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Je vous remercie de cette aimable présentation et de l’occasion que vous m’offrez de vous entretenir de ma « Vision globale » avec Veronica Lacey.
Pour parvenir à décrire cette vision globale et de son rapport aux conditions prévalentes en apprentissage communautaire, je dois tout d’abord déclarer que le thème de cette conférence—l’évolution rapide des communautés canadiennes—n’aurait pu mieux tomber. Pourquoi est-ce vrai? Comment cela s’est-il produit? Qu’est-ce que cela signifie pour les communautés au sein desquelles nous pouvons grandir, apprendre et prospérer? Quelles en sont les conséquences pour les fondements au cœur de ces communautés?
Deux révolutions ont profondément façonné notre monde, à savoir la révolution industrielle et la révolution postindustrielle, qui a marqué le coup d’envoi de l’ère de l’information.
Au début du XIXe siècle, l’Occident a amorcé son parcours sur la voie de l’industrialisation. Cette période suivait de près la montée des États nations, qui a commencé au XVIIe siècle. Ces deux événements ont entraîné de profonds changements sur les plans culturel et économique. Tous deux exigeaient la centralisation des ressources et de l’information.
Depuis les dernières décennies, nous vivons une période caractérisée par des changements d’une importance considérable, à savoir la révolution postindustrielle. Tout de suite après cette période, les villes et les régions ont pris de plus en plus d’importance. Lors de ces transformations, il s’est produit la centralisation des ressources et de l’information. Prenez l’exemple de la montée de l’utilisation d’Internet. Pour l’instant, j’emploierai le mot Wikipedia pour faire référence à ce phénomène.
Tout comme le mot Internet, le mot ville renvoie à de nombreux concepts et notions : Cité État, cité de l’apprentissage, ville jumelée, ville habitable, dynamique, dangereuse, jungle de béton, mosaïque de collectivités, pôle d’attraction, etc. Mais comme vous le savez tous très bien, une ville n’est pas qu’un concept. Une ville est un réseau complexe de personnes, d’idées et de ressources. C’est un moteur de l’innovation, du savoir et de la prospérité nationale.
Alors, dans une époque caractérisée par des changements majeurs, où la qualité de vie des collectivités constitue une source de concurrence à l’échelle mondiale, que réserve l’avenir aux fondations communautaires? Comment ces dernières peuvent elles utiliser les ressources liées à la qualité de vie et à la concurrence mondiale, comme les conditions d’apprentissage?
Vous êtes venus à ce congrès pour réfléchir à l’avenir des fondations que vous dirigez et à la manière dont vous pouvez collaborer plus efficacement. Je suis ici pour vous présenter des façons de maximiser les conditions d’apprentissage qui existent dans votre collectivité pour améliorer la qualité de vie de vos concitoyens et votre compétitivité, ainsi que des manières de mesurer vos progrès.
Permettez moi d’abord de dresser le contexte historique à l’origine de ces progrès fulgurants et ces changements historiques expliquant l’avènement de l’ère des villes et des collectivités. Je décrirai ensuite en quoi ces progrès mettent l’accent sur l’importance de ce que j’appelle les communautés d’apprentissage. Enfin, je parlerai des contributions du Conseil canadien sur l’apprentissage à ces communautés par le truchement de notre Indice composite de l’apprentissage. Pour conclure, j’inviterai les Fondations communautaires du Canada à devenir nos partenaires, car vous pouvez tirer parti de l’Indice composite de l’apprentissage pour atteindre vos objectifs.
Commençons par aborder le contexte historique. Il y a une centaine d’années, lorsque Wilfrid Laurier dissertait avec lyrisme à propos de l’avenir, il a affirmé que « le XXe siècle appartient au Canada ». Aujourd’hui, Richard Florida pourrait paraphraser cette déclaration en disant que le XXIe siècle appartient à Montréal… à Waterloo… à Calgary… ou à Halifax. En somme, le XXIe siècle appartient aux villes qui savent attirer les gens les plus productifs et les plus novateurs.
Que s’est il passé au cours du dernier siècle pour qu’on en arrive là?
Toute l’ère industrielle a été caractérisée par un mouvement marqué par l’affranchissement du pouvoir des États nations au profit des villes et des régions. La mondialisation du commerce s’est accentuée et a fait en sorte que les marchés, les fournisseurs et les entités politiques à l’échelle régionale sont devenus de plus en plus interreliés. Ce processus survient souvent sans l’aide des gouvernements nationaux. Les économies fonctionnent désormais de cette manière. En même temps, on accorde de plus en plus d’importance aux organisations politiques et économiques transnationales comme l’Union européenne et l’Accord de libre échange nord américain. Pendant ce temps, les régions renforcent leurs liens avec les régions d’autres pays, tandis que ceux avec leur gouvernement national respectif s’affaiblissent. En effet, les entités régionales, par exemple l’Écosse et l’Ontario, la Californie et le nord de l’Italie, conçoivent de mener leurs activités au sein d’un contexte continental ou mondial plutôt qu’à une échelle nationale.
