Lessons in Learning

De bonnes nouvelles : Les taux de décrochage scolaire diminuent au Canada

16 décembre 2005

Une bonne nouvelle – les taux de décrochage scolaire diminuent de façon constante depuis les 10 dernières années. La mauvaise nouvelle, c’est que les taux d’abandon scolaire chez certains groupes, particulièrement les étudiants des milieux ruraux et les étudiants autochtones, sont bien au-dessus de la moyenne nationale. Cet article examinera non seulement les facteurs qui affectent l’abandon scolaire mais aussi des moyens pour encourager tous les étudiants à obtenir leur diplôme.

Avant la Deuxième Guerre mondiale, relativement peu de Canadiens entamaient des études secondaires et encore moins les achevaient. Ceux qui terminaient leurs études se destinaient au clergé ou aux rares professions qui exigeaient une éducation secondaire. Après la guerre, il apparut que les études secondaires, de préférence couronnées par un diplôme, étaient devenues nécessaires pour progresser. Les gouvernements et les parents commencèrent à exhorter les jeunes à poursuivre leurs études. Au cours des cinquante dernières années, les jeunes Canadiens en sont venus à persévérer de plus en plus nombreux à l’école.

L’utilité de l’éducation a encore augmenté sous l’effet des changements intervenus dans l’économie et dans la société depuis un demi siècle. Entre 1971 et 2001, le pourcentage de la population active canadienne représentée par les « travailleurs du savoir » a presque doublé, passant de 14 % à 25 %[1] Les niveaux les plus élevés d’intensité du savoir se retrouvent dans la santé et dans l’éducation; les autres grands secteurs où l’on compte un nombre important de travailleurs du savoir sont les services aux entreprises, les finances et les assurances, les communications et les services publics, le pétrole et le gaz, et le secteur manufacturier. La demande de travailleurs non spécialisés ou semi spécialisés dans le secteur manufacturier ou dans celui des ressources a diminué, au fur et à mesure que les emplois en viennent à exiger davantage de connaissances technologiques et de compétences. Le secteur des services représente actuellement la plus importante proportion d’emplois de l’économie. Or, un grand nombre d’emplois dans le secteur des services se situent à un niveau élevé et exigent de leurs titulaires des aptitudes de lecture, d’écriture et de calcul avancées et des études spécialisées. Même là où il existe toujours une demande de travailleurs non spécialisés, les emplois sont en général mal payés et précaires et ne se prêtent guère à la flexibilité du point de vue des travailleurs.

Aujourd’hui, le diplôme du secondaire est le niveau d’instruction minimum exigé pour avoir accès à un large éventail de possibilités (à de rares exceptions près) incluant l’accès au secteur postsecondaire. Le marché du travail est généralement inhospitalier pour les décrocheurs du secondaire. En 2004, par exemple, le taux de chômage chez les 25 à 44 ans sans diplôme du secondaire était de 12 %, contre 7 % pour les diplômés.

Depuis quelques années, le taux de fréquentation scolaire des 15 à 19 ans se situait entre 82 % et 84 %, soit une augmentation notable par rapport aux chiffres d’il y a 25 ans auparavant, lorsque les deux tiers des 15 à 19 ans seulement fréquentaient l’école. Et, comme leurs homologues canadiens, les adolescents des autres pays persévèrent eux aussi de plus en plus à l’école. Le degré de scolarisation progresse dans la plupart des pays économiquement développés car un nombre croissant de jeunes achèvent leurs études secondaires et même postsecondaires[2].

Il est clair que la persévérance scolaire est avantageuse pour les élèves et aussi pour le Canada. Les diplômés du secondaire sont plus faciles à employer, sont plus régulièrement employés et gagnent plus que ceux qui quittent l’école avant d’avoir obtenu leur diplôme. Ils connaissent mieux et plus en profondeur les comportements qui contribuent à un mode de vie sain et ils visitent moins souvent le médecin. Les efforts consacrés à favoriser la persévérance scolaire entraînent des avantages directs tout au long de la vie.

