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Les plus récents résultats de l’évaluation en lecture du Programme pancanadien d’évaluation (PPCE-13) révèlent que la majorité des Canadiens âgés de 13 ans, soit 88 %, ont un rendement équivalent ou supérieur au niveau de compétence attendu[1]. Ces résultats révèlent aussi des écarts tenaces en littératie entre les garçons et les filles : la moyenne canadienne étant fixée à 500 points, les filles surpassent les garçons de 23 points (figure 1). Beaucoup de facteurs influent sur cet écart en littératie; les garçons et les filles diffèrent en ce qui concerne leurs attitudes, leurs comportements et leurs préférences en lecture, ce qui entraîne des répercussions sur les résultats de l’évaluation.
Les résultats du PPCE-13 n’ont rien de surprenant : l’écart entre les garçons et les filles en lecture n’est pas un nouveau phénomène. Les évaluations du Programme d’indicateurs du rendement scolaire (document précurseur du PPCE-13) de 1994 et de 1998 ont démontré que les filles de 13 et de 16 ans ont un meilleur rendement en lecture et en écriture que les garçons [2], [3]. De plus, on a observé un avantage en lecture chez les filles dans les 57 pays qui ont participé au Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), dans lequel les jeunes de 15 ans sont évalués en lecture, en mathématiques et en sciences[4], [5].
Figure 1 : Moyenne en lecture pour les Canadiens âgés de 13 ans
Contrairement aux résultats en lecture, ceux de l’évaluation du PPCE-13 révèlent que les garçons et les filles de 13 ans exposent des rendements de niveaux similaires dans les épreuves de mathématiques et de sciences (figure 2). La Trends in International Mathematics and Science Study (TIMSS), qui évalue les élèves de la quatrième et de la huitième année ainsi que ceux en fin d’études secondaires montre un certain écart entre les sexes dans la réussite en sciences et en mathématiques. En 1995, il n’y avait pas d’écart entre les sexes parmi les élèves de quatrième année tandis que pour ceux de huitième année, on remarque de légers écarts favorisant les garçons. À la fin de leurs études secondaires, les garçons exposent au détriment des filles un large écart en mathématiques et en physique. L’évaluation de 1999 s’est intéressée aux élèves de huitième année et a révélé une avance chez les garçons en sciences, tandis qu’en mathématiques, aucun écart n’était constaté[6]. (Voir également une édition antérieure du Carnet du Savoir : Écart entre les sexes sur le plan du choix de carrière : pourquoi les filles n’aiment pas les sciences.)
Les résultats du PISA pour le Canada révèlent un léger écart favorisant les garçons en mathématiques et en sciences, puis un plus grand en faveur des filles en lecture. Dans l’étude du PISA 2000, il n’y avait pas d’écart entre les sexes en sciences tandis qu’une légère différence (10 points) favorisait les garçons en mathématiques et une plus grande (32 points) reconnaissait l’avance des filles en lecture[7]. Une même tendance se distingue dans les résultats de l’étude de 2003 : les garçons devancent les filles d’une faible marge (11 points) autant en mathématiques qu’en sciences, alors que les filles ont une avance plus marquée (32 points) en lecture[8]. En 2006, il n’y avait pas d’écart entre les sexes sur l’échelle globale des sciences (même si les garçons et les filles ont des rendements différents selon le domaine en sciences). Cependant, l’important écart en lecture persiste[9].
Figure 2 : Moyenne en mathématiques et en sciences pour les Canadiens âgés de 13 ans
Certaines recherches indiquent que les évaluations en lecture ne favorisent pas les garçons, ce qui serait attribuable soit à la façon dont les tests ont été conçus soit à leur mode de notation. Par exemple, les filles ont davantage l’habitude de recourir à des stratégies de lecture, telles qu’un parcours des yeux, la relecture et l’échange d’idées sur les textes, qui sont des aptitudes testées dans le cadre des évaluations à grande échelle, comme le PPCE. Des résultats provenant d’une méta-analyse de 139 études, s’intéressant aux écarts entre les sexes sur la réussite en lecture, montrent que ces écarts, en ce qui concerne la moitié de ces études, pourraient s’expliquer par les différences de conception du test[10]. D’autres écarts entre les garçons et les filles dans les attitudes et les comportements suggèrent que la partialité des tests n’est pas le seul facteur.