De plus, au sein de ces entités régionales de plus en plus mondialisées, les villes créent aussi leurs propres réseaux internationaux, nourrissent leurs propres ambitions et établissent des priorités bien à elles. Au même moment, les entités politiques nationales deviennent de moins en moins présentes dans la vie des citoyens alors que les organisations locales et les municipalités jouent un rôle qui gagne en importance. Pour les collectivités et leurs fondations, cela se traduit par un degré plus élevé de pertinence et de responsabilité.
Cela m’amène à parler d’un autre phénomène. La décentralisation économique et politique estompe le rôle de l’État dans la vie et le bien être des personnes. Les citoyens exigent un accès accru à l’information, une plus grande marge de manœuvre et davantage de capacités, soit plus d’autonomie, afin de prendre leurs propres décisions et d’être responsables de leur santé, de leur prospérité et de leur bonheur.
En soi, il s’agit d’un changement positif d’abord que l’État prenne ses responsabilités pour le bien collectif et dans le meilleur intérêt public. Les citoyens sont en mesure d’accéder à de l’information et d’acquérir les outils appropriés pour prendre des décisions éclairées fondées sur un équilibre entre les besoins individuels et ceux de la collectivité, tandis que l’État conserve la responsabilité de garantir l’égalité des chances pour tous et d’aider ceux qui sont dans le besoin.
Dans ce contexte, le rôle des organisations communautaires et de leurs partenaires a été grandement renforcé. À la fois fournisseurs d’information et entités de soutien communautaire, ils aident tout un chacun à prendre des décisions éclairées.
Le troisième phénomène est lié aux deux premiers : il s’agit d’un déclin marqué dans la confiance que le public accorde aux grosses structures gouvernementales et aux grandes entreprises. Nous constatons ce phénomène dans tous les domaines, comme en témoigne le pourcentage de plus en plus faible de citoyens qui exercent leur droit de vote et la suspicion du grand public quant aux motifs, à l’éthique et aux actions des dirigeants des grandes entreprises, de leurs avocats et de leurs spécialistes en relations publiques.
Alors, à qui la population peut elle faire confiance? De plus en plus, elle accorde ce privilège aux organisations, associations et communautés locales. Près de la maison. Sans but lucratif. Pas trop versées dans la politique. Conscientes des enjeux mondiaux, mais à l’écoute des besoins locaux. Des organisations offrant des renseignements impartiaux et un véritable soutien.
Voilà les raisons pour lesquelles les fondations communautaires prennent de plus en plus d’importance et les organisations non gouvernementales fournissant des renseignements d’intérêt public, comme le CCA, ont pris de l’importance. Je suis d’avis que ces deux types d’organisations doivent collaborer pour le bien commun.
Je pense que vous et votre organisation conviendrez avec le CCA de l’importance de l’apprentissage pour nos collectivités. L’apprentissage est la pierre angulaire de notre cohésion sociale et de notre capacité concurrentielle au sein d’une économie mondiale fondée sur le savoir.
Je crois que nous conviendrons tous également que l’apprentissage va bien au delà du système d’éducation officiel. Les associations communautaires sont d’excellentes sources d’apprentissage informel et non formel. Il peut s’agir des connaissances acquises pendant la garde après l’école et les cours de Pilates ou encore tout le savoir qu’une personne acquiert lorsqu’elle siège à un conseil d’administration local ou à un comité de développement communautaire. Elles constituent un véhicule d’apprentissage important, au moyen des interactions que nous avons avec les autres au sein de notre collectivité.
Par ailleurs, il est très clair que l’apprentissage doit se poursuivre tout au long de la vie
Jacques Delors a d’ailleurs élaboré un modèle très utile à cet égard dans le cadre d’une étude de l’UNESCO consacrée à l’apprentissage. Il y établit les « quatre piliers de l’apprentissage », les deux premiers étant assurés par le système d’éducation officiel :
L’enseignement lié aux deux autres piliers de l’apprentissage a souvent lieu dans des contextes informels et non formels, notamment au sein de notre famille, dans notre collectivité et au travail :
L’apprentissage tout au long de la vie influant sur tous les domaines de l’existence est beaucoup plus qu’un processus continu de mise à niveau des compétences sur le marché du travail. Il s’agit plutôt d’un processus d’enrichissement personnel qui consiste à apprendre grâce à sa collectivité et à y contribuer en faisant profiter autrui du savoir acquis.
