider, qui a même servi à effectuer deux voyages au sommet du mont Kilimandjaro, en Tanzanie.

« Les gens sont handicapés en raison des obstacles qui se dressent dans leur vie, explique Sam. Mon travail consiste à éliminer ces obstacles de sorte que les personnes aux prises avec une déficience physique ne soient pas trop désavantagées.»

Au cours des dernières années, la notoriété du maire de Vancouver Sam Sullivan a acquis une dimension internationale lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de 2006 à Turin, en Italie, où le maire a brandi le drapeau officiel des Jeux. Cet événement, auquel participait pour la toute première fois un maire handicapé, a marqué un tournant dans la carrière du politicien. Des millions de téléspectateurs en ont été les témoins, ce qui a permis au maire Sullivan d’attirer l’attention du monde entier sur les nombreuses causes qui lui tiennent à cœur.

Pour visionner la vidéo de la cérémonie olympique, rendez-vous au site Web de Sam Sullivan.

Pour visionner l’entrevue de Rick Mercer avec Sam Sullivan, diffusée sur les ondes de la CBC, rendez-vous au site Web du Rick Mercer Report.

En juin, le maire Sullivan était à Vancouver pour le lancement d’un projet pilote mené conjointement par le Conseil canadien sur l’apprentissage (CCA) et l’initiative Learning City de Vancouver. La Stratégie d’apprentissage communautaire, d’une durée d’un an, fera appel aux données de l’Indice composite de l’apprentissage, outil novateur du CCA, pour élaborer un profil personnalisé des conditions d’apprentissage dans la troisième plus grande ville du Canada.

Pour de plus amples renseignements à propos de ce programme, veuillez consulter l’article intitulé « Le CCA annonce un projet pilote dans le cadre de l’initiative Learning City à Vancouver ».

Sam Sullivan était si décidé à concrétiser sa vision qu’il s’est inscrit à un programme d’administration des affaires à l’Université Simon Fraser tout en fondant parallèlement plusieurs organismes sans but lucratif pour les handicapés. Grâce aux fonds provenant de sources privées et de subventions gouvernementales, il a mis sur pied six organismes dont la plupart permettent aux personnes à mobilité réduite de se dépasser sur le plan physique. L’objectif de tous ces organismes est de faire en sorte que les personnes handicapées puissent accéder à un mode de vie le plus normal possible. « On s’améliore toujours lorsqu’on repousse sans cesse ses limites, voilà le principe sur lequel je fonde mon travail », d’expliquer Sam.

Par exemple, la Mobility Opportunities Society, située en Colombie-Britannique, permet aux gens atteints d’une déficience physique d’explorer des endroits sauvages, et la Disabled Sailing Association enseigne la navigation à voile aux handicapés. La Tetra Society, quant à elle, recrute des ingénieurs et des techniciens pour aider bénévolement les personnes handicapées à adapter leur environnement à leurs besoins particuliers tout en innovant.

De la vie privée à la vie publique

Les compétences de Sam Sullivan en collecte de fonds et le réseau associatif qu’il s’est bâti au cours de cette période ont rapidement retenu l’attention des politiciens de la région de Vancouver. En 1993, Grace McCarthy, ministre dans le cabinet de l’ancien gouvernement provincial, a informé Sam qu’il était pressenti pour prendre la direction du conseil municipal de Vancouver. « Elle m’a annoncé que je devais me présenter aux élections et… voilà! », explique Sam. Sa nouvelle carrière publique a donc débuté plus tard cette année-là lorsqu’il a été élu au conseil sous la bannière de la Non-Partisan Association, un parti prometteur. Au cours des 12 dernières années, M. Sullivan s’est forgé une réputation de franc-tireur en cautionnant des projets de loi controversés en matière d’environnement et en se portant à la défense de l’établissement de piqueries pour les héroïnomanes. Sa carrière politique a culminé en 2005 lorsqu’il a remporté la course à la mairie de Vancouver contre le meneur Jim Green. Il est alors devenu le maire de la troisième ville en importance au Canada.

Sam Sullivan, dans son rôle de maire, mélange intellectualisme et audace, ce qui ne manque pas de surprendre de nombreux électeurs. Lecteur boulimique, il est d’avis qu’un bon politicien doit maîtriser l’état du savoir dans une société en s’inspirant le plus possible des grands penseurs. « Tout le monde devrait se prévaloir d’un apprentissage bien équilibré, surtout ceux qui prennent des décisions importantes, affirme Sam. Je lis des livres scientifiques, philosophiques et économiques parce qu’il est essentiel de savoir tirer le meilleur parti des découvertes et des pensées d’autrui. »

Par exemple, Sam a appris le cantonais en suivant des cours universitaires sur cassettes vidéo pendant sa longue routine matinale, qui peut prendre des heures.

Cependant, il reconnaît que ses plus importantes expériences d’apprentissage proviennent de sources non intellectuelles. Ce sont ses expériences de vie qui lui ont appris à faire preuve de compassion et d’empathie, à façonner sa vision du monde si intéressante et controversée, vision qui le distingue de ses adversaires politiques. Par exemple, il considère la toxicomanie comme un handicap semblable au sien.

« Les gens me disaient que si j’y mettais assez de cœur, je pourrais marcher de nouveau, que d’autres personnes avec un problème similaire se sont remises à marcher », se souvient-il. La même chose s’applique lorsqu’on fait la leçon à un toxicomane. Plusieurs d’entre eux ne peuvent s’empêcher de se droguer. Je sais ce que c’est que de faire face à une tâche impossible. »

Voilà pourquoi Sam Sullivan souhaiterait que les programmes destinés aux héroïnomanes se voient accorder davantage d’importance à Vancouver. Cette position l’a mis dans de beaux draps durant la course à la mairie après que les journalistes ont appris qu’il avait permis à un de ses amis de consommer du crack dans sa fourgonnette. « Ce n’est pas parce que je crois que la drogue est utile ou acceptable que je l’ai fait, mais pour comprendre la situation de mon ami toxicomane. »

Ce n’est cependant pas toute la carrière de maire de Sam Sullivan qui a été plongée dans la controverse. Le fait d’avoir été aperçu par des millions de téléspectateurs avec le drapeau olympique lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques d’hiver de Turin, en Italie, en 2006 a propulsé M. Sullivan dans le monde des quasi célébrités. L’image inattendue de Sam Sullivan, dans son fauteuil roulant électrique, brandissant et agitant huit fois, selon la tradition, le drapeau blanc grâce à un dispositif spécial a fait réagir des milliers de spectateurs, handicapés ou non. Une avalanche de lettres, d’appels téléphoniques et de courriels a déferlé dans le bureau de Sam Sullivan.

Cette apparition a généré beaucoup d’attention médiatique au Canada et dans le monde, y compris de nombreuses entrevues pour des chaînes de télévision américaines, une offre pour la rédaction d’une autobiographie, un documentaire sur la vie de Sullivan et la visite de Rick Mercer, une personnalité de la CBC. La participation de Sullivan au Rick Mercer Report résume d’ailleurs très bien sa vision déterminée et son attitude réaliste à l’égard de sa nouvelle renommée. Pendant une randonnée avec Rick Mercer, Sam, attaché à son TrailRider, décide soudainement de sortir des sentiers battus en entraînant l’animateur qui, surpris, se retrouve couvert de boue. Lorsque Rick Mercer lui demande ce qu’il pense de son statut de premier maire handicapé du Canada, il répond sur un ton pince sans rire : « Aujourd’hui, on ne peut aboutir nulle part en politique si on n’est pas tétraplégique. »

 

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