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Aujourd’hui, les enfants naissent dans un monde de technologies où ils manipulent aussi aisément une souris qu’ils ouvrent un livre. D’après des données de Statistique Canada, 81 % des foyers où habitent des enfants de moins de 18 ans sont pourvus d’une connexion à Internet, une proportion qui croît d’année en année [1] .
Les nouveaux médias (aussi connus sous le nom de médias numériques et de médias interactifs) désignent des formes de savoir, de communication et d’art rendues possibles par les technologies numériques. Les nouveaux médias proposent généralement des environnements interactifs.
S’il est vrai que les nouveaux médias stimulent la créativité et favorisent l’apprentissage, ils peuvent toutefois représenter une menace pour les enfants (il suffit de penser au contenu à connotation sexuelle et à l’intimidation en ligne). Pour les parents comme pour les enfants, la littératie médiatique joue un rôle important quand il s’agit de comprendre les nouveaux médias et de veiller à ce que le rapport des enfants au monde numérique en soit un qui repose tant sur la sécurité que sur le plaisir.
« Littératie médiatique » s’entend généralement de la capacité à lire, à analyser, à évaluer et à créer des médias dans diverses formes [2] . La littératie médiatique comprend des compétences qui sont de plus en plus demandées, à savoir la pensée critique, la capacité d’user de stratégie, le fonctionnement multitâche, la disposition à la collaboration et l’aptitude à l’approfondissement des connaissances [3] . Certes, l’utilisation intensive que font les enfants des médias leur permet d’acquérir ces compétences, mais elles ne s’en dégagent pas automatiquement. À ce chapitre, l’encadrement par les parents et les professeurs joue un rôle essentiel.
En 2004, les enfants canadiens âgés de 6 à 11 ans passaient en moyenne deux heures par jour devant un écran (télévision, ordinateur et autres écrans de jeux), et les adolescents âgés de 12 à 17 ans, près de trois heures par jour [4] .
Aux États-Unis, l’étudiant moyen termine ses études collégiales avec en banque moins de 5 000 heures consacrées à la lecture, contre 10 000 heures aux jeux vidéo et 20 000 heures à la télévision [5] . Ces statistiques, qui pourraient paraître alarmantes aux yeux de certains, illustrent la nature envahissante des nouveaux médias dans la vie des jeunes d’aujourd’hui.
L’utilisation des nouveaux médias chez les jeunes varie en fonction du contexte environnemental et de l’emplacement géographique. Dans le cadre d’une étude pancanadienne menée en 2005 auprès de 5 200 enfants et jeunes de la 4e à la 11e année, 37 % des enfants interrogés ont déclaré avoir leur propre ordinateur pourvu d’un accès à Internet; 23 %, leur propre téléphone; et 22 %, leur propre cybercaméra [6] . Ceux qui possèdent leur propre ordinateur passent deux fois plus de temps en ligne que ceux qui partagent un ordinateur avec les membres de leur famille [7] . Bien qu’au Canada, les jeunes représentent le groupe d’utilisateurs d’Internet chez qui l’on observe la plus forte croissance, ceux qui habitent en région rurale ou qui vivent dans des foyers à faible revenu sont moins susceptibles d’avoir à la maison un ordinateur doté d’un accès à Internet [8] .
Les études montrent que les enfants et les adolescents utilisent l’ordinateur à des fins très variées. Par exemple, Internet est devenu la source d’information privilégiée des étudiants lorsqu’ils font leurs travaux scolaires [9] . Outre les activités informatiques de nature scolaire, les enfants et les adolescents utilisent Internet à diverses fins, dont la messagerie électronique et instantanée, des jeux en ligne à joueurs multiples; le téléchargement de vidéos et de musique; les blogues [10] .
Les avantages des nouveaux médias sur le plan social et informatif sont incontestables. Cela dit, l’univers virtuel expose les enfants à des contenus qui sont parfois néfastes ou, du moins, d’une valeur discutable. Par exemple, il arrive fréquemment que les jeunes tombent sur des contenus à connotation sexuelle ou haineuse lorsqu’ils surfent sur le Web. Au Canada, 53 % des enfants d’âge scolaire ont déclaré avoir déjà reçu des courriels pornographiques, tandis que 22 % ont déjà reçu du matériel pornographique d’une personne rencontrée en ligne [11] .
