Lessons in Learning

Améliorer la note : Promouvoir la littératie chez les adultes au Canada

29 septembre 2005

Le nombre d'adultes canadiens qui ne sont parvenus qu'à un faible niveau de littératie reste trop élevé.

Selon la récente Enquête sur la littératie et les compétences des adultes (ELCA) réalisée par l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) et Statistique Canada, 42 % des Canadiens adultes possèdent une littératie inférieure au niveau nécessaire pour réussir dans la société et l'économie d'aujourd'hui.

Fait tout aussi troublant, la littératie chez les adultes n'a pas notablement progressé depuis la dernière enquête semblable menée il y a dix ans, malgré que tous les paliers de gouvernement aient consacré d'importantes ressources à son amélioration. Les entreprises et les gouvernements ont tellement parlé de l'importance de l'« apprentissage continu », de l'« apprentissage à vie », de l'« apprentissage dans tous les domaines de la vie », du « recyclage », de la « formation en milieu de travail » et des « habiletés essentielles » que l'on en était venu à croire que la littératie chez les adultes avait beaucoup progressé depuis dix ans. Or, ce n'est pas le cas. Le pourcentage de Canadiens à chaque niveau de capacité de lecture de textes suivis n'a pratiquement pas changé entre 1994 et 2003.

Figure 1 : Pourcentage des Canadiens de 16 à 65 ans à chaque niveau de capacité de lecture de textes suivis, 2003

Source : Enquête sur la littératie et les compétences des adultes, 2003

Cette étude suscite deux questions : les notes sont faibles – et après? Et puis, vu que les résultats ne se sont pas améliorés depuis dix ans, quelles NOUVELLES mesures pouvons-nous prendre pour améliorer la littératie chez les adultes au cours des dix prochaines années?

Les notes sont faibles - et après?

Devons-nous nous inquiéter outre mesure de la faiblesse des notes de littératie? Beaucoup de gens pensent que non.

Les habiletés de communication visuelles et auditives semblent souvent remplacer la communication par textes suivis à l'ère des technologies de l'information. En outre, le PIB par habitant du Canada reste concurrentiel avec celui des autres pays développés – cela ne signifie-t-il pas que nous avons déjà toutes les ressources humaines spécialisées dont nous avons besoin? Enfin, ce soi-disant déficit ne finira-t-il pas par se corriger lui-même grâce à l'amélioration progressive de la littératie chez les Canadiens autochtones et chez les immigrants et leurs enfants, et avec la participation accrue à l'enseignement postsecondaire?

En examinant de près l'impact de la faible capacité de lecture de textes suivis, nous constatons qu'il est peu sage d'en sous-estimer l'importance.

La faible littératie a une logique inexorable. L'ELCA montre que plus la base éducative est solide, plus le niveau initial et permanent de littératie est élevé. Inversement, les futurs décrocheurs du secondaire obtiennent déjà, au moment de leur arrivée sur le marché du travail, des notes inférieures au niveau 3 de l'ELCA, considéré comme le strict minimum pour s'adapter dans l'économie de l'information. Pour un complément d'information, consultez la description complète des différents niveaux.

Figure 2 : Notes de capacité de lecture de textes suivis par niveau d'instruction au Canada, 2003

Source : Enquête sur la littératie et les compétences des adultes, 2003

Le cercle vicieux continue. Les personnes possédant un faible niveau de littératie éprouvent davantage de difficultés à trouver un emploi. Celles qui y parviennent ont beaucoup plus de chances de gagner moins d'argent et ont donc moins de chances de recevoir une formation financée par leur employeur ce qui leur permettrait de rehausser leurs compétencesi.(OECD, 2005)

L'économie et au-delà. La littératie tout comme les aptitudes de calcul est associée à la réussite individuelle et collective dans de nombreux domainesii. Selon Statistique Canada, une augmentation de 1 % de la note moyenne de capacités de lecture, d'écriture et de calcul ferait augmenter le PIB par habitant, de façon permanente, de 1,5 %.iii Un degré élevé de littératie est également relié à une société plus inclusive, une plus grande mobilité et une plus grande souplesse de la main-d'œuvre, des communautés plus sûres, une espérance de vie plus longue, et un accroissement de la participation civique et de l'engagement des citoyens.iv

Et après? Les données sont claires : la faible littératie chez les adultes a des répercussions importantes sur les individus, l'économie et la société.

