Accueil > Rapports > Carnet du savoir
Article en entier
Plus...
Les nouvelles du CCA dans votre boîte de courriel : la Voie de l'apprentissage
Le Canada affiche des taux de participation postsecondaire élevés et des résultats supérieurs à ceux de la plupart des autres pays développés au chapitre du niveau de scolarité. En 2006, 55 % des Canadiens de 25 à 34 ans avaient terminé un programme d’études postsecondaires par rapport à une moyenne de 33 % pour l’ensemble des pays de l’OCDE[1]. Cependant, certains groupes démographiques au pays affichent toujours une participation postsecondaire faible, y compris les étudiants autochtones, de familles à faible revenu, et de familles sans antécédents d’études supérieures
Pour la décennie qui se terminera en 2015, on estime que près de 70 % des 1,7 million de nouveaux emplois qui devraient être créés au Canada seront des postes de gestionnaires ou qui nécessitent habituellement un diplôme d’études postsecondaires[2].
Même si le niveau de scolarité postsecondaire est relativement élevé au Canada, seulement 59 % de la population active canadienne (de 20 à 64 ans) détient un diplôme d’études postsecondaires[3].
Améliorer l’accès aux études postsecondaires est une façon d’augmenter le nombre de diplômés à même de répondre aux demandes en main-d’œuvre à la lumière des pénuries prévues de candidats compétents. Une telle augmentation pourrait nécessiter la création de programmes qui feraient croître la proportion d’étudiants autochtones, de familles à faible revenu et de familles sans antécédents d’études supérieures dans les programmes postsecondaires.
L’analyse des taux de participation aux études postsecondaires et du revenu des parents suggère que les jeunes adultes provenant de familles à revenus modestes sont sous-représentés, par rapport à leurs semblables mieux nantis, dans la population estudiantine au niveau universitaire. Le revenu des parents n’a pas une incidence très marquée sur les taux de participation collégiale, mais a un lien étroit avec les taux de participation universitaire : les jeunes adultes dont les parents gagnent au moins 75 000 $ par année poursuivent beaucoup plus souvent des études universitaires que ceux provenant de familles moins bien nanties (voir la figure 1)[4].
Figure 1 : Proportion de jeunes adultesa qui poursuivent des études collégiales et universitaires, selon le revenu des parents.
Les taux de participation universitaire sont également tributaires de l’éducation des parents. Les étudiants de familles sans antécédents d’études postsecondaires, aussi appelés « étudiants de première génération », sont moins portés que leurs pairs à poursuivre des études postsecondaires. Notamment, les jeunes adultes dont les parents ont fréquenté l’université sont beaucoup plus susceptibles de le faire à leur tour que ceux dont les parents n’ont pas fréquenté l’université (voir la figure 2).
Figure 2 : Proportion de jeunes adultesa qui poursuivent des études collégiales et universitaires, selon le niveau de scolarité des parents.
Au cours des deux dernières décennies, l’écart d’instruction entre les Autochtones et les non-Autochtones au Canada s’est réduit. Néanmoins, le niveau de scolarité des jeunes adultes autochtones demeure largement inférieur aux niveaux atteints par leurs pairs non autochtones. En 2006, 68 % des jeunes adultes non autochtones (de 25 à 34 ans) détenaient un diplôme d’études postsecondaires, contre 42 % des jeunes adultes autochtones[5].
Les étudiants des groupes démographiques sous-représentés se heurtent souvent à de nombreux obstacles cumulatifs qui les empêchent de mener des études postsecondaires.
En tant que groupe, les étudiants à faible revenu doivent souvent surmonter des obstacles financiers et scolaires. Les obstacles financiers sont d’ordre direct et indirect; autrement dit, les étudiants à faible revenu disposent de moins de ressources financières. En outre, les familles à faible revenu sont plus susceptibles de surestimer les coûts de l’enseignement postsecondaire[6] tout en étant moins au fait des ressources offertes par les programmes d’aide aux étudiants[7]. D’autre part, les résultats scolaires des étudiants à faible revenu sont inférieurs à ceux de leurs semblables mieux nantis[8]. Ainsi, les étudiants à faible revenu sont parfois moins bien préparés, aux niveaux financier et scolaire, en vue des études postsecondaires.