S’il est vrai qu’il n’est pas rare que les jeunes internautes soient exposés à de la pornographie, les études montrent que ce contact risque cependant fort peu de représenter pour eux une menace notable. De nombreux jeunes tombent sur des sites pornographiques pendant qu’ils font des recherches sur de tout autres sujets, et ils s’empressent alors de fermer la page dès qu’ils s’aperçoivent de l’erreur [12] . Une étude récente menée auprès de 1 500 enfants britanniques âgés de 9 à 19 ans a révélé que sur l’ensemble de ceux qui accèdent à de la pornographie sur Internet, plus de la moitié (54 %) n’y prêtent que peu d’attention, 20 % en sont dégoûtés et seulement moins de 10 % manifestent un intérêt [13] . De l’avis d’experts, le défi pour les adultes est de protéger les enfants d’une exposition prématurée à la pornographie et de les aider dans leur réflexion, à la suite de leur premier contact avec des contenus sexuels explicites [14] .
L’intimidation en ligne représente un autre danger auquel sont exposés les jeunes internautes. Au Canada, une proportion peu élevée, mais non négligeable, d’enfants d’âge scolaire ont été exposés en ligne à des contenus à caractère haineux ou à de l’intimidation : 14 % des jeunes utilisateurs d’Internet déclarent avoir été la cible de menaces sur des sites de messagerie instantanée, et 16 % affirment avoir publié en ligne un commentaire haineux sur une autre personne ou sur un groupe de personnes [15] .
Bien que les contacts avec de la pornographie et des contenus à caractère haineux soient de plus en plus courants chez les jeunes utilisateurs de nouveaux médias, leurs compétences insuffisantes en littératie médiatique les rendent vulnérables à des menaces encore plus insidieuses, à savoir la désinformation et la violation de la vie privée.
Les enfants maîtrisent rapidement les compétences dont ils ont besoin pour interagir en ligne et créer leurs propres contenus au moyen des nouveaux médias. Toutefois, la plupart d’entre eux ne maîtrisent que quelques facettes de cet univers. Seul un faible pourcentage d’enfants lisent les énoncés de confidentialité des cybercollectivités auxquelles ils se joignent ou des concours auxquels ils participent, savent ce que sont les témoins (ou biscuits magiques) ou comment leurs activités en ligne peuvent être retracées, connaissent les méthodes de recherche efficaces et savent comment déterminer si l’information qu’ils trouvent est fiable [16] .
Réseau Éducation-Médias
Web aware
The Association for Media Literacy (anglais seulement)
Center for Media Literacy (É.‑U.)
Dans l’univers des nouveaux médias, les enfants sont devenus des producteurs tout autant que des consommateurs de contenus médiatiques. En date du 7 septembre 2007, quatre des 10 sites Web les plus populaires au Canada reposaient sur des contenus générés par les utilisateurs. Facebook se classait en première position, YouTube en sixième, Wikipédia en huitième et MySpace en neuvième [17] . En tant que producteurs de contenus, les enfants disposent d’une multitude d’occasions tout indiquées pour le développement de leur littératie médiatique. Chaque jour, les jeunes accèdent à des contenus et les examinent attentivement. Ils créent et évaluent leurs propres contenus en se reportant au travail des autres. Ce faisant, les jeunes ont l’occasion d’apprendre à mieux estimer le potentiel de fausse représentation et de distorsion des contenus auxquels ils accèdent [18] . C’est aux adultes de leur entourage qu’il revient de les aider à profiter de ces occasions pour apprendre.
Éducateurs et parents jouent un rôle important quand vient le moment d’aider les enfants à acquérir une meilleure littératie médiatique. Pour bien des adultes, toutefois, Internet, plutôt que d’être un outil familier, demeure une source de confusion [19] . Les parents et les éducateurs s’estiment aptes à guider, à superviser et à enseigner adéquatement l’utilisation d’Internet. Or, la majorité des enfants affirment que c’est plutôt auprès de leurs pairs ou par eux-mêmes qu’ils ont appris, et qu’ils sont en grande partie laissés sans supervision quand ils surfent sur le Web [20] . L’acquisition des compétences essentielles à la littératie médiatique devrait donc être un objectif important pour les Canadiens de tous âges. Voici quelques conseils qui aideront les parents à épauler leurs enfants dans l’utilisation et la création de contenus médiatiques.
La chose la plus importante que peuvent faire les parents pour influer sur l’utilisation que font leurs enfants des médias numériques est de passer en revue leur propre utilisation et d’adopter le comportement qu’ils souhaitent proposer comme modèle à leurs enfants. Comme les modèles parentaux ont une grande influence sur le comportement des enfants, les parents gagneront à prendre conscience de leurs propres habitudes et à les modifier au besoin. Cela dit, il ne suffit pas de prendre en compte les habitudes d’utilisation des parents. Ces derniers doivent également examiner de près les comportements médiatiques des autres personnes qui s’occupent de leurs enfants, y compris les grands-parents et les gardiens.