Les garçons et les filles montrent un bon nombre de différences en lecture qui dépassent l’écart dans le rendement dans les évaluations à grande échelle. Les filles ont tendance à lire plus que les garçons, sans qu’on le leur demande, pour leur propre plaisir ou par intérêt général. Les filles affirment aimer cette activité davantage que les garçons, et elles sont nombreuses à se considérer comme de bonnes lectrices[11]. Elles déclarent aussi qu’elles lisent plus en dehors des heures de cours que les garçons, en plus d’échanger sur ce qu’elles ont lu et d’accorder plus de temps à leurs devoirs[12], [13], [14]. D’un autre côté, les garçons avouent qu’ils préfèrent écouter la télévision ou des films plutôt que de lire. Les garçons consacrent moins de temps à la lecture que les filles, sont peu motivés à se choisir un livre, ont moins confiance en leurs capacités de lecteurs, ne considèrent pas la lecture comme une activité gratifiante et jugent que leurs compétences en lecture sont plus faibles que celles des filles[15].
En raison de leurs attitudes et de leurs comportements, les filles ont tendance à avoir plus d’expérience en lecture, ce qui peut expliquer leurs rendements supérieurs aux garçons dans des évaluations comme le PPCE. En revanche, les attitudes et les comportements des garçons peuvent freiner le perfectionnement des compétences en lecture.
Les goûts différents des garçons et des filles en matière de lecture sont souvent cités pour expliquer l’écart de rendement en lecture entre les garçons et les filles[16]. Alors que ces dernières aiment généralement lire des histoires de fiction narratives, les garçons, eux, préfèrent principalement une grande diversité de genres aux sujets très variés. Un certain nombre d’études ont révélé que les filles préfèrent la lecture d’horoscopes, de succès de librairie, de livres de fiction populaires, d’histoires d’amour, de classiques ou de romans récents, de pièces de théâtre, de poésie, de paroles de chanson et de livres sur des questions d’actualité. Les garçons, eux, s’intéressent plus aux dessins humoristiques, aux bandes dessinées, aux nouvelles, aux rubriques sportives, à la science-fiction, aux histoires fantastiques et aux livres pratiques (passe-temps ou artisanat) ou destinés à un auditoire spécialisé[17], [18].
Une étude menée récemment aux États-Unis a démontré que ces derniers genres de livres n’étaient présents que dans un tiers des salles de classe, en partie parce que les professeurs et les bibliothécaires ne les considèrent pas comme des livres appropriés dans un cadre scolaire[19]. Plusieurs ont affirmé qu’on ne les trouve pas en classe ou sur les tablettes des bibliothèques parce que les professeurs sont principalement des femmes et que leurs préférences en lecture se reflètent dans la sélection des livres qu’auront à lire les élèves[20].
Les garçons jugent que lire est une activité de fille, ce qui diminue leur motivation[21], [22], [23]. Une étude récemment menée au Canada fait remarquer que 24 % des garçons de deuxième année considèrent que la lecture est une activité féminine[24]. Le fait de voir la lecture comme un « passe-temps pour filles » peut émousser la motivation des garçons, qui voient leur refus de lire comme un geste de solidarité. En contrepartie, pour les filles, leur passion pour la lecture constitue une affiliation sociale[25].
Partout au Canada, le nombre d’enseignants masculins qui travaillent à temps plein a chuté de 41 % en 1989–1990 à 35 % en 1999–2000[26]. Bien qu’on ait suggéré que le manque d’enseignants masculins et le rôle qu’ils jouent à l’égard de l’attitude envers la lecture contribuent à la perception négative des garçons sur cette activité, rien ne prouve qu’augmenter le nombre d’hommes changerait l’opinion de ces jeunes. Ceux-ci, qui considèrent que lire est réservé aux filles, semblent s’être forgé cette opinion avant même d’avoir commencé l’école. Une fois à l’école, le sexe de leur enseignant n’aura apparemment pas d’influence sur le fait qu’ils considèrent la lecture comme une activité féminine[27].
L’attitude typique des garçons envers la lecture les freine à lire autant que les filles, ce qui agit négativement sur leurs résultats en lecture. Pour empêcher ce problème, le fait d’inciter les garçons à la lecture dès leur plus jeune âge est important afin que naisse un enthousiasme pour les livres avant même qu’ils entrent à l’école. Il est d’autant plus important de les mettre en contact avec une multitude de textes avant l’âge de 7 ou de 8 ans pendant qu’ils sont en plein processus d’acquisition de leur identité sexuelle. Les garçons peuvent tirer particulièrement avantage de prendre pour modèle des lecteurs masculins bien que le fait de présenter une variété de modèles de lecteurs aux garçons et aux filles les encourage peut-être à voir la lecture comme une activité appropriée pour les deux sexes[28].
