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On ne cesse pas d’apprendre lorsqu’on vieillit, on vieillit lorsqu’on cesse d’apprendre. C’est la devise du Programme du troisième âge à l’Université Simon Fraser depuis des années. L’apprentissage est largement reconnu comme un facteur important qui maintient l’esprit humain actif et agile. Les experts du cerveau croient que l’apprentissage actif contribue à entretenir la santé du cerveau en prévenant la perte des fonctions de celui‑ci ainsi que des habiletés cognitives comme la mémoire, le raisonnement et le jugement.[1]
Un nombre croissant d’adultes plus âgés s’inscrivent à divers types de formation continue au Canada. À l’Université Simon Fraser seule, les inscriptions d’étudiants de plus de 55 ans ont augmenté spectaculairement de 297 en 2000 à plus de 1 100 en 2005. Beaucoup de personnes âgées, dans tout le Canada, s’engagent également dans l’apprentissage actif informel.[2]
La population du Canada vieillit rapidement. Les tendances et projections illustrées dans le graphique ci-dessous indiquent qu’environ 13 % de la population du Canada consiste actuellement en personnes âgées de 65 ans et plus. D’ici 2031, les personnes âgées représenteront 23 à 25 % de la population du Canada. Selon les projections actuelles, les personnes âgées seront plus nombreuses que les enfants d’ici une dizaine d’années.
Au fur et à mesure que la population vieillit, il devient de plus en plus urgent de trouver des moyens de maintenir la qualité de vie dans la vieillesse avancée. Conserver de saines facultés mentales représente un défi crucial à cet égard puisque l’acuité mentale peut commencer à décliner au fur et à mesure du vieillissement, en raison de changements physiologiques intervenant dans le cerveau avec l’âge.
Selon les recherches sur le cerveau, l’âge modifie la structure de cet organe, dont la masse globale diminue modestement chez certaines personnes à partir de 60 ou 70 ans. Le cortex subit également un modeste élagage et la matière blanche du cerveau diminue, ce qui influence la transmission des signaux entre les différentes régions de celui-ci. Les neurotransmetteurs, c’est-à-dire les substances chimiques qui relaient les messages de neurone à neurone dans le cerveau, deviennent moins disponibles avec l’âge, ce qui peut jouer un rôle dans le déclin de la mémoire chez les adultes plus âgés.[3,4]
L’apprentissage actif comporte des avantages qui dépassent la compensation de la perte de fonctions cérébrales due au vieillissement. L’apprentissage actif donne également les moyens de rester activement engagé dans la communauté, de découvrir de nouveaux intérêts, et de suivre l’évolution des générations plus jeunes. Les gens se sentent en meilleure santé, plus heureux, plus respectés et plus indépendants lorsqu’ils s’engagent dans l’apprentissage actif pendant les années de leur vieillesse.[5]
Prolongation de l’appartenance à la population active
Statistique Canada signale qu’un plus grand nombre de personnes âgées travaillent aujourd’hui que dans le passé. En 2001, plus de 300 000 Canadiens âgés de 65 ans ou plus étaient employés. Autrement dit, une personne âgée sur 12 continue à travailler après l’âge de la retraite généralement accepté. Les tendances de la population active depuis 30 ans indiquent que même si les Canadiens âgés de 55 ans et plus ont présenté une probabilité progressivement moins grande d’appartenir à la population active pendant les années 1980 et 1990, ce groupe d’âge a au contraire connu une nette augmentation des taux de participation à la population active depuis quelques années. Le taux de participation chez les 55 ans et plus ont atteint en 2005 un sommet inégalé depuis 30 ans (voir la figure 2).
En outre, même si les taux d’emploi des personnes appartenant à ce groupe d’âge sont restés relativement stables pendant les années 1980 et 1990, ils augmentent depuis quelques années. Le nombre de Canadiens âgés de 55 ans et plus qui sont employés a augmenté très considérablement depuis quelques années (voir la figure 3).