Il est de plus en plus fréquent que les enfants disposent d’un accès direct non supervisé aux technologies numériques, qu’ils utilisent donc sans bénéficier de l’orientation et de l’examen des parents. Il est important que les parents supervisent leurs jeunes enfants dans leur exploration, et qu’ils échangent avec eux à ce sujet. Dans le processus de découverte, les parents peuvent protéger leurs enfants des contenus inappropriés, leur expliquer l’information qu’ils ne comprennent pas pleinement et alimenter la réflexion sur les idées et les pratiques qui entrent en conflit avec les valeurs familiales.
Les systèmes d’évaluation et les dispositifs technologiques prétendument « miracle » (p. ex., mécanismes de filtrage pour télévision et ordinateur) sont moins efficaces que de simples échanges réguliers entre parents et enfants sur les nouveaux médias et les messages qu’ils véhiculent. Les parents peuvent profiter de ces conversations pour expliquer les valeurs qui leur importent. En définitive, c’est la justesse des arguments des parents qui amènera les enfants à faire ceci et à éviter cela. Ce sont par ailleurs ces mêmes valeurs que les enfants tendront à respecter en l’absence des parents.
Les médias numériques offrent de vastes possibilités d’apprentissage et de divertissement. Cependant, il n’est pas sain d’adopter un mode de vie reposant principalement sur la consommation de médias numériques, à l’exclusion des jeux et des interactions sociales. L’atteinte d’un équilibre constitue donc un défi que les familles occupées négligent souvent de relever. Cependant, à long terme, le temps consacré à établir des limites profitera tant aux parents qu’aux enfants.
Le rôle que peuvent jouer les parents pour orienter l’expérience médiatique des enfants est cependant limité. Nombreux sont ceux qui estiment que la littératie médiatique ne devrait pas être un sujet ajouté simplement à un programme scolaire déjà chargé, mais devrait plutôt être prise en charge expressément dans les écoles. D’autres sont d’avis qu’un changement systématique devrait être opéré dans les systèmes d’éducation afin que les caractéristiques des nouveaux médias (rapidité, autodirection, interactivité) forment les assises sur lesquelles reposerait l’enseignement dans sa totalité [21] . Les intervenants du milieu politique et du milieu de l’éducation devraient continuer à favoriser une meilleure compréhension des contenus commerciaux, des droits de la protection des renseignements personnels et de la propriété intellectuelle [22] . Il importe que soit adoptée une approche pragmatique axée sur les besoins des enfants en littératie médiatique pour aider les jeunes à mieux se protéger des images et des contenus importuns et éduquer les parents afin qu’ils sachent comment les enfants utilisent les nouveaux médias, comment contribuer à les protéger et comment les aider à prendre position de façon saine par rapport à leur expérience en ligne [23] .
Le Canada a la réputation d’être une figure de proue en matière d’études et de formation sur la littératie médiatique [24] . De fait, la littératie médiatique fait partie du programme de base de chaque province et territoire. Bien que la majorité de l’enseignement direct traitant spécialement de littératie médiatique soit réservée aux niveaux supérieurs, la plupart des provinces et territoires ont intégré la littératie médiatique à l’enseignement de la langue, des arts visuels et dramatiques et des sciences humaines à tous les niveaux. Les thèmes clés abordés sont notamment l’histoire des médias, les produits médiatiques (production, fonction, valeurs, codes, conventions et caractéristiques), l’interprétation du public et les retombées sociales des médias. Les médias numériques s’inscrivent dans un cadre plus vaste qui englobe diverses formes d’expression, comme le cinéma et la télévision, la musique et la littérature.
Malgré les lignes directrices et les objectifs d’apprentissages fixés par les ministères de l’Éducation, suivre le fil de l’évolution rapide de la culture et des technologies Web peut se révéler intimidant et menaçant, surtout pour les professeurs pour qui les nouveaux médias sont moins familiers. Le perfectionnement professionnel et l’accès à des ressources, à des logiciels à jour et à l’équipement nécessaire peuvent également poser des défis. Le rôle de la littératie médiatique est de plus en plus important pour aider les élèves à comprendre l’univers numérique dans lequel ils baignent.
[1] Statistique Canada. « Enquête canadienne sur l’utilisation d’Internet », Le Quotidien, 15 août 2006. Consulté le 8 décembre 2006.
[2] Livingstone, S. « Media literacy and the challenge of new information and communication technologies », The Communication Review, vol. 7, 2004, p. 3-14.
[3] Jenkins, H. Media Literacy – Who Needs It? Boston, Blackwell (sous presse). Communication présentée à l’occasion de la conférence Children’s Learning in a Digital World.
[4] Statistique Canada. Rapports sur la santé (no de catalogue 82-003-XIE), vol. 17, no 3, 2006.
