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Profils d'apprentissage

Oser en toute confiance : l’approche audacieuse de Silken Laumann envers l'apprentissage

1 mai 2007

Lors d’une conférence en septembre en Colombie-Britannique, Silken Laumann, auteure, conférencière inspirante et troisième fois médaillée aux Jeux Olympiques, a entendu pour la première fois les mots qui résument sa vision de l’apprentissage : « Oser, c’est perdre pied momentanément. Ne pas oser, c’est se perdre soi-même. »

Elle citait le philosophe et théologien danois Søren Kierkegaard dans un discours qu’elle donnait dans le cadre de la conférence inaugurale Connecting for change, à Vancouver. Cette rencontre, dont le but était de tirer parti de la sagesse collective de certains des leaders les plus influents et les plus respectés au monde, n’a pas manqué d’inspiration : Desmond Tutu et Jimmy Carter étaient membres du comité consultatif et ce fut le dalaï-lama qui prononça le discours d’ouverture. Pourtant, ce sont les mots du philosophe et existentialiste du XIX siècle qui ont le plus marqué Silken Laumann.

« En réfléchissant à cette citation, je me suis rendu compte qu’elle décrivait l’apprentissage : une aventure dans l’inconnu, explique l’ancienne athlète de 42 ans. Elle aborde ce dont je parle lorsque j’essaie de motiver les gens : la peur de désapprendre. »

Pour Mme Laumann, une femme qui selon le Globe and Mail est « une des athlètes canadiennes les plus célébrées », ces mots ont une résonance toute personnelle. Surtout connue comme championne du monde d’aviron, Silken Laumann s’est mérité trois médailles olympiques durant sa carrière, dont une d’argent à l'épreuve de rameur de couple aux Jeux de 1996 à Atlanta. Mais c’est probablement en raison de la médaille de bronze qu’elle a gagnée lors des Jeux Olympiques d’été de 1992 à Barcelone, tout juste 10 semaines après que l’avant d’un autre bateau lui ait profondément entaillé la jambe pendant une séance d'entraînement en Allemagne, que le public garde un souvenir mémorable de cette femme.

En effet, cette victoire pour le moins surprenante, devenue quasi légendaire, représente bien la carrière de Mme Laumann, aussi bien sur l’eau que sur la terre ferme.

En effet, depuis son retrait de la compétition à l’été 1996, elle a changé le cours de sa vie sans attendre, écoutant son profond désir de tenter autre chose, de l'écriture aux conférences, et ce, au risque de perdre pied.

« Certains me demandent pourquoi je n’ai pas misé sur ma carrière sportive pour entraîner des athlètes, raconte Mme Laumann depuis son bureau de Victoria, où elle coordonne ses nombreux projets et activités de bienfaisance. Il faut dire que l’aviron a été un merveilleux chapitre de ma vie, mais je m’offre maintenant le plaisir de relever de nouveaux défis. Il y a tant d’autres choses à faire, et pour suivre une nouvelle voie, j’ai dû apprendre beaucoup. »

La puissance surprenante du jeu

Née à Mississauga, en Ontario, au début des années 1960, Silken Laumann a passé beaucoup de temps pendant son enfance dans la banlieue de Toronto à « jouer librement » : courir chaque jour pour aller à l’école et rentrer chez elle, organiser des jeux avec d’autres enfants de son quartier, comme le jeu du drapeau, pratiquer toutes sortes de sports. Selon elle, grâce à ces jeux non structurés, elle s’est préparée à l’entraînement olympique qui l’attendait.

« J’ai acquis ma bonne forme physique à une époque où les choses étaient plus simples, où les enfants jouaient plus souvent à l’extérieur et où les quartiers évoluaient à un autre rythme. Dans ce temps-là, nous faisions appel à notre imagination pour nous amuser et entrer en contact avec nos voisins. Ma conception actuelle de l’action et du jeu est très certainement éclairée par les expériences de mon enfance. »

Lorsque la jeune athlète a commencé à éprouver des difficultés en classe, elle a pu puiser dans la valorisation trouvée dans le jeu et les sports. À l’élémentaire, elle n’était pas une bonne élève. Elle avait du mal à apprendre à lire. Selon elle, ses difficultés en classe l’ont incitée à s’investir davantage que les autres dans son apprentissage et lui ont fait comprendre que la réussite a un prix. Par ailleurs, sa participation aux activités sportives de son école lui a montré que, dans une autre discipline, elle avait tout pour réussir.