Les étudiants de première génération, ceux qui proviennent de familles sans antécédents d’études postsecondaires, doivent aussi surmonter des obstacles scolaires : leurs résultats, au secondaire, sont plus faibles que ceux des élèves dont les parents ont fréquenté le collège ou l’université[9]. De plus, les étudiants de première génération sont souvent moins motivés, car ils sont plus portés au scepticisme quant aux avantages potentiels des études postsecondaires et sont ainsi moins motivés à emprunter cette voie[10]. Les étudiants de première génération sont aussi aux prises avec des obstacles financiers : ils dépendent habituellement davantage des prêts étudiants et peuvent moins souvent compter sur les membres de leur famille pour financier leurs études[11].
Les obstacles d’ordre scolaire sont particulièrement considérables pour les étudiants autochtones. Ceux-ci sont beaucoup moins susceptibles de terminer leurs études secondaires que leurs pairs non autochtones, ce qui représente un frein évident à la poursuite de leurs études[12]. On note un écart de 25 points de pourcentage entre le niveau de scolarité postsecondaire des jeunes adultes (de 25 à 34 ans) autochtones et non autochtones (voir la figure 3). Cependant, cet écart est nettement inférieur lorsqu’on tient compte uniquement des étudiants qui ont terminé leurs études secondaires. Ainsi, l’obtention d’un diplôme d’études secondaires est un des principaux obstacles à l’accès aux études postsecondaires chez les étudiants autochtones. En outre, ces étudiants font face à plusieurs des obstacles que doivent surmonter les étudiants à faible revenu et de première génération en plus de faire l’objet ou d’avoir l’impression de faire l’objet de racisme lors de leurs études[13].
Figure 3 : Proportion de jeunes adultes autochtones et non autochtones qui ont obtenu un diplôme d’études postsecondaires.
Les étudiants autochtones, à faible revenu et de première génération se heurtent à de nombreux obstacles cumulatifs qui les empêchent d’accéder aux études postsecondaires. Il n’existe pas de panacée : il faut plutôt travailler sur plusieurs fronts. Quelques programmes qui ont adopté une telle approche plurielle montrent des signes encourageants de réussite.
Par exemple, Passeport pour ma réussite offre aux élèves à risque une aide sociale, financière et à l’éducation grâce à des initiatives communautaires. Sa formule globale a aidé des jeunes à obtenir un diplôme, à acquérir une image positive d’eux-mêmes et à rêver d’un avenir accessible. Preuve de sa réussite, le programme offert dans la région de Regent Park, à Toronto en Ontario, semble avoir fait baisser le taux de décrochage au secondaire et augmenter la proportion de diplômés du secondaire qui poursuivent des études postsecondaires[14].
Le programme The Westview Partnership s’attaque aux obstacles institutionnels auxquels font face les étudiants de première génération grâce à une variété d’initiatives visant les élèves. Des programmes ont été créés en partenariat avec le collège Seneca, les départements universitaires de l’Université York, les groupes communautaires et le Toronto Catholic District School Board. Voici des exemples de programmes : activités d’enrichissement en mathématiques, en sciences et en arts, stages d’été comme le programme de sciences et de technologies York/Seneca, Higher Five, un programme de familiarisation à l’intention des élèves de 5e année, qui participent pendant une journée aux activités d’apprentissage sur le campus et programme Advance Credit Experience, qui permet à des étudiants aux résultats moyens de fréquenter l’université durant un semestre.
