Lessons in Learning

Prêt à apprendre? Coup d'oeil sur la préparation à l'école des jeunes enfants

18 septembre 2008

Plus de 600 000 enfants canadiens ont entrepris leur cheminement scolaire plus tôt ce mois-ci. Le premier jour d’école, dans la plupart des cas attendu avec impatience, est un événement mémorable pour les enfants et leurs parents. Certains parents se demandent avec angoisse si leur enfant, au moment de franchir pour la première fois le seuil de l’école, est prêt à apprendre.

Ce que l’on entend par « prêt à apprendre » n’est pas aussi simple qu’il peut paraître à première vue. Les diverses significations données à cette expression dans les publications issues de la recherche font ressortir les divergences d’opinion professionnelle qui existent parmi les universitaires du domaine. De manière générale, les parents veulent savoir si leurs enfants possèdent les connaissances nécessaires pour mener leurs tâches scolaires à bien. Pour leur part, les enseignants veulent souvent savoir si les enfants ont la maturité sociale et émotionnelle requise pour réussir à l’école[1].

Des corrélations ont été établies entre plusieurs compétences et aptitudes et un apprentissage fructueux à l’école. L’examen d’études portant sur différents aspects de l’apprentissage a révélé que tant les compétences scolaires et cognitives que les compétences sociales et comportementales dont disposent les enfants dans leur bagage au moment d’entrer en classe ont une incidence sur les résultats de l’apprentissage mesurés ultérieurement au cours des premières années de scolarité[2]. Les compétences scolaires et cognitives comprennent les connaissances générales, le développement intellectuel, le développement et la maîtrise du langage, la littératie, la numératie, les habiletés motrices perceptives, les facultés d’attention et les habitudes de travail; les compétences sociales et comportementales englobent l’assertivité, le leadership, l’indépendance, les comportements déviants, les relations avec les pairs et les aptitudes sociales.

L’analyse des données permettant le suivi des progrès des élèves dans le temps révèle que les compétences en mathématiques et en lecture et les facultés d’attention lors de l’entrée à l’école sont des indicateurs de la réussite ultérieure. En mathématiques, la maîtrise de concepts mathématiques de base comme la connaissance des chiffres et la capacité à établir des séquences permet de prédire la qualité de l’apprentissage subséquent. L’acquisition des premières compétences dans le domaine linguistique et dans celui de la lecture, comme le vocabulaire, la connaissance des lettres, les mots ainsi que les sons initiaux et terminaux des mots, est révélatrice de l’apprentissage ultérieur. Les facultés d’attention laissent aussi présager l’apprentissage subséquent[3].

La préparation des enfants à l’entrée à l’école ne préoccupe pas que les parents et les enseignants. La mesure du degré de préparation des enfants à leur scolarisation revêt également une importance cruciale pour les décideurs dans le domaine de l’éducation.

Avec l’appui du Conseil canadien sur l’apprentissage, des chercheurs de Statistique Canada ont travaillé à l’élaboration d’un indice de préparation à l’école pour les enfants d’âge préscolaire au Canada[4]. Cet indice aiderait les parents, les enseignants et les décideurs à mieux comprendre les facteurs qui influent sur la réussite scolaire ultérieure.

Jusqu’ici, les résultats des travaux indiquent que deux facteurs – le développement social et émotionnel ainsi que les facultés d’expression verbale et l’attitude à l’égard de l’apprentissage – ont un effet direct sur les résultats scolaires. Un troisième facteur, la santé, a une incidence indirecte sur les résultats scolaires puisqu’il détermine dans une certaine mesure le développement social et émotionnel ainsi que les facultés d’expression verbale et l’attitude à l’égard de l’apprentissage. D’autres travaux sont prévus afin de confirmer ces résultats préliminaires par d’autres analyses au cours de l’année à venir[5].

Leçons sur l'apprentissage

La recherche sur la préparation à l’école est déterminante pour les responsables des enfants d’âge préscolaire.

