Speeches

Forum économique international des Amériques/ Conférence de Montréal

Paul Cappon, président-directeur général, CCA

Le 10 juin 2009
Troisième forum : « The Economic Crisis and Innovation: The Need for Training »
Montréal

Je vous remercie de votre présence ce matin à l’occasion du forum du Conseil canadien sur l’apprentissage, intitulé « The Economic Crisis and Innovation: The Need for Training ».

Je m’appelle Paul Cappon. L’objectif du CCA est d’offrir un point de vue stratégique, pancanadien et international sur l’apprentissage. Nous avons pour mission de trouver des façons de cerner et de faire connaître les méthodes les plus efficaces d’apprentissage tout au long de la vie. Le CCA est un catalyseur en matière d’apprentissage tout au long de la vie, y compris en ce qui concerne la formation et l’innovation.

Je voudrais tout d’abord présenter mes conférenciers, avant d’introduire et de contextualiser notre colloque de ce matin. Nous sommes privilégiés de pouvoir entendre Monsieur Sam Hamad, Monsieur Mark Keese, Monsieur Andrew Swan et Monsieur Bernard Spitz.

Je crois fermement que peu de choses importent davantage que le perfectionnement des ressources humaines pour assurer au Canada et à nos partenaires commerciaux des perspectives d’avenir florissantes. Dans l’économie compétitive mondialisée actuelle, une population qualifiée et compétente est la clé de la réussite économique et du progrès social. Les pays qui excellent sont ceux dont les habitants sont capables de s’adapter et de poursuivre leur apprentissage tout au long de leur vie. Dans le domaine de l’apprentissage, les facteurs de concurrence et de collaboration ne sont pas incompatibles. Le renforcement du niveau d’apprentissage d’un pays devrait rayonner à l’échelle internationale.

Le CCA fonde son approche des enjeux de l’apprentissage sur un rapport de l’UNESCO sur l’éducation pour le 21e siècle. Dans ce rapport, Jacques Delors décrit les quatre piliers de l’apprentissage qui permettraient à chacun de réaliser son plein potentiel :

  • Apprendre à savoir – c’est-à-dire maîtriser les outils d’apprentissage comme la concentration, la mémoire, la capacité de réflexion et la connaissance de certaines disciplines.
  • Apprendre à faire – c’est-à-dire acquérir des compétences demandées pour que chacun puisse contribuer à la productivité, à la prospérité et à la qualité de vie de sa collectivité.
  • Apprendre à vivre ensemble – c’est-à-dire comprendre les autres et leurs cultures, et acquérir les compétences et les attitudes qui nous permettent de collaborer à des projets communs.
  • Apprendre à être – c’est-à-dire rechercher l’épanouissement complet de la personne, en tant qu’individu, en tant que membre d’une famille et d’une communauté, en tant que citoyen et producteur, en tant qu’inventeur et rêveur.

Ces quatre concepts fournissent un cadre utile pour toute discussion sur les exigences d’une société du savoir, mais notre objectif, ce matin, est d’examiner plus particulièrement le lien qui existe entre l’apprentissage, la formation et l’innovation en ces temps de turbulences économiques.

L’investissement dans l’apprentissage et la formation crée un cercle vertueux, dans lequel des connaissances accrues mènent à davantage d’innovation, ce qui entraîne une productivité supérieure, qui nous donne ensuite la capacité d’investir encore plus dans l’apprentissage. Tous les membres de la société en profitent.

Je vous pose les questions suivantes : comment faire pour relever simultanément les défis auxquels nous nous heurtons en matière de développement durable, d’innovation et de compétitivité? Comment peut-on rendre compatible la compétitivité et le développement durable dans le contexte d’une crise économique?

Ces questions en appellent évidemment d’autres. Comment exploiter le système d’apprentissage de manière à concilier cet objectif? Comment façonner une mondialisation à visage humain tout en incitant davantage de citoyens à devenir architectes du village planétaire?

Nous devons absolument cesser de voir dans la durabilité un enjeu strictement lié à l’environnement. Le développement humain durable passe impérativement par la poursuite de trois idéaux interreliés : la saine gestion de la biosphère, l’établissement d’un paradigme économique qui préserve les ressources de la planète, et l’établissement de systèmes axés sur le bien-être de la race humaine, au sein desquels l’harmonie avec la nature et celle entre les hommes constituent des préoccupations essentielles.