Les politiques et les programmes doivent aussi mieux informer les élèves sur les choix qui s’offrent à eux après le secondaire ainsi que sur les coûts et les avantages des études postsecondaires. Les programmes d’aide financière doivent être complétés par des mesures qui incitent les élèves et leurs familles à planifier des études supérieures. Internet contient une mine d’information pertinente, mais bon nombre d’élèves et de parents ont de la difficulté à discerner les renseignements pertinents et exacts. Beaucoup d’organisations ont tenté de régler ce problème en recueillant et en vérifiant l’information, puis en l’offrant à partir d’un point d’accès unique.
Par exemple, la section Education Centre du site Web du Réseau jeunesse autochtone offre des liens vers des programmes offerts par des collèges et des universités autochtones et présente des options de financement. Dans le cadre de son plan d’action de 2005, Vers des résultats supérieurs, l’Ontario a ajouté une nouvelle Fenêtre d’accès sur le site Web de son Régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants (RAFEO). Parmi les options offertes, mentionnons l’aide financière et un outil d’estimation du remboursement mensuel des prêts après l’obtention du diplôme. Le British Columbia Council on Admissions and Transfer a créé un site Web semblable, Education Planner. Cette ressource complète permet de connaître les programmes de premier cycle offerts, les dates d’inscription, les droits de scolarité et les exigences d’admission des établissements postsecondaires de l’ensemble de la Colombie-Britannique. Cibletudes.ca est une ressource nationale offerte en ligne qui explique aux parents comment commencer à épargner, oriente les élèves dans leur choix de carrière et de programme et offre des conseils pour le remboursement de prêts.
Les multiples obstacles cumulatifs auxquels se heurtent les étudiants autochtones nécessitent l’adoption d’une formule particulièrement étendue. Des chercheurs australiens ont déterminé que les facteurs suivants sont essentiels pour garder l’intérêt des étudiants autochtones envers l’éducation :
La création de programmes postsecondaires destinés à accroître le recrutement et le maintien aux études est également essentielle pour que davantage d’étudiants autochtones entreprennent et terminent des études postsecondaires. En 2005–2006, le gouvernement ontarien a investi 1 million de dollars dans les activités de mobilisation et de réseautage des établissements postsecondaires visant à recruter et à maintenir aux études les étudiants autochtones. Les projets pilotes ont donné les résultats suivants :
Partout au Canada, bon nombre d’établissements postsecondaires ciblant les étudiants autochtones ont été fondés. Ces instituts autochtones d’études supérieures (Indigenous Institutes of Higher Learning) offrent généralement des programmes d’études dans des milieux qui tiennent compte de la culture, de l’histoire et des points de vue autochtones en plus de les valoriser. Les enseignements qu’ont tirés ces établissements sur le recrutement et le maintien aux études des étudiants autochtones pourront servir à d’autres établissements postsecondaires dans l’ensemble du pays.
Des recherches complémentaires sont nécessaires pour décider de la meilleure façon d’offrir des programmes visant à accroître et à élargir l’accès à l’enseignement postsecondaire. Au Manitoba et au Nouveau-Brunswick, le projet Un avenir à découvrir évalue actuellement l’efficacité de deux programmes de ce genre : Explorez vos horizons et Fonds du savoir[16].
Explorez vos horizons est un programme à plusieurs volets qui :
Fonds du savoir est un programme visant à offrir une aide financière garantie de 8 000 $ aux élèves à faible revenu qui terminent leur secondaire et s’inscrivent à des études postsecondaires. Le montant est déposé dans un compte alors que les élèves sont toujours au secondaire (dès la fin de la 10e année) et ces derniers y ont accès après s’être inscrits à un programme postsecondaire, au début de chaque session. L’application du programme se fait à ce moment pour inciter les élèves à commencer à penser à leurs études postsecondaires tôt dans leur cheminement secondaire.
Les deux programmes font actuellement l’objet d’évaluations rigoureuses : les résultats partiels devraient être connus en 2009, et les conclusions finales sur l’incidence des programmes devraient être diffusées en 2012.