Développer les facultés d’expression verbale chez l’enfant

Des débuts de littératie en milieu familial sont une précieuse occasion d’apprentissage pré-alphabétisation; ils stimulent l’intérêt pour la littératie[6], initient les enfants aux structures narratives et aux conventions littéraires[7],[8],[9], et les exposent à la syntaxe ainsi qu’à la complexité de la langue écrite[10].

Les comptines et les chansons enfantines peuvent également constituer des outils d’apprentissage efficaces; en effet, les enfants apprennent à décomposer les mots en sons, ceci en jouant avec les rimes[11],[12]. Une fois que les enfants ont entendu une comptine ou une histoire, l’adulte peut faire des pauses afin de permettre à l’enfant de terminer la phrase ou la pensée.

Si elle peut sembler un luxe dans un ménage aux nombreuses occupations, la conversation pendant les repas aide néanmoins les enfants à élargir leur vocabulaire et leurs capacités d’expression orale. Les adultes qui écoutent activement ce que les enfants d’âge préscolaire disent les encouragent à s’exprimer. Le fait de poser des questions aux enfants sur leurs expériences leur inculque que celles‑ci ont de l’importance et que la description de ce vécu est intéressante pour autrui. En invitant les enfants à parler de leurs dessins ou de leurs peintures, on leur donne l’occasion de s’exprimer sur leurs créations. Il est préférable de poser des questions ouvertes, par exemple « parle-moi de ceci ou cela », plutôt que des questions précises, par exemple, « qu’est-ce que c’est? » ou « est-ce que c’est un chien? »[13].

Développer des attitudes positives à l’égard de l’apprentissage

Les adultes peuvent susciter la curiosité et l’effort. Le désir de découverte est une excellente source de motivation et, lorsque la curiosité est satisfaite, cela favorise une attitude positive face à l’apprentissage. Les apprenants se heurtent inévitablement à des obstacles. Une attitude positive à l’égard de l’apprentissage est d’une efficacité redoutable lorsqu’il s’agit de déployer les efforts nécessaires pour surmonter ces obstacles. En inculquant à l’enfant la notion que, si l’on consent les efforts requis, même les tâches difficiles peuvent être accomplies, les responsables contribuent à développer chez lui une attitude positive à l’égard de l’apprentissage. En abordant les difficultés liées à l’apprentissage dans une atmosphère d’encouragement, on incite l’enfant à croire en ses capacités, et on affirme sa volonté à poursuivre ses efforts.

Susciter des réactions sociales et émotionnelles positives

Les responsables de l’enfant ont une influence considérable sur son développement social et émotionnel pendant la période préscolaire. L’exemple que donne le responsable par son propre comportement est à ce chapitre l’élément déterminant. Si l’on réagit aux situations en faisant preuve de mesure sur le plan émotionnel, on offre à l’enfant un exemple constructif à partir duquel il peut acquérir la maîtrise de soi. Traiter autrui de manière respectueuse est un autre exemple de bonne conduite pour les jeunes enfants. Le fait d’encourager les enfants à aider les autres, à demander pardon lorsqu’ils ont causé du tort et à utiliser les formules de politesse pour demander quelque chose favorise le développement de comportements sociaux positifs.

En expliquant à l’enfant qu’il est tout aussi normal de ressentir de la colère et de la frustration que de la joie et un sentiment d’accomplissement aide celui-ci à acquérir toute une gamme de réactions émotionnelles – surtout dans les situations où l’expression des émotions, positives comme négatives, doit obéir à certaines règles. Il est normal d’être frustré et d’établir ses limites, mais non en mordant son petit frère. Il est tout à fait correct de sauter de joie... mais pas sur les meubles.

Maintenir l’attention, offrir des choix et chercher à comprendre

La capacité à maintenir son attention pendant une durée raisonnable est importante sur le plan du développement social comme sur celui du développement cognitif. La possibilité de faire des choix incite l’enfant à porter attention aux caractéristiques qui rendent les différentes possibilités attrayantes à leurs yeux. Lorsque les adultes demandent aux enfants ce qui les séduit dans un choix ou chez un personnage, ils les encouragent à être attentifs aux détails de même qu’à développer leurs capacités d’expression verbale.