Groupe d’âge
Les employeurs astucieux qui prévoient la possibilité de pénuries prochaines de main-d’œuvre ont commencé à reconnaître qu’ils ont intérêt à embaucher et à conserver des travailleurs plus âgés. Ceux-ci ont tendance à être très fiables et à travailler dur, et sont souvent plus disposés que leurs homologues plus jeunes à travailler selon des horaires irréguliers.[6]
Pendant les années 1990, les données indiquaient qu’un nombre significativement moins élevé de travailleurs âgés de 55 ans et plus que de travailleurs plus jeunes participaient à l’éducation et à la formation des adultes.[7] Les données laissent entendre également que les travailleurs qui approchent de l’âge de la retraite ont tendance à considérer moins important l’apprentissage relié au travail, et cela à part du fait qu’ils reçoivent moins d’appui de leur employeur. Selon les données plus récentes, un nombre croissant de travailleurs plus âgés commencent à entreprendre une formation reliée au travail plus avant dans leur carrière. Ceux qui font ce choix sont en mesure de contribuer davantage au monde du travail grâce à cet apprentissage prolongé.
Intensification du travail bénévole La meilleure façon de se trouver consiste à se perdre dans le service d’autrui. -- Mahatma Gandhi
Les personnes âgées au Canada contribuent notablement à la société par le bénévolat. Statistique Canada rapporte que près de 25 % des personnes âgées de 55 ans et plus font du bénévolat dans le cadre de réseaux officiellement reconnus et d’organisations gouvernementales et non gouvernementales. En outre, près des deux tiers des personnes de ce groupe d’âge font du bénévolat informel. Par exemple, l’Agence de santé publique du Canada déclare que près de 500 000 personnes âgées au Canada dispensent des soins non rémunérés à d’autres personnes âgées, et 400 000 à des enfants.
Tout comme le travail rémunéré, le travail bénévole est enrichi par les expériences d’apprentissage formel ou informel. Pour mieux servir les autres, il est parfois nécessaire de recevoir une formation préalable au bénévolat. Les bénévoles âgés ont parfois besoin d’acquérir de nouvelles habiletés interpersonnelles et professionnelles ainsi que des habiletés de gestion du temps.
L’effectif des personnes âgées dans le secteur de l’éducation a augmenté notablement au Canada depuis deux ou trois décennies. Par exemple, de 1980 à 1991, la participation aux activités éducatives organisées par Creative Retirement Manitoba est passée de 200 à 3 000.[8] Un sondage récent du Réseau canadien pour l’apprentissage au troisième âge révèle que plus de 60 000 adultes plus âgés participent activement aux programmes d’apprentissage à vie. Bon nombre d’établissements d’enseignement répondent aux besoins d’apprentissage de la population croissante de personnes âgées enclines à apprendre. Les cours avec et sans crédits, les séminaires, les ateliers et les tournées d’apprentissage sont offerts dans les collèges, les universités et d’autres établissements d’enseignement partout au Canada.
En outre, les données de l’Enquête sur l’éducation et la formation des adultes (EEFA) montrent qu’un nombre plus important que jamais de travailleurs âgés de 55 à 64 ans reçoivent une formation structurée reliée à l’emploi. Entre 1997 et 2002, les taux de participation chez les adultes plus âgés sont passés de 15 à 23 %, et le temps moyen de formation, de 43 à 88 heures par an.[9]
L’éducation formelle n’est pas la seule approche de l’apprentissage. Beaucoup de personnes âgées se consacrent à des intérêts scolaires et artistiques dans des contextes d’apprentissage informels. « Pratiquement tous les adultes canadiens sont des apprenants actifs et seulement une petite partie de cet apprentissage se fait dans le cadre de cours spécifiques d’éducation et de formation. »[10] Selon des recherches récentes, les adultes plus âgés consacrent un temps considérable à apprendre, surtout dans un cadre informel.[11] En réponse à une enquête menée par l’Université de Colombie–Britannique, 332 participants du troisième âge (âgés de 55 à 91 ans) déclaraient participer à 36 activités d’apprentissage chaque année, y compris lire des livres (48,1 %), regarder la télévision éducative (46,1 %), lire des revues ou des journaux (45,6 %), voyager (42,3 %), participer à des discussions avec leur famille et leurs amis (41,9 %), participer à des activités dans un centre du troisième âge (33,2 %), regarder le journal télévisé (29,0 %), observer la nature et la vie (27,8 %), visiter des bibliothèques (22,4 %) et écouter la radio (20,7 %).[12]
Même si les personnes âgées participent en nombre croissant à l’apprentissage tout au long de la vie, il reste des possibilités d’amélioration. La formation reliée à l’emploi et l’inscription dans les établissements d’enseignement demeurent en grande partie l’apanage des adultes plus jeunes. En outre, les données de l’enquête New Approaches to Lifelong Learning sur l’apprentissage informel au Canada confirment que le temps consacré à l’apprentissage informel diminue à partir du début de l’âge adulte.