Tendances du taux de décrochage

Le Conseil canadien sur l’apprentissage a commandé à Statistique Canada une analyse des données relatives à la fréquentation scolaire tirées de l’Enquête sur la population active (EPA). Pendant l’année scolaire 1990-1991, soit la première année pour laquelle les taux de décrochage ont été calculés à partir des données de l’EPA, ce taux était de 17 % (figure 1)3. En 2004, seulement 10 % des Canadiens âgés de 20 à 24 ans n’avaient pas un diplôme du secondaire et ne fréquentaient pas l’école. Autrement dit, en 2004-2005, il y avait 212 000 jeunes de 20 à 24 ans au Canada qui ne fréquentaient pas l’école et qui ne possédaient pas un diplôme du secondaire.

Figure 1: Décrocheurs du secondaire en pourcentage des 20 à 24 ans, Canada, 1990-1991 – 2004-2005


 

Définition et mesure du taux de décrochage

L’âge « typique » ou prévu d’achèvement du secondaire est 18 ans. Toutefois, l’achèvement des études secondaires prend plus longtemps dans certains cas, à cause des redoublements ou des retours à l’école pour compléter des crédits manquants. L’Enquête auprès des jeunes en transition (EJET) de 2002 a constaté, par exemple, que 2 % des finissants obtenaient leur diplôme du secondaire entre 20 et 22 ans.

En outre, chaque instance dans tout le pays offre des « secondes chances » aux jeunes qui ont décroché du secondaire mais qui désirent reprendre leurs études afin de satisfaire les exigences de diplomation. L’EJET a constaté qu’à l’âge de 22 ans, 11 % de ceux qui étaient décrocheurs à 20 ans avaient repris leurs études secondaires et 16 % avaient par ailleurs profité d’une « seconde chance » offerte au niveau postsecondaire. Globalement, en 2002, le taux effectif de décrochage à 22 ans était de 9 %, par rapport aux 11 % enregistrés pour ce même groupe deux ans auparavant lorsque ces membres avaient 20 ans.

Pour tenir compte des diplômés finissant tard leurs études, le taux de décrochage du secondaire dans le présent article est mesuré comme suit : le pourcentage des jeunes de 20 à 24 ans qui ne fréquentent pas l’école et n’ont pas de diplôme du secondaire. Il s’agit de la définition utilisée pour les comparaisons internationales par l’Organisation de coopération et de développement économiques.

Les taux de décrochage sont typiquement déterminés pour des périodes allant de septembre à avril, c’est-à-dire la partie principale de l’année pendant laquelle la plupart des élèves fréquentent l’école.

Le décrochage du secondaire se raréfie partout au Canada, mais cette baisse est particulièrement frappante dans l’est du pays. Pour les années 1990 1991 à 1992 1993, près de 20 % des jeunes de 20 à 24 ans à Terre Neuve et Labrador et dans l’Île du Prince Édouard ne possédaient pas de diplôme du secondaire et ne fréquentaient pas l’école. Il s’agissait alors des taux de décrochage les plus élevés du pays. Pendant les trois dernières années scolaires, le taux de décrochage dans ces deux provinces se situe entre 8 % et 10 %, soit parmi les plus bas au Canada. Les taux de décrochage ont également notablement baissé en Nouvelle Écosse et au Nouveau Brunswick. (Tableau 1)

Deux groupes de provinces se distinguent de l’ensemble du Canada. Le premier comprend le Canada atlantique, l’Ontario et la Colombie-Britannique, où les taux de décrochage sont inférieurs à 10 %; le second inclut le Québec et les provinces des Prairies, où les taux de décrochage se situent en moyenne au dessus de 10 % depuis trois ans (même s’il diminue également dans ces provinces).

Le défi de l’apprentissage : Les groupes à risque élevé

Les taux de décrochage sont à la baisse dans toutes les provinces depuis plusieurs années, mais n’ont pas baissé au même degré parmi tous les sous groupes de la population. Les taux de décrochage restent plus élevés chez les garçons que chez les filles, dans certaines régions rurales ou de petites villes du Canada que dans les zones urbaines (même si cette observation ne s’applique pas nécessairement aux quartiers pauvres des villes). Les taux de décrochage restent également sensiblement plus élevés au sein de la population autochtone.