Qu’on soit à la maison ou à l’école, fournir aux garçons le genre de livres qui les intéresse est un moyen essentiel pour les motiver à lire[29]. Des livres sur les sports, les animaux, des récits d’aventures où le héros est masculin ou des ouvrages portant sur des phénomènes naturels peuvent changer leur conception de voir la lecture comme une activité féminine. De plus, être à l’écoute des préférences des garçons en leur donnant accès à une très grande variété de textes les aidera à lire de façon fluide et avec aisance en plus de les encourager à adopter une attitude positive envers la lecture[30].
Quant aux enseignants, ils peuvent aussi diversifier leurs listes de livres recommandés et leurs bibliothèques afin de satisfaire adéquatement autant les garçons que les filles. On peut mettre en valeur les goûts des garçons en matière de lecture en discutant simplement avec eux des livres qu’ils aiment lire. Aussi, trouver le livre parfait qu’un enfant et un parent pourraient lire ensemble peut fortement influer sur la perception des garçons de la lecture.
Guys Read est un outil d’incitation à la lecture à l’intention des garçons et met ceux-ci en contact avec le genre de livres qu’ils aiment, dans le format qu’ils préfèrent. Ce site insiste sur le fait que les ouvrages documentaires intéressants pour les garçons, les textes humoristiques, les bandes dessinées, les romans illustrés, les récits d’aventures, les magazines, les sites Internet et les journaux constituent tous sans exception une lecture convenable. Les usagers peuvent y chercher des titres et obtenir des recommandations de livres qui susciteront l’enthousiasme chez les garçons.
Big Guy Books utilise des photographies en version numérique pour que les garçons restent accrochés à leurs livres, malgré la concurrence des médias visuels, comme les jeux vidéo et la télévision. Big Guy Books associe un texte à des illustrations inspirées du cinéma et est en mesure de s’adapter à plusieurs niveaux scolaires. Les enseignants peuvent consulter le Books for Boys Catalogue, compilé par des professeurs-bibliothécaires pour l’Association of Book Publishers of British Columbia (ABPBC). Ce catalogue répertorie des ouvrages accompagnés d’annotations afin d’indiquer le niveau scolaire approprié, de donner des commentaires ou des conseils au besoin, et de préciser le domaine en se fondant sur le programme du système scolaire de la Colombie-Britannique. Le catalogue est classé par niveau élémentaire, niveau secondaire ou multiniveaux (ouvrages appropriés à tous les niveaux). De plus, la bibliothèque publique de Richmond Hill, comme la bibliothèque municipale d’Edmonton, offre des pages Web renfermant des suggestions pour les garçons.
Le ministère de l’Éducation de l’Ontario a conçu un site Web détaillé, le Boys’ Literacy, qui inclut une série de vidéos, de rapports de recherche et de guides visant à aider des groupes d’enseignants à améliorer leurs stratégies d’enseignement et d’évaluation afin d’augmenter la réussite en littératie chez les garçons.
Par l’intermédiaire de son Library Resource Centre, la division scolaire de Winnipeg fournit un guide élaboré sur les livres, sur les articles de journaux et sur les sites Internet dans le but de motiver les garçons à lire.
Réduire l’écart entre les sexes dans la réussite en lecture n’est pas évident. Toutefois, les parents et les enseignants peuvent appliquer les solutions à la fois à la maison et à l’école dans le but de dissiper les préjugés qu’entretiennent les garçons envers la lecture. Leur faire la lecture dès leur plus jeune âge et leur présenter des modèles de lecteurs masculins peuvent faire une grosse différence dans l’attitude des garçons envers la lecture et ainsi les mettre au même niveau que leurs camarades de classe féminines. Il est important de leur offrir des livres qu’ils auront plaisir à lire. De tels moyens motiveront plusieurs garçons à se choisir un livre, à améliorer leur niveau de littératie et à considérer la lecture comme une activité régulière.
[1] Conseil des ministres de l’Éducation (Canada). PPCE-13 2007 : Rapport de l’évaluation des élèves de 13 ans en lecture, mathématiques et sciences, Toronto, Ontario, 1998.