« Le vieillissement démographique est l’un des plus grands triomphes de l’humanité. C’est aussi l’un des plus grands défis que nous ayons à relever. » (OMS, Vieillir en restant actif : Cadre d’orientation, 2002). L’apprentissage tout au long de la vie est important pour les personnes qui vieillissent, et pour le Canada dans son ensemble au fur et à mesure que sa population vieillit. Cependant, les personnes âgées doivent surmonter un ensemble spécifique d’obstacles dans leurs tentatives de réaliser des possibilités d’apprentissage :
5,3*
5,2*
6,1*
En raison des caractéristiques uniques de leur groupe d’âge, les personnes âgées ont des besoins spéciaux lorsqu’ils entreprennent des projets d’apprentissage. Les chercheurs et les responsables politiques devront conjuguer leurs efforts avec les personnes âgées, leurs familles et leurs communautés afin d’améliorer l’état de l’apprentissage au troisième âge. Les recherches courantes sur les personnes âgées et l’apprentissage sont relativement limitées. En particulier, il est nécessaire de développer les recherches sur les facteurs qui entravent l’apprentissage chez les adultes plus âgés, ainsi que sur les besoins et capacités d’apprentissage spécifiques que les personnes âgées peuvent avoir. Il est également nécessaire de développer les recherches sur les technologies susceptibles d’améliorer l’apprentissage chez les personnes âgées, comme les technologies d’aides audiovisuelles et les didacticiels.
Les responsables politiques, de concert avec les établissements d’enseignement, peuvent contribuer à accroître la disponibilité des possibilités d’apprentissage pour les personnes âgées. Dans les années 1960 et 1970, des universités canadiennes et américaines ont introduit des politiques d’exonération des frais de scolarité en faveur des adultes plus âgés. Bon nombre d’universités ont adopté de telles politiques dans les deux pays, mais depuis une dizaine d’années, il y a une tendance croissante à supprimer ou à réduire ces programmes.[22] Contrairement aux États-Unis, le Canada n’a adopté aucune loi rendant obligatoires les programmes d’exonération ou de réduction des frais de scolarité. Les responsables politiques peuvent également collaborer avec les employeurs afin de promouvoir les possibilités d’apprentissage reliées au travail pour les travailleurs plus âgés.
Pour les personnes âgées elles–mêmes, c’est en comprenant que l’on est jamais trop vieux pour apprendre qu’elles pourront entreprendre de prolonger leur apprentissage toute leur vie durant. La manière dont les personnes âgées se considèrent elles-mêmes et considèrent leurs capacités et leurs buts a un impact considérable sur la mesure dans laquelle elles sont disposées à pratiquer l’apprentissage tout au long de la vie. Le soutien de la famille et de la communauté peut également améliorer l’apprentissage chez les personnes âgées. Les membres de la famille peuvent offrir un soutien affectif et pratique et les aider à surmonter des obstacles à l’apprentissage, et les communautés peuvent aider les personnes âgées en mettant au point des services spécialisés, comme des programmes d’évaluation gériatrique, et en fournissant des possibilités d’apprentissage accessibles.