L’atteinte de ces trois idéaux ne sera pas chose facile, mais nos systèmes d’apprentissage et de formation peuvent jouer un rôle clé. Comme l’affirmait l’UNESCO en 1997, l’éducation et donc la formation également est « le moyen de... faire évoluer dans le sens voulu les comportements, les valeurs et les modes de vie et de préparer l’opinion à adhérer aux transformations constantes et fondamentales qui devront s’opérer pour que l’humanité modifie sa trajectoire... L’éducation est, pour tout dire, le meilleur espoir de l’humanité et le moyen le plus sûr au service de sa quête d’un développement durable ».

La durabilité de nos systèmes d’apprentissage n’est pas qu’une question d’argent ou de programmes. Elle exige un changement d’attitude et la mise en place d’une nouvelle donne garantissant l’éducation et la formation pour tous, dans une optique de développement durable.

Je suis optimiste quant à notre capacité de mettre en commun les atouts de ces deux types d’apprentissage afin de relever ce défi. Après tout, nous avons énormément progressé dans notre compréhension du processus d’apprentissage au cours des dernières décennies. Cette progression s’accélère, d’ailleurs. Il s’agit, en fait, d’une révolution semblable à celle provoquée par les nouvelles technologies de communications.

L’innovation est le processus par lequel on tire une valeur des compétences et du savoir en suscitant, en développant et en mettant en œuvre des idées. L’innovation exige de tirer parti des idées et des connaissances afin d’améliorer la qualité de vie et de renforcer le développement économique.

L’apprentissage est au cœur de ce processus. Dans l’économie mondiale en émergence, le système d’apprentissage d’un pays détermine en partie sa capacité de participer aux chaînes d’approvisionnement des marchés mondiaux, où l’innovation est la clé de la réussite. Cela vaut aussi bien pour les pays en développement que pour le monde industrialisé.

Le grand défi pour tout pays n’est donc plus simplement d’enseigner comment faire certaines choses, c’est-à-dire fournir un ensemble de compétences nécessaires sur le marché du travail. Il consiste également à enseigner à apprendre.

En apprenant à apprendre, on acquiert les habitudes, la discipline et les comportements qui permettent de s’adapter à de nouvelles possibilités et à de nouveaux défis. On possède alors les outils nécessaires pour surfer sur la vague du changement, plutôt que d’être emporté par le ressac.

Une étude récente portant sur 14 pays de l’OCDE concluait qu’un pays dont le taux de littératie est de 1 % plus élevé que la moyenne internationale enregistre des taux de productivité de la main-d’œuvre et un PIB par personne supérieurs de 2,5 % et de 1,5 %, respectivement, à ceux des autres pays.

En outre, des études indiquent que les écarts dans les niveaux de compétences moyens observés dans les pays de l’OCDE sont responsables de 55 % des écarts dans la croissance économique de ces pays au cours des 40 dernières années.

Dans la société d’aujourd’hui, l’apprentissage doit se poursuivre longtemps après les années passées à l’école pour que les individus et les économies réalisent leur plein potentiel.

Les pays qui investissent dans l’apprentissage continu récoltent d’énormes avantages sur les plans de la productivité de la main-d’œuvre et de la croissance économique. Mais il est tout aussi vrai que les entreprises tirent d’énormes dividendes de leur investissement dans la formation en milieu de travail – en d’autres termes, une part de l’investissement et du développement institutionnels doit être réservée à l’apprentissage continu.

L’investissement dans l’apprentissage est une marée qui soulève tous les bateaux. Dans les domaines de l’apprentissage et de la formation, concurrence et collaboration ne sont pas incompatibles.

L’apprentissage mène à une meilleure santé, à des débouchés plus intéressants et à une qualité de vie supérieure. La valeur croissante de l’apprentissage dans le contexte concurrentiel de l’économie mondiale du savoir oblige tous les pays à accorder plus d’importance au développement des compétences de leurs citoyens.

Lorsque nous travaillons ensemble à rendre nos systèmes d’apprentissage plus efficaces – les gouvernements et les entreprises; les universités et les ONG; les pays industrialisés et les pays en développement –, nous créons une synergie qui ajoute de la valeur dans tout le système économique, de même que dans nos sociétés et nos collectivités.

Peu d’entre vous, j’en suis sûr, s’opposent à l’accent mis par l’UNESCO sur l’éducation et la formation en tant que fondement du développement durable. Si nous voulons gérer efficacement la biosphère dans une optique de développement durable et surmonter les crises économiques, il est essentiel que nous mettions tout en œuvre pour que chaque être humain ait accès à la formation et à l’apprentissage, et ce, à chaque étape de son existence.
 