« Mes réussites sportives m’ont dynamisée et ont déteint sur mon rendement scolaire, se rappelle Mme Laumann. La confiance en soi est liée à nos capacités réelles, et c’est à ce moment-là que cette synergie a commencé à agir chez moi. J’ai compris que je pouvais réussir. »

Apprendre par l’expérience

Ces leçons apprises tôt dans la vie ont façonné la vision que Silken Laumann a de la vie — olympique ou de tous les jours. Plus d'une décennie après avoir laissé sa carrière athlétique retentissante, elle continue à relever les défis et consacre son temps à l’écriture, à donner des conférences et à des activités de bienfaisance.   

En plus de jouer un rôle au sein du Comité olympique canadien, elle siège au conseil d’administration de Nike Canada, et est membre du conseil d’administration des Œuvres des manoirs Ronald McDonald et présidente du conseil d’administration international de l’organisme caritatif Right to Play (anciennement Olympic Aid). Celui-ci se consacre à l’organisation de sports structurés pour les jeunes dans les pays en développement, une cause d’une importance toute particulière pour Mme Laumann, mère de deux enfants : William, neuf ans et Kate, sept ans.      

Son dévouement envers les enfants et les effets positifs du jeu ont servi d’inspiration à la création du Silken Laumann ActiveKids Movement, une organisation sans but lucratif qu’elle a mise sur pied pour encourager les leaders de la ville et de la collectivité à offrir aux enfants des occasions de jouer et de bouger. Le même thème sous-tend son livre publié en 2006, Child's Play: Rediscovering the Joy of Play in Our Families and Our Communities, qui vante les mérites du jeu non structuré qu'elle a tant apprécié comme enfant et dont elle fait la promotion pour les enfants d'aujourd'hui.

Le Silken’s ActiveKids Movement, fondé en 2004, vise à sensibiliser les politiciens et les leaders de la collectivité à l’importance du jeu actif dans la vie des enfants canadiens. En avril 2007, Silken Laumann a témoigné devant le Comité permanent du Parlement sur la santé au sujet de l'importance de profiter de la tenue des Jeux Olympiques d'hiver de 2010 pour encourager les jeunes à faire plus de sports.

Pour un complément d'information sur le Silken’s ActiveKids Movement, visitez Silken's ActiveKids. Pour lire un document d’enquête du CCA sur l’importante de l’activité physique dans la vie d’un enfant, rendez-vous au  « Laissons-les s’amuser : l’apprentissage par le jeu chez les jeunes enfants ».

« Les enfants ont besoin d’être en bonne condition physique et d’être actifs pour donner le meilleur d’eux-mêmes, et pour se lancer dans ce type d’activités, ils ont besoin d’une certaine liberté. Si nous ne les encourageons pas à être en contact avec leur corps (si nous ne nous préoccupons que de former leur esprit), nous ne les amenons pas à tirer le maximum de leur vie et de leur éducation », précise-t-elle.

Bien qu’elle détienne un baccalauréat ès arts de la University of Western Ontario et qu’elle prévoie raviver un jour sa flamme pour les études supérieures, les connaissances les plus importantes que Mme Laumann a acquises pendant sa carrière lui sont venues du simple fait de vivre. Par exemple, on lui demande souvent comment elle est devenue une si bonne communicatrice.

« Je réponds que j’ai appris en commençant par être une mauvaise communicatrice, explique-t-elle en riant. J’ai appris en grande partie par la pratique : en me lançant dans l’action et en commettant des erreurs. En allant vers ce qui ne m’était pas familier et en me disant “Eh bien, cela n’a vraiment pas fonctionné”, et en observant d’autres personnes qui réussissent ce que j’essaie de faire, j’ai acquis toutes sortes de nouvelles compétences. »

Le processus d’apprentissage de Mme Laumann repose en grande partie sur la lecture des travaux d’autres personnes et sur l’écriture, notamment de son journal. « La lecture et l’écriture sont des moyens très puissants. La lecture permet d’engranger de l’information, d’y réfléchir et de se laisser inspirer par la capacité d’un auteur à traduire des idées abstraites ou des émotions en mots. L’écriture est l’un des moyens essentiels par lesquels je mets en pratique ce que j’apprends, en le couchant sur papier. »

Silken Laumann écrit tous les jours dans son journal intime parce qu’elle estime que cela lui permet de cerner et de nommer ses émotions, d’apprendre et de mettre le doigt sur ce qui la dérange et ce qui l’inspire. Elle a également constaté que cela l’a mise en contact avec sa créativité. « Je suis une personne créative, ce qui est particulièrement important pour moi. Cela suscite beaucoup de joie dans ma vie. Cette créativité s’exprime par l’écriture, tout comme par la peinture et le piano. »

Selon Mme Laumann, chaque être humain doit trouver le meilleur moyen de devenir actif et d’entrer en action.

« Que ce soit en accumulant les diplômes universitaires et en poursuivant des études supérieures ou en apprenant par l’expérience et en faisant des essais (ce que je fais le mieux), chacun doit trouver la confiance pour oser. »

 

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