[2] Conseil des ministres de l’Éducation (Canada). PIRS 1998 : Évaluation en lecture et écriture, Toronto, Ontario, 1998.
[3] Gambell, T., et D. Hunter. « Surveying gender differences in Canadian school literacy », Journal of Curriculum Studies, vol. 32, no 5, 2000, p. 689 à 719.
[4] Organisation de coopération et de développement économiques. Apprendre aujourd’hui, réussir demain : Premiers résultats de PISA 2003, Paris, 2004.
[5] Organisation de coopération et de développement économiques. PISA 2006 : Les compétences scientifiques : un atout pour l’avenir. Volume 1: Analyse, Paris, 2007.
[6] Lauzon, D. Gender Differences in Large Scale, Quantitative Assessments of Mathematics and Science Achievement. Document préparé pour Statistique Canada et l’Institut John Deutsch, WRNET, Conférence sur les questions empiriques en éducation au Canada, Ottawa, 23 et 24 novembre 2001, consulté le 9 décembre 2008.
[7] Marks, G. N. « Accounting for the gender gaps in student performance in reading and mathematics: Evidence from 31 countries », Oxford Review of Education, vol. 34, no 1, 2008, p. 89 à 109.
[8] Statistique Canada. Premiers résultats du Programme international pour le suivi des acquis des élèves de 2003, no 81-004-XIF au catalogue, 2004, consulté le 9 décembre 2008.
[9] Statistique Canada. Caractéristiques et résultats des élèves en sciences : Résultats du Programme international pour le suivi des acquis des élèves de 2006, no 81-004-XIF au catalogue, 2007, consulté le 9 décembre 2008.
[10] Lietz, P. « A meta-analysis of gender differences in reading achievement at the secondary school level », Studies in Educational Evaluation, vol. 32, 2006, p. 317 à 344.
[11] Gambell, T., et D. Hunter. « Surveying gender differences in Canadian school literacy ».
[12] Gambell, T., et D. Hunter. « Surveying gender differences in Canadian school literacy ».
[13] Marks, G. N. «Accounting for the gender gaps in student performance in reading and mathematics: Evidence from 31 countries ».
[14] Deslandes, R., P. Bouchard et J.-C. St-Armand. « Family variables as predictors of school achievement: Sex differences in Quebec adolescents », Canadian Journal of Education, vol. 23, no 4, 1998, p. 390 à 404.
[15] Baker, L., et A. Wigfield. « Dimensions of children’s motivation for reading and their relations to reading activity and reading achievement », Reading Research Quarterly, vol. 34, 1999, p. 452 à 477.
[16] Gambell, T., et D. Hunter. « Surveying gender differences in Canadian school literacy ».
[17] Katz, H., et L. Sokal. « Masculine literacy: one size does not fit all », Reading Manitoba, vol. 24, 2003, p.4 à 8.
[18] Worthy, J., M. Moorman et M. Turner. « What Johnny likes to read is hard to find at school », Reading Research Quarterly, vol. 34, 1999, p. 12 à 27.
[19] Worthy, J., M. Moorman et M.Turner. « What Johnny likes to read is hard to find at school ».
[20] Gambell, T., et D. Hunter. « Surveying gender differences in Canadian school literacy ».
[21] Baron, J. Sexism attitudes towards reading in the adult learner population, ERIC Reproduction, no ED 393092, 1996.
[22] Sokal, L., et coll. « Boys will be “boys”: variability in boys’ experiences in literacy », The Alberta Journal of Education Research, 2005.
[23] Gambell, T., et D. Hunter. « Surveying gender differences in Canadian school literacy ».
[24] Katz, H., et L. Sokal. « Masculine literacy: one size does not fit all ».
[25] Millard, E. « Differently literate: Gender identity and the construction of the developing reader », Gender and Education, vol. 9, no 1, 1997, p. 31 à 49.
[26] Statistique Canada. Indicateurs de l’éducation au Canada, no 81-582-XIF au catalogue, 2003.
[27] Sokal, L. « Answering the question, Which Boys? » a new lens for viewing boys’ literacy scores, Université de Winnipeg.
[28] Sokal, L. « Answering the question, “Which Boys? » a new lens for viewing boys’ literacy scores.
[29] Sokal, L., et coll. « Boys will be “boys”: variability in boys’ experiences in literacy ».
[30] Katz, H., et L. Sokal. « Masculine literacy: one size does not fit all ».