(En résumé, il est impératif de mettre la technologie, l’apprentissage et le développement durable au service les uns des autres. Comment exploiter la technologie pour favoriser le développement durable et l’apprentissage tout au long de la vie? Comment mettre en place un système d’apprentissage tout au long de la vie capable d’évoluer au rythme des changements technologiques tout en inculquant à l’homme les valeurs essentielles pour vivre en harmonie avec son environnement?)

Voici quelques vérités que nous avons tous fini par apprécier :

Plus vous apprenez, plus vous gagnez.
Plus vous en savez, plus vous progressez.

Toutefois, ces adages sur l’apprentissage tout au long de la vie ont des racines plus profondes, certaines remontant loin dans notre histoire.N’est-ce pas Sophocle qui a dit : « Vis et apprends »? Comme l’illustrent les données relatives aux personnes qui participent à des activités sportives directement ou en tant que bénévoles, ou encore qui adhèrent à un club du troisième âge :

Plus vous en faites, plus vous pouvez en faire.
Plus l’occasion d’apprendre est facile d’accès, plus les résultats seront importants.


 
Sam Hamad, ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale du Québec, élu député depuis 2003, il a été réélu pour un troisième mandat en décembre 2008. Il est ingénieur de formation et détenteur d’une maîtrise en génie civil et d’une maîtrise en gestion. Avant son entrée en politique, il occupait le poste de vice-président principal de la firme d’ingénieurs-conseils Groupe Roche. Respecté comme homme d’affaires, il assume tour à tour la présidence de la Chambre de commerce et d’industrie du Québec métropolitain et la vice-présidence de la Fédération des Chambres de commerce du Québec. M. Hamad a été le premier ingénieur québécois à recevoir le prix du Conseil canadien des ingénieurs, pour services rendus à sa communauté. Homme visionnaire et pragmatiste, il travaille à promouvoir la préservation du patrimoine, la protection de l’environnement, le développement social, l’éducation, la culture, le développement durable et la prospérité économique.

Mark Keese est économiste principal à la division de l’analyse et des politiques en matière d’emploi de la Direction de l’emploi, du travail et des affaires sociales de l’OCDE. Il supervise actuellement l’examen thématique de l’OCDE sur les politiques visant à améliorer la réussite des travailleurs âgés sur le marché du travail. M. Keese travaille sur divers enjeux macroéconomiques touchant le marché du travail, notamment sur les faibles salaires et la mobilité du revenu, le salaire minimum, les marchés du travail en transition en Europe de l’Est de même que la modélisation et l’évaluation de la productivité. Il a été membre du groupe de travail qui a conçu la stratégie de l’OCDE sur l’emploi. Avant son arrivée à l’OCDE, M. Keese a travaillé comme économiste au sein du département australien du premier ministre et du Cabinet. Son mandat consistait à analyser les tendances économiques à court terme, à faire des prévisions et à formuler des conseils stratégiques.

Andrew Swan, ministre de la Compétitivité, de la Formation professionnelle et du Commerce du Manitoba, a été élu à l’Assemblée législative en 2004, puis réélu en 2007. Il a agi à titre d’adjoint législatif du ministre de la Justice ainsi que du ministre du Travail, de l’Immigration et du Multiculturalisme. Après avoir obtenu son diplôme de l’école de droit de l’Université du Manitoba, M. Swan a exercé au sein du cabinet Thompson Dorfman et Sweatman dès 1990. Il administre la Manitoba Marathon Foundation et est membre du conseil de la Sargent Park Improvement Team. Il est membre d’Athletics Manitoba et de la Manitoba Running Association. De 2004 à 2007, il a régulièrement représenté le gouvernement dans le cadre d’une tribune politique sur la chaîne CJOB.

M. Bernard Spitz, féru de ce qui est nouvelle technologie et homme de communication en tous sens, il a créé en 2004 BSConseil, un cabinet de conseil en stratégie. Il a également été directeur général de Canal Plus, ancien journaliste au Monde, directeur de la stratégie de Vivendi Universal et conseiller du premier ministre français Michel Rocard. M. Spitz, élu comme président de la Fédération française des sociétés d’assurances, a commencé son mandat de trois ans en octobre dernier. Il enseigne depuis 2000 l’économie de la communication numérique à l’Université de Paris I – La Sorbonne. Il est l’auteur du best-seller « État d’urgence : Réformer ou abdiquer, le choix français ».

 

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