Les garçons décrochent plus que les filles. En 1990-1991, 19 % des jeunes de sexe masculin âgés de 20 à 24 ans n’avaient pas terminé leurs études secondaires, par comparaison à 14 % des jeunes femmes. En 2004-2005, le taux pour les jeunes hommes avait diminué à 12 % et celui pour les jeunes femmes à 7 %. (Tableau 2)

La surreprésentation du sexe masculin chez les jeunes décrocheurs n’est pas nouvelle, mais la proportion des garçons parmi les décrocheurs a augmenté depuis quelques années. En 1990 1991, les garçons représentaient déjà une majorité considérable des décrocheurs (58 %), mais cette prépondérance s’était encore aggravée en 2004 2005, passant à 64 %. L’augmentation de la proportion des jeunes hommes ne signifie pas qu’un plus grand nombre de garçons décrochent, car le nombre réel de décrocheurs de sexe masculin a en fait diminué. L’augmentation proportionnelle pour les garçons reflète plutôt le fait que le taux de décrochage des jeunes femmes a diminué beaucoup plus sensiblement. Cette tendance se retrouve dans tout le Canada : plus de garçons que de filles décrochent. La différence est la plus prononcée au Québec, où sept décrocheurs sur dix étaient des garçons en 2004 2005.

Les garçons et les filles décrochent pour différentes raisons. Selon l’Enquête auprès des jeunes en transition (EJET), les garçons qui décrochent s’intéressent moins à l’école que les filles[4]. Ils ont plus de chances que d’autres élèves d’avoir eu des problèmes avec leurs avec leurs professeurs et ont moins de chances d’achever leurs devoirs. La déception à l’égard de l’école et le désir de travailler sont des facteurs clés dans leur décision de quitter l’école sans diplôme.

Les garçons qui décrochent ont par ailleurs des notes plus basses que les filles qui décrochent; ceci dit, les mauvaises notes ne sont pas nécessairement un facteur important pour l’un ni pour l’autre sexe lorsqu’il s’agit de décrocher. Selon les résultats de l’EJET, près de la moitié des décrocheurs avaient une moyenne de B au moins, et moins de 5 % signalaient des moyennes inférieures à 50 %[4].

Chez les filles, la grossesse joue souvent un rôle important dans la décision de décrocher. Selon les données de l’EJET, près de quatre jeunes décrocheuses sur dix avaient des enfants et étaient chefs de famille. Ici aussi, toutefois, la tendance est à la baisse. Au début des années 1990, il y avait environ 60 000 décrocheuses chefs de famille avec des enfants au Canada. Ce nombre a diminué depuis quelques années à environ 30 000. La proportion de décrocheuses qui avaient des enfants était la plus élevée dans l’est du Canada et en Saskatchewan. En moyenne, depuis 16 ans, plus de la moitié des décrocheuses de sexe féminin dans ces régions du pays étaient chefs de famille et avaient des enfants.

Le taux de décrochage reste comparativement élevé dans les petites villes et les communautés rurales isolées du Canada. Hors des grandes agglomérations du Canada, le taux de décrochage était de 16 % pendant l’année scolaire 2004-2005, soit environ le double du taux des régions métropolitaines de recensement et des agglomérations de recensement (RMR/AR) (9 %). Depuis cinq ans, le taux de décrochage moyen est un phénomène particulièrement présent dans les zones rurales et les petites villes de l’Alberta, du Québec et du Manitoba, où le taux de décrochage pour les jeunes de 20 à 24 ans tournait autour de 20 %. En Alberta, il existe un clivage particulièrement net entre les zones rurales et urbaines : le taux de décrochage dans les campagnes et les petites villes dépasse 20 %, mais est inférieur à 10 % dans les grandes zones urbaines. Au Manitoba et au Québec, les taux de décrochage sont élevés dans les régions rurales et plus élevés que la moyenne dans les régions urbaines. Pendant la période 2003-2005, les taux de décrochage dans les régions urbaines du Québec et du Manitoba se situaient en moyenne à 11 %.