[5] Prensky, M. « Digital Natives, Digital Immigrants », On the Horizon, New York, New York University Press, 2001. Consulté le 3 décembre 2006. Traduction française libre à l’adresse.
[6] Réseau Éducation-Médias. Jeunes Canadiens dans un monde branché – Vue d’ensemble de la Phase II, 2005. Consulté le 16 novembre 2006.
[7] Réseau Éducation-Médias. Jeunes Canadiens dans un monde branché – Vue d’ensemble de la Phase II, 2005. Consulté le 16 novembre 2006.
[8] Statistique Canada. « Accès et utilisation des technologies de l’information et des communications », Tendances sociales canadiennes, cycle 14, 2000.
[9] Réseau Éducation-Médias. Jeunes Canadiens dans un monde branché – Vue d’ensemble de la Phase II, 2005. Consulté le 16 novembre 2006 et cité par S. Livingstone dans « Children’s Use of the Internet: reflections on the emerging research agenda », New Media & Society, vol. 5, 2003, p. 147-266.
[10] LIVINGSTONE, S. « Children’s Use of the Internet: reflections on the emerging research agenda », New Media & Society, vol. 5, 2003, p. 147-266.
[11] Réseau Éducation-Médias. Jeunes Canadiens dans un monde branché – Vue d’ensemble de la Phase II, 2005. Consulté le 16 novembre 2006.
[12] Shade, L.R., N. Porter et W. Sanchez. « You can see anything on the Internet, you can do anything on the Internet! – Young Canadians talk about the Internet », Canadian Journal of Communications, vol. 25, no 4, 2005, p. 503-526.
[13] LIVINGSTONE, S., et M. BOBIER. UK Children Go Online, Londres, Economic & Social Research Council, 2005. Cité par H. Jenkins (3 septembre 2004) dans « The Myths of Growing Up Online », Technology Review. Consulté le 27 juin 2006.
[14] Jenkins, H. « The myths of growing up online », Technology Review, le 3 septembre 2004.
[15] Réseau Éducation-Médias. Jeunes Canadiens dans un monde branché – Vue d’ensemble de la Phase II, 2005. Consulté le 16 novembre 2006.
[16] Réseau Éducation-Médias. Jeunes Canadiens dans un monde branché – Vue d’ensemble de la Phase II, 2005 (consulté le 16 novembre 2006; S. LIVINGSTONE. « Children’s Use of the Internet: reflections on the emerging research agenda », New Media & Society, vol. 5, p. 147-166, 2003; et L.R. Shade, N. Porter et W. Sanchez. « You can see anything on the Internet, you can do anything on the Internet! – Young Canadians talk about the Internet », Canadian Journal of Communications, vol. 25, no 4, 2005, p. 503-526.
[17] Alexa Web Search – Top 500 Canada
[18] LIVINGSTONE, S. « Media literacy and the challenge of new information and communication technologies », The Communication Review, vol. 7, 2004, p. 3-14.
[19] LIVINGSTONE, S. « Children’s Use of the Internet: reflections on the emerging research agenda », New Media & Society, vol. 5, 2003, p. 147-266.
[20] Réseau Éducation-Médias. Jeunes Canadiens dans un monde branché – Vue d’ensemble de la Phase II, 2005. Consulté le 16 novembre 2006.
[21] Jenkins, H. Media Literacy – Who Needs It? Boston, Blackwell (communication présentée à l’occasion de la conférence Children’s Learning in a Digital World); et M. PRENSKY. « Digital Natives, Digital Immigrants », On the Horizon, New York, New York University Press, 2001 (consulté le 3 décembre 2006; traduction française libre.
[22] Shade, L.R., N. Porter et W. Sanchez. « You can see anything on the Internet, you can do anything on the Internet! – Young Canadians talk about the Internet », Canadian Journal of Communications, vol. 25, no 4, 2005, p. 503-526.
[23] LIVINGSTONE, S., et M. BOBIER. UK Children Go Online, Londres, Economic & Social Research Council, 2005. Cité par H. Jenkins (3 septembre 2004) dans « The Myths of Growing Up Online », Technology Review. Consulté le 27 juin 2006.
[24] Réseau Éducation-Médias. L’éducation aux médias au Canada : vue d’ensemble, 2005. Consulté le 22 septembre 2007.
Parents are vitally important throughout a child’s life—as sources of love and security, as teachers and as role models—but they are particularly important in the earliest years.
En plus d’apporter à l’enfant affection et sécurité, les parents participent à son apprentissage et font pour lui office de modèles comportementaux. Ils jouent donc un rôle essentiel auprès de l’enfant, particulièrement durant ses jeunes années.