Pistes de changement au Canada

Les gouvernements ont consenti des investissements considérables depuis dix ans, mais ces initiatives n'ont pas débouché sur l'amélioration des résultats entre 1994 et 2004.

Quelles autres perspectives sur la littératie chez les adultes pourraient nous éclairer? L'ELCA compare les taux de littératie au Canada et en Norvège; cette comparaison laisse entrevoir des pistes d'amélioration intéressantes. Pourquoi les Norvégiens obtiennent-ils de meilleurs résultats et comment pouvons-nous reproduire leur réussite?

Figure 3 : Notes de capacité de lecture de textes suivis des personnes ayant fait et n'ayant pas fait d'études postsecondaires au Canada et en Norvège

 

Source : Enquête sur la littératie et les compétences des adultes, 2003

Vu le vieillissement de la population dans tous les pays développés, la capacité de conserver une littératie plus élevée conférera un avantage concurrentiel énorme. En Norvège, même les adultes qui n'ont pas fait d'études postsecondaires conservent leur littératie jusqu'à l'âge de 50 ans environ. L'âge équivalent au Canada est de 40 ans.

Dans beaucoup de pays, les employeurs offrent davantage de formation et d'éducation qu'au Canada. Selon Regards sur l'éducation 2005, le plus récent rapport annuel de l'OCDE sur l'éducation, 40 % des Suédois, 39 % des Danois, 37 % des Américains et 36 % des Finnois ont reçu une éducation ou une formation continue non-formelle, reliée au travail, comparé à 25 % seulement des Canadiensv. La dernière ELCA signalait que 55 % des Norvégiens qui avaient participé à l'éducation et à la formation des adultes recevaient un soutien financier de leurs employeurs, par comparaison à 40 % au Canadavi. D'ailleurs, le faible niveau d'éducation et de formation offertes par les employeurs est reflété dans le faible niveau général de participation à l'éducation et à la formation des adultesvii.

Comme nous le disions plus tôt, l'étude ELCA démontre que la faible littératie ouvre un cercle vicieux : les travailleurs qui ont le plus besoin de rehausser leur littératie ont le moins de chances de se voir offrir une formation au travailviii. Moins les employés utilisent leurs aptitudes de lecture, d'écriture et de calcul au travail, moins ils ont de chances de participer à l'éducation et à la formation assistées par l'employeur. Leurs aptitudes de lecture, d'écriture et de calcul continuent ainsi de décliner, rendant leur progression sans cesse plus difficile.

Leçons et conclusions - et maintenant?

Les niveaux de littératie des adultes au Canada sont faibles par rapport aux pays comparables et ne s'améliorent pas au fil du temps. Cet état de choses entraîne des conséquences négatives pour les individus et la société et les démarches actuelles ont peu de chance de remédier à la situation. Quelles leçons ou conclusions pouvons-nous tirer afin d'éclairer les politiques et les pratiques au Canada?

  1. Maintien par l'usage

    Le message du rapport ELCA et de l'expérience canadienne est clair et incontournable. La littératie se maintient quant on l'utilise. Les avantages dont bénéficient les Canadiens qui possèdent et maintiennent un niveau raisonnable de littératie sont expliqués en partie par la nécessité pour eux d'utiliser leur littératie au travail, souvent avec l'apport supplémentaire de l'accès continuel à l'éducation et à la formation.

