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Dans son premier rapport annuel sur l’état de l’enseignement postsecondaire au Canada, le Conseil canadien sur l’apprentissage a voulu trouver la réponse à une question des plus fondamentales pour notre futur individuel et collectif : dans quelle mesure le secteur de l’enseignement et de la formation postsecondaires au Canada contribue-t-il à l’atteinte des objectifs socio-économiques du pays?
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Tout d’abord, il est plutôt remarquable que cette question n’ait jamais été posée auparavant dans le cadre d’une étude exhaustive sur l’enseignement postsecondaire au plan national. Malgré le bilan positif de l’enseignement postsecondaire au Canada, son avenir est incertain. Cette incertitude est essentiellement attribuable au fait que nous n’ayons pas, collectivement, articulé les objectifs spécifiques que nous souhaitons réaliser au Canada grâce aux investissements consentis à l’enseignement postsecondaire, ni mesuré les réalisations à cet égard d’une manière claire et objective. Il est certes raisonnable que l’on se pose cette question : comment pouvons-nous dépenser quelque 29 milliards de dollars par année en fonds publics, et plusieurs autres milliards en fonds privés, sans avoir obtenu de réponse concrète à cette question pourtant fondamentale?
Si le Canada est vraiment sérieux dans son désir d’améliorer le rendement de l’enseignement de façon à avantager les Canadiens, de stimuler la croissance économique, d’accroître la compétitivité du Canada à l’échelle internationale et de soutenir l’émergence de communautés solides et cohésives, il doit mettre au point les outils appropriés pour y arriver.
J’aimerais vous faire part aujourd’hui de quelques-unes des conclusions qui ressortent clairement de ce rapport présenté aux Canadiens, et je vous invite tous à consulter la version complète de cette étude.
Premièrement : L’enseignement postsecondaire ne vise pas uniquement les étudiants du niveau postsecondaire. Dans une société du savoir, l’enseignement postsecondaire doit toucher l’existence de tous et chacun d’entre nous, de différentes façons, qu’il s’agisse de l’apprentissage en milieu de travail, de la formation professionnelle collégiale, de l’alphabétisation des adultes, ou de l’apprentissage en laboratoire dans un milieu universitaire.
Deuxièmement, les Canadiens peuvent être fiers de leurs éducateurs et de leurs établissements d’enseignement postsecondaire. Les problèmes dans le secteur de l’enseignement postsecondaire au Canada qui laissent présager un avenir incertain ne sont pas attribuables à la qualité ou au dévouement de nos éducateurs. Les lacunes observées dans l’enseignement postsecondaire au pays sont plutôt de nature systémique, résultant de l’absence de cohésion, de cohérence et de coordination – des défis beaucoup plus complexes.
Troisièmement, en examinant au-delà des taux de participation élevés et de la réussite de nos jeunes aux collèges et aux universités, lorsqu’on étudie les enjeux qui ont une incidence sur la prospérité et l’émergence de communautés fortes et dynamiques de plus près, il y a lieu de s’inquiéter.
L’absence de correspondance entre les besoins du marché du travail et notre capacité de les satisfaire – que ce soit par la formation d’apprentis dans les corps de métiers ou la formation d’ingénieurs et de scientifiques, les moteurs de l’innovation – est notable.
Nous observons que la performance du Canada en matière de recherche et de développement, un autre catalyseur de productivité et de richesse, manque de compétitivité.
L’accès à l’enseignement postsecondaire et les avantages qui en découlent sont inégalement répartis au sein de la population canadienne.
Les compétences en littératie requises dans une société moderne font défaut à 9 millions d’adultes canadiens et ce, malgré les taux élevés de participation des jeunes à l’enseignement postsecondaire.
Un million et demi de Canadiens signalent des besoins non-satisfaits d’enseignement et de formation pour adultes liés à l’emploi.
On ne répond pas adéquatement aux besoins des apprenants adultes qui requièrent des méthodes d’accès à l’enseignement postsecondaire qui soient plus souples, abordables et réceptives.
Par ailleurs, le Canada ne dispose pas de mécanismes permettant d’assurer la cohérence, la coordination et l’établissement de mesures comparatives de l’enseignement postsecondaire—des problématiques auxquelles s’attaquent la plupart des autres pays développés. Les Etats-Unis, par exemple, font des choses particulièrement intéressantes à cet égard. Les universités américaines dominent incontestablement le palmarès des 100 meilleurs établissements d’enseignement au monde. Pourtant, une commission nommée par le cabinet fédéral de ce pays, dont la productivité et le PIB par habitant sont nettement supérieurs à ceux du Canada, a déclaré cette année que sans stratégie nationale d’enseignement postsecondaire, l’économie des États-Unis accusera un retard. Avons-nous, ici au Canada, des raisons de nous complaire?