De nombreuses collectivités d’un peu partout dans le monde se sont emparées de ces idées et les utilisent comme guides leur permettant de faire progresser la culture de l’apprentissage et de la rendre plus dynamique.
En Europe et en Australie, certaines collectivités ont tiré parti de ces idées, ou d’idées analogues, pour lancer le concept de « cité de l’apprentissage ». Ce concept repose sur le principe que l’apprentissage est une responsabilité à la fois individuelle et collective. Une cité de l’apprentissage cherche à mettre l’apprentissage en contact avec les gens pour resserrer le tissu social et économique de la collectivité. L’objectif est de mobiliser les ressources de tous les secteurs de la société (dans les domaines civique, économique, éducatif, public et bénévole) pour accomplir des projets précis. Le suivi des progrès est alors une condition nécessaire à la réussite.
Plus de 300 villes et localités partout dans le monde ont adopté des stratégies fondées sur le modèle des cités de l’apprentissage, et le mouvement prend tranquillement de l’ampleur au Canada. En 2003, la ville de Victoria s’est donné comme objectif d’être la meilleure communauté d’apprentissage d’ici 2020. Les initiatives de la municipalité, qui s’adressent surtout aux résidents du centre ville, vont de l’apprentissage chez les jeunes enfants jusqu’à celui des personnes âgées encouragées à s’inscrire à des cours de niveau collégial. L’un des projets remarquables vise à élaborer des plans d’apprentissage personnalisés pour au moins la moitié des travailleurs du centre ville : des feuilles de route aux objectifs précis en matière d’apprentissage continu seront ainsi rédigées!
Vancouver souhaite également devenir une cité de l’apprentissage. Tout comme Victoria, la Ville a élaboré des objectifs précis et réalisables : des taux supérieurs d’inscription et d’obtention d’un diplôme, une augmentation des taux de littératie et de numératie et une collaboration accrue entre les éducateurs et les formateurs, entre autres. La stratégie de Vancouver met particulièrement l’accent sur les possibilités d’apprentissage pour les personnes et les groupes à risque, défavorisés et marginalisés.
Les collectivités, comme Victoria et Vancouver, reconnaissent l’importance d’établir des objectifs et de faire le suivi des progrès : ce qui fait l’objet d’évaluations est souvent ce qui est réalisé. Ces mesures leur permettent également de déterminer les programmes les plus efficaces.
Mais comment mesurer les progrès et, plus particulièrement pour les discussions aujourd’hui, comment évaluer si l’ensemble d’une collectivité peut améliorer ses chances de profiter d’occasions d’apprentissage tout au long de la vie tout en influant sur tous les domaines de l’existence?
Il est relativement facile de mesurer les aspects structurés de l’apprentissage. Nous consultons les résultats de tests qui comparent le rendement des étudiants canadiens à celui des étudiants d’autres pays développés. Nous comparons également les taux de décrochage scolaire et déterminons le pourcentage de la population qui a poursuivi des études postsecondaires. Ces moyens nous permettent d’évaluer ce que Jacques Delors appelle Apprendre à savoir.
Nous pouvons également mesurer assez facilement les aspects liés au pilier Apprendre à faire, au moyen de données telles que la proportion d’employeurs qui offre de la formation en milieu de travail.
La tâche la plus difficile est de mesurer les aspects liés aux piliers Apprendre à être et Apprendre à vivre ensemble, qui ont également des répercussions importantes sur notre cohésion sociale et notre économie.
Le Conseil canadien sur l’apprentissage a élaboré un outil novateur qui nous permet d’évaluer les quatre piliers de l’apprentissage. Il s’agit d’une méthode unique au monde. En fait, des organisations européennes ont demandé au CCA de participer à la création d’un indice de l’apprentissage européen.
Cet outil prend la forme de l’Indice composite de l’apprentissage (ICA). En mesurant l’apprentissage à l’échelle locale, cet indice répond aux besoins des collectivités qui souhaitent améliorer le contexte global de l’apprentissage tout au long de la vie, de la petite enfance au troisième âge, en passant par l’âge adulte en milieu de travail. Lorsque les collectivités comprennent leurs forces et leurs faiblesses, elles détiennent le savoir qui leur permet de prendre des décisions éclairées et de bien cibler leurs investissements
L’indice est composé de 17 indicateurs différents et de 25 mesures distinctes qui nous renseignent sur les nombreuses manières dont les Canadiens apprennent à la maison, à l’école, au travail et dans la collectivité.