    La première étape consiste donc à tirer des leçons de la réussite des régions qui offrent aux adultes la possibilité d'utiliser leur littératie.
  2. Améliorer l'accès des travailleurs à l'éducation et à la formation continues

    Le déclin de la littératie chez beaucoup de Canadiens se produit au moment où ils entrent dans la population active, c'est-à-dire au moment même où ils devraient avoir l'occasion d'utiliser et d'améliorer les habiletés dans lesquelles eux et leur communauté ont tant investi. Et pourtant, les travailleurs canadiens reçoivent moins de soutien financier de leurs employeurs pour leur apprentissage tout au long de la vie en milieu de travail que les travailleurs dans des pays comme la Norvège et la Suisseix.

    Les employeurs, les syndicats, les éducateurs, les gouvernements et les autres parties prenantes doivent examiner les méthodes utilisées par d'autres pays pour parvenir à une meilleure participation et à de meilleurs résultats et conjuguer leurs efforts pour améliorer les possibilités d'apprentissage en milieu de travail et renforcer la littératie chez les adultes.
  3. Soutien pour des groupes clés

    Au Canada, certains groupes de population présentent, en moyenne, de faibles niveaux de littératie. Il s'agit en particulier des Canadiens autochtones, des immigrants récents et des personnes handicapées.

    Le rapport de l'OCDE Promoting Adult Learning de 2005 soulignait que la distribution équitable des habiletés dans les populations a un impact notable sur le rendement économique global. Cette constatation importante contribue à justifier les politiques visant à rehausser les habiletés des groupes désavantagés. Et pourtant, fournir un tel soutien est une entreprise délicate : beaucoup de membres de groupes désavantagés ne s'identifient pas eux-mêmes tandis que d'autres sont intimidés par les établissements d'enseignement. La plus importante difficulté, parmi tous les facteurs organisationnels, réside peut-être dans la rareté des ressources en apprentissage des adultes et dans l'absence au Canada d'un système cohérent et cohésif d'apprentissage chez les adultes.
  4. Amélioration des taux de diplomation du secondaire

    Plus la base éducative est forte et plus la littératie initiale et continue est élevée.

    La leçon à tirer de ce message au plan des politiques est clair : le Canada doit notablement améliorer son taux de diplomation du secondaire pour continuer à améliorer la littératie chez les adultes.
  5. Bâtir sur la réussite dans l'enseignement postsecondaire

    Les taux de participation à l'enseignement postsecondaire au Canada soutiennent mieux la comparaison avec l'étranger que nos taux de diplomation du secondaire. L'effet protecteur d'une éducation universitaire ou collégiale sur le maintien de la littératie est tellement puissant que même à l'âge de 65 ans, les diplômés d'université canadiens demeurent au-delà du niveau de littératie 3.

    Les conséquences pour les politiques sont évidentes : le Canada doit continuer de soutenir un niveau élevé de participation à la plupart des formes d'enseignement postsecondaire.
  6. Ressources communautaires

    On ne peut pas reprocher uniquement au milieu de travail le déclin de la littératie chez les adultes en âge de travailler. En effet, l'apprentissage ne se produit pas exclusivement pour le travail et au travail. L'environnement social et l'adéquation des ressources communautaires constituent d'autres facteurs clés.

    Les responsables politiques devraient envisager des modèles et pratiques d'autres pays qui soutiennent l'apprentissage chez les adultes. Le Danemark, par exemple, a un système d'écoles populaires pour les apprenants adultes. D'autres pays s'engagent à faire la promotion active des communautés d'apprentissage, possèdent des centres d'apprentissage régionaux pleinement développés, ou favorisent l'intégration des ressources des écoles publiques dans des réseaux d'apprentissage communautaires plus vastes.
  7. Cadre de coordination et de cohérence des politiques

    Le rapport de l'OCDE Promoting Adult Learning de 2005 soutient que l'élaboration de cadres de politiques plus cohérents peut également contribuer à améliorer l'investissement et la participation dans l'apprentissage des adultes et que la coordination avec toutes les parties prenantes est essentiellex. Les enquêteurs de l'OCDE constatent un manque notable de coordination au Canada à plusieurs niveaux (entre les gouvernements fédéral et provinciaux; entre les secteurs public et privé; dans l'offre d'information aux apprenants) et soulignent l'absence d'un forum national pour l'éducation des adultesxi.