Les données du Recensement du Canada et de l’Enquête auprès des peuples autochtones fournissent de nouveaux renseignements sur les tendances en matière de degré de scolarisation au sein de la population autochtone habitant dans onze régions métropolitaines de recensement au Canada pendant la période 1981-2001[5]. On constate une bonne nouvelle : la proportion des jeunes autochtones décrochant du secondaire a diminué dans ces RMR entre 1981 et 2001. Le taux de décrochage chez les autochtones a diminué dans toutes les RMR, mais la baisse était particulièrement notable à Winnipeg et Regina, où les taux de décrochage ont chuté parfois jusqu’à 30 %. La fréquentation scolaire chez les jeunes autochtones dans ces RMR a également augmenté notablement pendant la même période. En 1981, les taux de fréquentation des autochtones se situaient entre un minimum de 30,6 % à Edmonton et un maximum de 51,3 % à Ottawa Hull; en 2001, le bas de la fourchette avait monté jusqu’à 47,9 % (Toronto) et le haut jusqu’à 66,4 % (Sudbury).

Toutefois, malgré cette amélioration, il demeure que les jeunes autochtones dans ces RMR ont notablement moins de chances d’achever leurs études secondaires que les jeunes non autochtones. En outre, tandis que la proportion des jeunes autochtones n’ayant pas achevé leurs études secondaires a baissé entre 1981 et 2001 dans toutes les RMR étudiées, la proportion des jeunes non autochtones n’ayant pas achevé leurs études secondaires a diminué encore plus. Autrement dit, l’écart entre les jeunes autochtones et non autochtones s’est encore creusé. Enfin, le taux d’achèvement du secondaire des garçons autochtones en est venu entre 1981 et 2001 à accuser encore plus de retard par rapport à celui des filles autochtones.

Les conséquences du décrochage sur le marché du travail

Les analyses de l’Enquête internationale sur la littératie et les compétences des adultes de 2003 montrent clairement que les Canadiens ayant des niveaux de littératie moins élevés (un groupe auquel appartiennent un pourcentage important des décrocheurs du secondaire) ont un taux d’emploi moins élevé, travaillent généralement dans des catégories professionnelles où les exigences en matière de compétences sont moins élevées, ont des gains plus bas et, à long terme, présentent des résultats moins favorables que ceux des autres Canadiens au plan de la santé[6].

Vu que les décrocheurs du secondaire n’ont pas à passer leur temps à faire des devoirs, l’on pourrait supposer que leur taux de participation au marché du travail est notablement plus élevé que celui des autres jeunes adultes. Cependant, les données de l’Enquête sur la population active montrent qu’en 2004-2005, environ 77 % des décrocheurs de 20 à 24 ans participaient au marché du travail, soit guère plus que le taux de 75 % pour l’ensemble des jeunes de 20 à 24 ans.

En outre, seulement environ 62 % des décrocheurs étaient employés en 2004-2005 (figure 2), soit nettement moins que le taux d’emploi pour l’ensemble des jeunes de 20 à 24 ans (68 %). L’économie de l’Alberta, florissante grâce au pétrole, représente l’unique exception dans ce paysage professionnel morne pour les décrocheurs du secondaire. Au cours des trois dernières années scolaires, le taux d’emploi pour les décrocheurs du secondaire en Alberta se situait à 69 % en moyenne, c’est à dire que les jeunes décrocheurs avaient plus de chances de trouver un emploi dans l’économie en expansion de l’Alberta que dans les autres provinces.

Le taux de chômage représente naturellement le négatif du taux d’emploi. C’est ici que les problèmes se posant aux jeunes décrocheurs apparaissent crûment. En 2004-2005, le taux de chômage chez les jeunes de 20 à 24 ans qui ne fréquentaient pas l’école et n’avaient pas un diplôme du secondaire se montait à 19 %, soit presque le double du taux de 10 % enregistré chez tous les jeunes de 20 à 24 ans.


 

Sommaire

Les données disponibles laissent à croire que des progrès importants ont été réalisés partout au Canada dans la réduction du taux de décrochage du secondaire, particulièrement notable dans les provinces atlantiques.