Afin de surmonter l’ensemble des obstacles auxquels font face les étudiants autochtones, à faible revenu et de première génération, les gouvernements, les enseignants, les parents, les membres des communautés et les étudiants eux-mêmes doivent coordonner leurs actions. À long terme, ces efforts seront essentiels pour préserver notre prospérité économique et le caractère égalitaire de notre société.
[1] ORGANISATION DE COOPÉRATION ET DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUES. Regards sur l’éducation 2008 : Les indicateurs de l’OCDE, Paris, 2008. Les taux de diplomation postsecondaire s’appuient sur la définition d’enseignement tertiaire donnée par l’OCDE, qui exclut certains types d’enseignement postsecondaire (p. ex., programmes de moins de deux ans).
[2] LAPOINTE, M., K. Dunn, N. Tremblay-Côté, L.-P. Bergeron et L. Ignaczak. Perspectives du marché du travail canadien pour la prochaine décennie (2006-2015), Division de la prévision et de l’analyse du marché du travail et des compétences, Direction de la recherche sur la politique stratégique, Ressources humaines et Développement social Canada, Ottawa, 2006 (consulté le 18 novembre 2008).
[3] STATISTIQUE CANADA. Recensement de la population 2006, no de catalogue 97-560-XCB2006007 (consulté le 18 novembre 2008).
[4] DROLET, M. « Participation aux études postsecondaires au Canada : le rôle du revenu et du niveau de scolarité des parents a-t-il évolué au cours des années 1990? », Direction des études analytiques documents de recherche, no de catalogue 11F0019MIE – no 243, Ottawa, Statistique Canada, 2005 (consulté le 18 novembre 2008).
[5] STATISTIQUE CANADA. Recensement de la population 2006, no de catalogue 97-560-XCB2006028 (consulté le 18 novembre 2006).
[6] USHER, A. A Little Knowledge is a Dangerous Thing: How Perceptions of Costs and Benefits Affect Access to Education, Educational Policy Institute, 2005.
[7] BERGER, J., A. Motte et A. Parkin. Le prix du savoir : L’accès à l’éducation et la situation financière des étudiants au Canada – Troisième édition, Montréal, Fondation canadienne des bourses d’études du millénaire, 2007.
[8] JUNOR, S. et A. Usher. Le prix du savoir 2004 : L’accès à l’éducation et la situation financière des étudiants au Canada, Montréal, Fondation canadienne des bourses d’études du millénaire, 2004.
[9] PRAIRIE RESEARCH ASSOCIATES INC. Sondage auprès des élèves du secondaire, Montréal, Fondation canadienne des bourses d’études du millénaire, 2005.
[10] PRAIRIE RESEARCH ASSOCIATES INC. Sondage auprès des élèves du secondaire, 2005.
[11] MALATEST, R.A. Promotion 2003 : Enquête de suivi auprès des élèves du secondaire, Montréal, Fondation canadienne des bourses d’études du millénaire, 2007.
[12] STATISTIQUE CANADA. Recensement de la population 2006, no de catalogue 97-560-XCB2006036.
[13] ST. DENIS, V., et E. Hampton. Literature Review on Racism and the Effects on Aboriginal Education, préparé à l’intention du Groupe de travail national du ministre sur l’éducation, 2002.
[14] PASSEPORT POUR MA RÉUSSITE, Rapport annuel 2007-2008, 2008.
[15] SCHWAB, R.G. « VET-in-School for Indigenous students: Success through "Cultural Fit" » dans Research to Reality: Putting VET Research to Work: Proceedings of the Australian Vocational Education and Training Research Association Conference, 4e conférence, Adélaïde, Australie-Méridionale, du 28 au 30 mars 2001, 2001.
[16] SOCIÉTÉ DE RECHERCHE SOCIALE APPLIQUÉE. Un avenir à découvrir : Rapport de mise en œuvre préliminaire, Montréal, Fondation canadienne des bourses d’études du millénaire, 2007.