    Ces considérations politiques font ressortir la nécessité de la coordination et de la cohérence des politiques et des pratiques au plan pancanadien. La véritable question consiste à choisir la meilleure manière de concevoir et de mettre en œuvre un tel cadre.

Prochaines étapes pour la litteratie des adultes au Canada

Plusieurs initiatives positives sont déjà en cours pour relever le défi de la littératie des adultes au Canada.

  • Le Conseil canadien sur l'apprentissage a créé un Centre du savoir sur l'apprentissage chez les adultes dans le Canada atlantique ainsi qu'un Centre du savoir sur l'apprentissage et le milieu de travail en Ontario, tous deux appelés à devenir des centres de référence nationaux pour les pratiques prometteuses en vue d'améliorer les possibilités et les résultats d'apprentissage pour les apprenants adultes.
  • Le ministre d'État au Développement des ressources humaines, avec des ressources additionnelles du Secrétariat à l'alphabétisation, mettent au point une stratégie pancanadienne à long terme pour la littératie et les compétences essentielles.
  • Le Conseil de la Fédération et le Conseil des ministres de l'Éducation (Canada) ont déclaré que la littératie est une priorité pancanadienne.

Ces efforts, parmi d'autres, devront progresser rapidement du constat de nos lacunes et de leurs conséquences à la détermination des voies à suivre pour progresser. Nous pourrons y parvenir en tirant des leçons de l'expérience des modèles et pratiques éprouvés au Canada et à l'étranger et en assurant une meilleure coordination des initiatives canadiennes en matière d'apprentissage des adultes.

Le Carnet du savoir continuera d'examiner le défi de la littératie chez les adultes dans des numéros ultérieurs, qui porteront notablement sur la formation reliée au travail et les moyens d'améliorer la capacité des communautés de rehausser la littératie chez les adultes.

 


  1. Apprentissage et réussite : Premiers résultats de l'Enquête sur la littératie et les compétences des adultes. Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) et Statistique Canada, 2005.
  2. DeSeCo Definition and Selection of Competencies: Theoretical and Conceptual Foundations' Organisation pour la coopération et le développement économiques, 2005
  3. Coulombe, Serge, Tremblay, J.-F. et Marchand, Performance en littératie, capital humain et croissance dans quatorze pays de l'OCDE. Statistique Canada, 2004.
  4. Rychen, D.S., and Salganik, L.H. (eds.). Key Competencies for a Successful Life and a Well-functioning Society. Hogrefe and Huber Publishers, Göttingen.
  5. Regards sur l'éducation. Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE), 2005. Tableau C6.3
  6. Enquête sur la littératie et les compétences des adultes (ELCA).Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) et Statistique Canada, 2003. Tableau 4.9 – tabulation spéciale.
  7. ELCA. OCDE/Statistique Canada, 2003. Tableau 4.1.
  8. Apprentissage et réussite. OCDE/Statistique Canada, 2005.
  9. Apprentissage et réussite. OCDE/Statistique Canada, 2005.
  10. Promoting Adult Learning. OCDE, 2005.
  11. Thematic Review on Adult Learning: Canada Country Note. OCDE, 2002.

Aboriginal people in Canada are sharply under-represented in science and engineering occupations; more can be done to increase the relevance of learning and engagement of Aboriginal students in science and technology. Les peuples autochtones du Canada sont largement sous-représentés dans les professions liées aux sciences et au génie. Nous pourrions en faire davantage pour inciter les jeunes autochtones à considérer les domaines des sciences et de la technologie comme un choix d’études et de carrière pertinent.