Les progrès sont cependant plus lents chez certains sous groupes. Les taux de décrochage restent généralement plus élevés dans les régions rurales et les petites villes que dans les zones urbaines, en particulier au Québec, au Manitoba et en Alberta. Les garçons continuent d’avoir plus de chances de décrocher que les filles. Malgré certains progrès encourageants, plus de 200 000 jeunes Canadiens peuvent encore être considérés comme des « décrocheurs ». Ce fait est inquiétant, surtout étant donné que l’abandon des études secondaires aura un impact négatif sur leur santé ainsi que leur progrès social et économique.[4]

Les données démontrent clairement que les jeunes décrocheurs doivent surmonter des obstacles considérables dans le marché du travail. Le taux de chômage chez les décrocheurs est le double de celui des autres jeunes de 20 à 24 ans, réalité dont se ressentent leurs gains et leurs perspectives à long terme.

Leçons en matière d’apprentissage

Le déclin notable du taux de décrochage depuis dix ans laisse à croire que bon nombre des programmes mis en place pour encourager les jeunes à persévérer jusqu’à l’obtention de leur diplôme ont porté fruit. Les toutes dernières statistiques sur le décrochage suggèrent que dans l’avenir, nous réussirons à prévenir le décrochage dans la mesure où nous pourrons rejoindre des sous groupes spécifiques où les taux de décrochage restent supérieurs à la moyenne.

Élèves autochtones

Des études de cas (Schwab, 2001)[7] portant sur des programmes éducatifs en Australie qui ont permis de favoriser la persévérance chez des élèves aborigènes ont isolé les facteurs suivants comme étant critiques pour maintenir l’engagement des élèves aborigènes dans leurs propres études. Ces facteurs resteront vraisemblablement pertinents dans le contexte canadien.

  • Éducation et formation basées dans la communauté. Beaucoup d’élèves aborigènes éprouvent un sentiment plus élevé d’appartenance à l’égard des programmes visiblement reliés à leurs communautés d’origine. Ce sentiment d’appartenance entraîne un engagement plus important et des résultats plus favorables.
  • Pertinence pour la communauté. Les élèves aborigènes s’intéressent souvent à des domaines d’étude pratiques qui leur permettront de revenir travailler dans leurs communautés.
  • Engagement envers l’emploi des aborigènes. Beaucoup d’élèves aborigènes sont motivés par la perspective d’un emploi, plutôt que par des buts strictement éducatifs. La persévérance des élèves autochtones augmente souvent lorsque les buts de l’apprentissage sont concentrés sur l’emploi.
  • Équilibre des attentes entre deux cultures. Il est possible d’encourager la persévérance chez les élèves autochtones en reconnaissant et en soutenant leur patrimoine culturel et en offrant des structures de cours et un matériel qui correspondent à leurs styles d’apprentissage préférés. Il importe par ailleurs de maintenir des attentes appropriées relatives à l’assiduité, à la participation et aux résultats.
Les élèves des régions rurales

Les élèves des régions rurales et isolées considèrent souvent que l’investissement dans des études ne leur rapporte guère. En effet, la croissance des emplois au Canada est en général concentrée dans un petit nombre de zones urbaines (OCDE : Regards sur les régions)[8]; les élèves du secondaire dans les zones rurales en viennent donc à estimer que leurs débouchés professionnels ne seront guère affectés par la persévérance à l’école. Les écoles rurales doivent déployer des efforts particuliers pour convaincre des élèves de la valeur à long terme de leurs études. Une approche potentielle consiste à établir des partenariats avec des industries locales pour créer des initiatives d’alternance école travail. Par exemple, dans la région de l’Outaouais au Québec, les taux de décrochage du secondaire sont particulièrement élevés : près de 27 % des adultes dans les zones rurales de l’Outaouais n’ont pas poussé leurs études jusqu’à la 9e année, par comparaison à 13,7 % seulement dans les zones urbaines (Innovation Canada). En 1998 1999, un conseil scolaire de l’Outaouais a établi un partenariat avec des usines locales de pâtes et papiers pour mettre en œuvre un programme professionnel de niveau secondaire en vue de former des ouvriers spécialisés pour le secteur des pâtes et papiers (Savoie Zajc & Dolbec, 2002)[9]. Ce programme combine en alternance les classes et les stages en lieu de travail, lesquels représentent jusqu’à 400 heures de formation pratique.