Selon le rapport récent de l’OCDE sur le vieillissement, le Canada est mieux préparé que beaucoup d’autres pays de l’OCDE à relever les défis d’une population vieillissante.[23] À la suite de récentes modifications, les régimes de retraite du gouvernement du Canada sont financièrement durables et la situation des Canadiens plus âgés au sein de la population active s’est améliorée. Nous pouvons renforcer davantage notre capacité à relever ces défis en améliorant l’état de l’apprentissage chez les personnes âgées au Canada, par exemple en menant des enquêtes auprès des personnes âgées sur leurs activités d’apprentissage formelles, en soutenant les employeurs, les établissements d’enseignement et les communautés dans leurs efforts en vue de dispenser aux personnes âgées des possibilités d’apprendre, et en soutenant l’apprentissage tout au long de la vie à chaque phase de la vie.
Références
[1] AARP. (2000). AARP Survey on Lifelong Learning. Washington, DC.
[2] Fisher, M. (2003). Informal Learning of Seniors in Canadian Society. NALL Working Paper, Toronto: New Approaches to Lifelong Learning (NALL).
[3] Merzenich, M. (2005). Change minds for the better. The Journal on Active Aging. 22-30.
[4] Dana Alliance for Brain Initiatives. Staying Sharp: Learning Throughout Life.
[5] Fisher, Informal Learning.
[6] Lamdin, L, & Fugate, M. (1997). Elderlearning: New frontier in an aging society. Phoenix, Ariz: American Council on Education & Oryx Press.
[7] Apprentissage et réussite. Statistique Canada et Développement des ressources humaines Canada (2001), Un rapport sur l’éducation et la formation des adultes, Statistique Canada n° catalogue 81-586-XIF.
[8] Conseil consultatif national sur le troisième âge: Vignettes sur le vieillissement.
[9] Peters, V. (2004). Travail et formation : Premiers résultats de l’Enquête sur l’éducation et la formation des adultes de 2003. Statistique Canada n° catalogue 81-595-MIF.
[10] Livingstone, D. W. (2000). Exploring the icebergs of adult learning: Findings of the first Canadian Survey of informal learning practices. NALL Working Paper # 10, Toronto: New Approaches to Lifelong Learning (NALL).
[11] Lamdin, Elderlearning.
[12] Clough, B. (1992). Broadening perspective on learning activities in later life. Educational Gerontology, 18, 447-495
[13] Apprentissage et réussite. Statistique Canada et Développement des ressources humaines Canada (DRHC) Statistique Canada n° catalogue 81-586-XIF.
[14]RHDCC (1997). Faits saillants du deuxième rapport de l’Enquête internationale sur l’alphabétisation des adultes : Littératie et Société du savoir.
[15] Statistique Canada et Développement des ressources humaines Canada. Miser sur nos compétences : résultats canadiens de l’Enquête internationale sur l’alphabétisation et les compétences des adultes. Statistique Canada n° catalogue 89-617-XIF
[16] Apprentissage et réussite. Statistique Canada et DRHC, Statistique Canada n° catalogue 81-586-XIF.
[17] Statistique Canada. Extraits de l’Annuaire du Canada 1999.
[18] Wagner, J. (Oct 2001). Patient education: Teaching older adults. Advances for Nurses, 13-15.
[19] Merzenich, M. (2005). Change minds for the better. The Journal on Active Aging. 22-30.
[20] Dana Alliance for Brain Initiatives. Staying Sharp: Learning Throughout Life.
[21] Conseil consultatif national sur le troisième âge. Écrits en gérontologie. Les aînés et la technologie.
[22] Gordon, T. (2003). Tuition-waiver policies for older learners in university courses: Past practices, current developments and future prospects. The Canadian Journal of Higher Education. 33(2), 57-80.
[23] OECD. Vieillissement et politiques de l’emploi - Canada.