Permettez-moi de soulever certains des thèmes que le Conseil canadien sur l’apprentissage n’aborde pas dans ce rapport. Nous n’avons pas établi un classement des universités, des collèges ou des provinces. Nous ne recommandons pas l’établissement de rôles et de responsabilités des divers paliers gouvernementaux, du secteur privé, des établissements d’enseignement et des apprenants individuels pour faire avancer le Canada. Selon nous, l’approche à privilégier pour l’établissement d’une stratégie pancanadienne de l’enseignement postsecondaire doit être volontaire, collaborative et coopérative, suscitant la participation de tous ces partenaires.
Nous estimons par ailleurs que le contexte juridictionnel de l’éducation au Canada ne devrait en aucun cas nuire à la planification, à l’établissement d’objectifs et au progrès dans le domaine de l’enseignement postsecondaire. En effet, il est beaucoup plus probable que les provinces atteignent elles-mêmes leurs objectifs en évoluant au sein d’un cadre stratégique pancanadien. Pourquoi? Parce que les travailleurs, les investissements, les étudiants, les professionnels, et même les établissements d’enseignement jouissent d’une plus grande mobilité. L’enseignement est une question nationale et internationale, aussi bien que locale. La qualité, l’accès, le transfert des crédits, la reconnaissance des acquis, la planification des ressources humaines dans les soins de santé, la recherche, le développement et l’innovation, pour n’en nommer que quelques-uns, sont autant de domaines sur lesquels on ne peut se pencher efficacement de manière fragmentée. Un plan national est nécessaire.
Ce premier rapport du CCA sur l’enseignement postsecondaire au Canada est comblé d’exemples d’autres pays et d’organismes supranationaux comme l’Union européenne. Ces exemples sont la preuve que les états fédéraux comme l’Australie ou les États-Unis peuvent élaborer des stratégies nationales. Ils soulignent comment des pays indépendants comme l’UE peuvent, s’ils en ont la volonté politique, atteindre des objectifs, des repères et des buts communs. Les sociétés qui définissent les conditions menant au succès seront celles qui prospéreront sur les plans économique, social et éducatif. Celles qui font l’autruche dans le sable des juridictions tireront de l’arrière au dépens de leurs citoyens.
Selon le mandat du Conseil canadien sur l’apprentissage, soit sa perspective pancanadienne, les prochaines étapes de l’enseignement postsecondaire se définissent simplement.
Le Canada a besoin d’objectifs : où voulons-nous parvenir en tant que société? Le Canada doit établir une série d’objectifs explicites et bien définis, axés sur ce que l’on devrait réaliser par l’EP pour maximiser le bien-être général du Canada et des Canadiens.
Le Canada a besoin d’une stratégie : comment pouvons-nous atteindre nos objectifs? Il doit élaborer des mécanismes au niveau national pour assurer la coordination et la cohésion. Ces mécanismes permettront d’augmenter l’accès et la mobilité et d’harmoniser l’efficacité pour améliorer les résultats, tout en respectant les responsabilités provinciales et l’autonomie scolaire des établissements.
Le Canada doit trouver des façons de mesurer le progrès : comment saurons-nous que nos objectifs sont atteints? Pour ce faire, nous devons élaborer une série d’indicateurs précis pour déterminer notre degré de réussite. Ainsi, il faut élaborer une série de mesures et de données constantes, complètes et comparables, recueillies de façon à surveiller le changement au fil du temps et à pouvoir effectuer une comparaison avec les autres pays.
Pour terminer, permettez-moi les remarques suivantes. Il ne faut pas s’étonner du grand nombre d’organisations qui approuvent le CCA d’avoir publié ce premier rapport national sur l’EP et d’avoir lancé un appel pour attirer l’attention sur une stratégie pancanadienne : organismes gouvernementaux, groupements d’affaires, syndicats, groupes de réflexion, établissements d’EP et leurs associations.
Comme pour toutes celles qui ont d’abord réclamé la création du CCA, ces organisations représentent les points de vue de millions de Canadiens : Canadiens qui savent pertinemment que notre succès relève d’une société du savoir : Canadiens qui désirent la collaboration pour ouvrir la voie au succès. Je crois qu’au fond, les Canadiens veulent simplement que leurs institutions, leurs gouvernements et leur secteur de l’EP ouvrent cette voie. Les Canadiens et leurs communautés se chargeront du reste.
Merci.
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