Garçons

Les garçons peuvent être plus enclins à persévérer à l'école s'ils voient un lien direct entre la scolarisation et les débouchés professionnels à court terme. Les programmes de transition de l'école au travail, notamment l'alternance travail-études et les programmes d'apprentis, sont extrêmement utiles à cet égard.

En Colombie-Britannique, le district scolaire d'Abbotsford et le University College of the Fraser Valley (UCFV) conjuguent leurs efforts pour dispenser aux élèves du secondaire une formation professionnelle spécialisée dans le cadre du Career Technical Centre (CTC). Les élèves du CTC combinent leurs cours de 11e et 12e années avec des programmes menant à des certificats du UCFV. À la fin de la 12e année, les finissants reçoivent à la fois un diplôme du secondaire et un certificat de première année d'études collégiales. Les programmes comportent des stages supervisés et les finissants peuvent commencer sur-le-champ à travailler, ou profiter d'une admission anticipée aux études postsecondaires[10].

Jeunes mères

Même si le taux de grossesses chez les adolescentes diminue et si les jeunes mères ont plus de chances d'achever leurs études secondaires, les programmes qui permettent aux jeunes filles enceintes de poursuivre leurs études tout en s'occupant de leurs enfants gardent leur importance. Les services de garde d'enfants abordables et de qualité constituent un élément vital de ces programmes, puisqu'ils permettent aux élèves mères de persévérer à l'école jusqu'à l'obtention de leur diplôme, d'acquérir des compétences parentales utiles aux côtés de professionnels de la puériculture, et d'envisager la possibilité d'études postsecondaires10.

Le programme TEAM à l'école secondaire Gary Allan en Ontario est conçu à l'intention des adolescentes enceintes et des jeunes mères. Il leur permet d'acquérir des crédits du secondaire tout en acquérant des compétences parentales. Il importe de signaler que les coûts de garde d'enfants sont pris en charge pour les jeunes mères assistées sociales et subventionnés pour les autres.

L’approche scandinave :

Entre le milieu des années 1980 et le milieu des années 1990, la Finlande, la Norvège et la Suède ont mis en œuvre un certain nombre de réformes touchant surtout l’enseignement professionnel, en vue d’encourager les élèves à persévérer à l’école. Dans les trois pays, les réformes avaient certaines caractéristiques en commun :

  1. les programmes ont été élargis pour offrir une meilleure base initiale afin de préparer les élèves à la suite de leur formation, suivie d’une formation spécialisée ultérieure dans une profession choisie parmi un large éventail de possibilités;
  2. des efforts ont été déployés pour combler le fossé entre les études professionnelles et générales en assurant aux élèves qui avaient choisi la filière professionnelle la possibilité d’entreprendre aisément des études postsecondaires, y compris dans les programmes universitaires généraux.

L’approche utilisée en Norvège a été particulièrement couronnée de succès, puisque le taux de décrochage y est actuellement (à 4,6 %) le plus faible parmi tous les pays de l’OCDE.

Quelques caractéristiques des réformes en Norvège :

  • les élèves du secondaire peuvent suivre une filière uniforme pour devenir ouvriers spécialisés dans la plupart des métiers, consistant en deux années d’école puis deux années d’apprentissage après la 9e année;¸
  • on encourage les employeurs à recruter des apprentis parmi les élèves du secondaire puisque le salaire des apprentis est réduit à 50 % de 80 % de celui des ouvriers qualifiés et en offrant aux employeurs une prime approximativement égale au coût d’une année de scolarisation, ainsi qu’une prime d’achèvement si l’apprenti réussit l’examen final de métier;
  • de nouvelles classifications ont été créées à l’intention des apprentis dans les catégories professionnelles de bureau et de service;
  • les décrocheurs du secondaire reçoivent des services de suivi.

Les résultats positifs des réformes norvégiennes ne se sont pas fait attendre. En un an, la proportion de l’ensemble des élèves progressant normalement (c’est-à-dire sans décrocher ni redoubler) a augmenté de 10 %, tandis que la proportion d’élèves de la filière professionnelle progressant normalement grimpait de 30 % à 58 %.