Alors, comment mesurons nous ce que comprend le pilier Apprendre à être? Nous déterminons la proportion de ménages consommateurs de documents de lecture, de services Internet et d’activités culturelles. Nous mesurons également le temps moyen que consacre un ménage donné à la fréquentation de musées et de galeries d’art.
En ce qui concerne le pilier Apprendre à vivre ensemble, nous examinons la proportion de Canadiens qui font du bénévolat au sein d’un groupe ou d’une organisation. Par exemple, nous recensons leur participation à des clubs sociaux et à des groupes religieux, entre autres. Cette année, nous avons ajouté à l’indice un nouvel indicateur qui mesure la proportion de Canadiens qui entretiennent des relations sociales régulières avec des gens d’autres cultures.
Le CCA recueille ces données pour évaluer les progrès de l’apprentissage tout au long de la vie et qui influe sur tous les domaines de l’existence au Canada. Nous accordons également une note et produisons des profils pour quelque 4 700 collectivités du pays. Le magazine Maclean’s a même rédigé récemment un article vedette intitulé Canada’s Smartest Cities en se fondant sur notre indice, bien qu’ils aient pris certaines libertés dans leur interprétation!
Notre but n’est pas de dresser une collectivité contre une autre. En analysant les indicateurs de l’ICA, une collectivité peut prendre des mesures concrètes pour consolider sa culture d’apprentissage. En fait, nous offrons un outil en ligne qui aide les collectivités à mieux comprendre comment elles peuvent tirer parti de l’Indice à cette fin. Le « simulateur de l’ICA » sur le site Web du CCA permet de déterminer la note de votre collectivité si cette dernière s’attaquait à divers aspects, comme accroître la formation en milieu de travail.
Mesdames et Messieurs, notre rencontre d’aujourd’hui est extrêmement gratifiante pour moi, car le travail que nous accomplissons au Conseil canadien sur l’apprentissage est étroitement lié à un grand nombre des objectifs des fondations communautaires. Nous sommes d’accord sur l’importance des collectivités fortes sur notre bien être économique et social. Les collectivités exercent une énorme influence sur l’apprentissage. C’est pourquoi le travail que vous effectuez est aussi crucial.
Un grand nombre de fondations communautaires incluent déjà l’Indice composite de l’apprentissage (ICA) du CCA à leurs rapports intitulés « Signes vitaux ». Nous serions heureux d’accroître cette collaboration et de travailler en partenariat avec vous afin de promouvoir l’apprentissage comme un moyen d’acquérir le bien être sur le plan économique et social. Le CCA collabore déjà avec la ville de Vancouver pour l’aider à utiliser l’Indice composite de l’apprentissage dans le cadre de sa stratégie « cité de l’apprentissage ». De plus, St. John’s et Edmonton nous ont récemment demandé notre soutien dans les efforts qu’elles déploient pour devenir des cités de l’apprentissage.
En cette matière, les Canadiens se trouvent au seuil d’une nouvelle ère des plus palpitantes. D’un côté, on remarque qu’ils sont de plus en plus autonomes et vivent dans des collectivités qui jouent un rôle primordial dans leur vie. D’autre part, les méthodes d’autoapprentissage constituent un avantage concurrentiel et contribuent à la prospérité, à la santé et à la cohésion sociale de la population. Ces deux aspects sont étroitement liés. Nous croyons que nous pouvons renforcer ces liens en collaborant à la promotion de l’apprentissage tout au long de la vie et qui influe sur tous les domaines de l’existence, et ce, dans toutes les collectivités du pays.
Veronica Lacey et moi vous avons présenté aujourd’hui notre « Vision globale », le contexte dans lequel travaillent les fondations communautaires. Notre époque est marquée par un transfert du pouvoir des États-nations, où il résidait depuis des siècles, vers les villes et les collectivités, les voies de l’avenir. L’ère industrielle a laissé place à l’ère postindustrielle, souvent nommée la société du savoir ou l’ère de l’information. La montée de l’utilisation des technologies de l’information a favorisé la décentralisation et la mondialisation, en plus d’accentuer l’importance de l’apprentissage dans nos sociétés et nos économies. Ces modifications pourraient conduire à une plus grande autonomie des personnes et de leurs collectivités.
Pour reprendre la célèbre citation de Sir Wilfred Laurier, je crois que le XXIe siècle appartient aux villes et aux collectivités canadiennes. Celles qui sauront tirer profit de l’immense force de l’apprentissage connaîtront la prospérité.
Je répondrai avec plaisir à toutes vos questions. Merci à tous.
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