Conclusion

Il est possible de favoriser chez les enfants l’acquisition d’un comportement social et émotionnel positif, de solides capacités d’expression verbale ainsi que d’une attitude positive à l’égard de l’apprentissage, et ce, sans engager de frais démesurés. Par contre, cela demande du temps – une ressource de plus en plus rare. Les adultes ont besoin de temps pour réfléchir à leur relation avec les enfants et de temps à partager avec eux. Cet investissement de temps aura des bénéfices immédiats et ultérieurs, lorsque les enfants iront à l’école, fin prêts pour apprendre.


[1] Voir, par exemple : La Paro, K.M. et R.C. Pianta. « Predicting Children's Competence in the Early School Years: A Meta-Analytic Review », Review of Educational Research, vol. 70, no 4, hiver 2000, p. 443-484.

[2] La Paro, K.M. « Predicting Children's Competence in the Early School Years ».

[3] Duncan, G. J., C. J. Dowsett, A. Claessens, K. Magnuson, A. C. Huston, P. Klebanov, L. S. Pagani, L. Feinstein, M. Engel, J. Brooks-Gunn, H. Sexton, K. Duckworth et C. Japel. Developmental Psychology, vol 43, no 6, nov. 2007, p. 1428-1446.

[4] McIntosh, C. et D. Kohen. Development of a school readiness index for Canadian preschoolers: A methodological report and time series analysis. Document préparé à l’intention du Conseil canadien sur l’apprentissage, 2008.

[5] C. McIntosh. Development of a school readiness index for Canadian preschoolers.

[6] Holdaway, D. The Foundations of Literacy, Ashton Scholastic, Sydney, 1979; Scollon, R. et S. Scollon. Narrative, literacy and interethnic communication, Ablex, Norwood (New Jersey), 1981.

[7] Cochran-Smith, M. The making of a reader, Norwood (New Jersey), 1984.

[8] Ablex; Robinson, C. C., J. M. Larsen et J. H. Haupt. « Picture book reading at home: A comparison of head start and middle-class preschoolers », Early Education and Development, vol. 6, 1995, p. 241-252.

[9] Robinson, C. C., J. M. Larsen et J. H. Haupt. « The influence of selecting and taking picture books home on the at-home reading behaviors of kindergarten children », Reading, Research and Instruction, vol. 35, no 3, 1996, p. 249-259.

[10] Purcell-Gates, V. et coll. « Learning written storybook language in school: A comparison of low-SES children in skills-based and whole language classrooms », American Educational Research Journal, vol.32, no 3, 1995, p. 659-685; Sulzby, E. « Children's emergent reading of favorite storybooks: A developmental study », Reading Research Quarterly, vol. 20, no 4, 1985, p. 458-481.

[11] Burgess, S. R., S. A. Hecht et C. J. Lonigan. « Relations of the home literacy environment (HLE) to the development of reading related abilities: A one-year longitudinal study », Reading Research Quarterly, vol. 37, 2002, p. 408-426.

[12] Saracho, O. N. « Family literacy: Exploring family practices », Early Child Development & Care, vol. 172, 2002, p. 113-122.

[13] Zadeh, Z., F. Farnia et C. Ungerleider. Low Maternal Education and Children’s Academic Achievement: The Mediating Role of Home Enrichment, Conseil canadien sur l’apprentissage 2008. Rapport de recherche inédit.

More than 600,000 Canadian children began their school careers earlier this month. The first day of school is a milestone for children and their parents, one to which most look with anticipation and excitement. For some, the first day of school brings anxiety about whether children beginning school are ready to learn.

Plus de 600 000 enfants canadiens ont entrepris leur cheminement scolaire plus tôt ce mois-ci. Le premier jour d’école, dans la plupart des cas attendu avec impatience, est un événement mémorable pour les enfants et leurs parents. Certains parents se demandent avec angoisse si leur enfant, au moment de franchir pour la première fois le seuil de l’école, est prêt à apprendre.