En outre, toujours pendant la première année, le nombre de contrats d’apprentis a augmenté de 22 % et la proportion de moins de 20 ans parmi les apprentis est passée de 21 % à 36 %.

Les efforts entrepris pour réintégrer les décrocheurs dans le système scolaire ont eux aussi porté fruit : deux ans après le début des réformes, 89 % des décrocheurs recevaient des services de suivi, et trois ans après le début du programme, 97 % des décrocheurs contactés par les services de suivi fréquentaient une école, travaillaient, ou participaient à un programme du marché du travail.

Conclusion

La persévérance scolaire rapporte aux intéressés et à l’ensemble du Canada. De meilleurs débouchés professionnels et des résultats plus favorables en matière de santé, voici deux des avantages principaux qui bénéficient autant aux individus qu’au Canada. En effet, des emplois plus nombreux et mieux rémunérés rapportent des recettes fiscales plus importantes et un meilleur niveau de vie, tandis que des résultats de santé plus favorables réduisent la demande de services de santé et améliore la qualité de vie pour l’individu. Pour continuer de progresser dans la réduction du taux de décrochage, il faudra mettre en œuvre des programmes spécifiquement orientés vers des sous groupes particuliers de la population, un investissement appréciable.

  1. [1] Baldwin, J. R. et Beckstead D. (2003). Les travailleurs du savoir dans l’économie canadienne, 1971 à 2001. Statistique Canada nº catalogue 11 624 MIF – No. 004.
  2. [2] Organisation de coopération et de développement économiques (2005). Regards sur l’éducation. Paris : éditions de l’OCDE.
  3. [3] Bowlby, G. (2005). Taux de décrochage provinciaux – Tendances et conséquences. Questions d’éducation. Décembre 2005, volume 2, numéro 4. Statistique Canada nº catalogue 81 004 XIF.
  4. [4] Bowlby, J. et McMullen, K. (2002). À la croisée des chemins : Premiers résultats de la cohorte des 18 à 20 ans de l’Enquête auprès des jeunes en transition. Statistique Canada nº catalogue 81 591 XIF.
  5. [5] Siggner, A. J. et Costa, R. (2005). Situations des peuples autochtones dans les régions métropolitaines de recensement, 1981 à 2001. Statistique Canada nº catalogue 89 613 MWF2005008.
  6. [6] Miser sur nos compétences : Résultats canadiens de l’Enquête internationale sur l’alphabétisation et les compétences des adultes, 2003. 2005. Statistique Canada nº catalogue 89 617 XIF.
  7. [7] Schwab, R.G. (2001). VET-in-School for Indigenous students: Success through “Cultural Fit.” Research to Reality: Putting VET Research to Work. Proceedings of the Australian Vocational Education and Training Research Association Conference (4th, Adelaide, South Australia, March 28-30, 2001).
  8. [8] Organisation de coopération et de développement économiques (2005). Regions at a Glance. Paris : éditions de l’OCDE.
  9. [9] Savoie-Zajc, L. et Dolbec, A. (2002). Considerations of learning in the workplace in Quebec: Pulp and paper students’ perspectives. Document présenté à l’assemblée annuelle de la American Educational Research Association, Nouvelle-Orléans, LA, 1-5 avril 2002.
  10. [10] Caulfield, R. et Thomson, M. (1999). Early parenthood: Tracking parenting teens after graduation from high school. Early Childhood Education Journal, 27(1).
  11. [11] Organisation de coopération et de développement économiques (1998). Thematic Review of the Transition from Initial Education to Working Life: Norway Country Note. Paris : éditions de l’OCDE.
  12. [12] Organisation de coopération et de développement économiques (2000). From Initial Education to Working Life: Making Transitions Work. Paris : éditions de l’OCDE

 

 

Aboriginal people in Canada are sharply under-represented in science and engineering occupations; more can be done to increase the relevance of learning and engagement of Aboriginal students in science and technology. Les peuples autochtones du Canada sont largement sous-représentés dans les professions liées aux sciences et au génie. Nous pourrions en faire davantage pour inciter les jeunes autochtones à considérer les domaines des sciences et de la technologie comme un choix d’études et de carrière pertinent.