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octobre 2007
Dans cet article, nous étudions la réaction des parents face aux réformes actuelles en éducation visant à les faire participer davantage à l’apprentissage de leurs enfants. Bien que les partenariats entre la maison et l’école se manifestent de bien des façons, les devoirs demeurent le moyen par lequel les parents peuvent s’impliquer directement dans l’éducation de leur enfant. Les devoirs constituent une pratique acceptée dans les écoles et bénéficient de l’appui de la plupart des parents. Avec le temps, ils sont toutefois devenus un sujet de désaccord. Les personnes s’y opposant soutiennent que les devoirs ne permettent pas d’améliorer le rendement ou les compétences en matière d’études. Ils font également obstacle à l’objectif d’améliorer les relations entre les parents et l’école en introduisant du stress dans la famille. De plus, l’efficacité de la participation parentale dépend des ressources matérielles et culturelles qui ne sont pas réparties de manière égale au sein des différents groupes sociaux. L’« environnement d’apprentissage à la maison » de chaque enfant varie selon l’origine ethnique, le sexe et le statut socio-économique. Il varie également en fonction du contexte familial : familles monoparentales, gardes partagées, contraintes d’emploi pour la mère, langue parlée à la maison.
Rapport en entier (PDF en anglais, 566 KB)
Nous avons pris en considération deux tâches particulières au cours de cette étude, à savoir : 1) le renforcement de l’autonomie de l’enfant; et 2) la gestion du stress associé aux devoirs. Le contrôle qu’exercent les parents sur le comportement et la psychologie de l’enfant affecte le développement de son autonomie. Le contrôle du comportement est généralement bénéfique, mais seulement lorsqu’il se fait en harmonie avec la capacité de l’enfant à assumer la responsabilité pour ses propres études. D’autre part, les demandes des parents qui exigent davantage d’efforts et de meilleurs résultats académiques, souvent exprimées sous la forme de « reproches » ou de «pressions », sont perçues comme une forme de contrôle psychologique ayant des effets néfastes
sur le développement de l’autonomie des enfants. Pour ce qui est des devoirs, la pression provient des croyances des parents en ce qui a trait à l’habileté cognitive de l’enfant et à sa volonté ou son refus de réaliser son plein potentiel intellectuel par le biais de l’étude. Au cours de leur cheminement de l’école primaire à l’école secondaire, les élèves deviennent en majorité plus aptes à gérer leurs processus d’études. Toutefois, le développement des compétences d’autorégulation prend du temps; apprendre à commencer et à terminer des devoirs peut mener à des désaccords ou des conflits entre les parents et leurs enfants. La manière dont les parents gèrent le stress lors de ces situations est importante pour la mise en place de bonnes habitudes d’étude.
En s’attardant à l’enjeu du renforcement de l’autonomie et de la gestion du stress dans l’environnement d’apprentissage à la maison, nous avons analysé des données sur les parents d’enfants et d’adolescents (âgés de 9 à 16 ans) tirées d’une enquête menée en 2002 par Statistique Canada auprès de 4 786 familles (Enquête sur les approches en matière de planification des études). Notre analyse des croyances des parents concernant l’habileté et les efforts en relation avec les résultats scolaires des enfants suggère que plusieurs parents font des demandes déraisonnables et exigent des efforts disproportionnés pour les enfants qui ont déjà d’excellents résultats scolaires. Cette conclusion est en accord avec les récents rapports sur le stress vécu par les adolescents en rapport avec les demandes des enseignants et des parents qui exigent de meilleurs résultats scolaires. Nos conclusions semblent également appuyer la position des personnes qui critiquent les devoirs déclarant que ces derniers contribuent au stress au sein des familles. Bien qu’il y ait des variations entre les groupes de parents en fonction du niveau de scolarité, du statut d’immigration, du sexe (de l’enfant) et des limites en ce qui concerne le « temps familial » disponible, le niveau de stress lié aux devoirs, vécu par les différents groupes de parents, est sensiblement le même. Dans plusieurs familles, le stress lié aux devoirs est atténué par la réussite scolaire de l’enfant. De plus, les parents réagissent à la maturité grandissante de leurs enfants. Les niveaux de stress les plus élevés ont été observés dans les familles d’enfants âgés entre 9 et 12 ans qui se préparent à la transition vers l’école intermédiaire ou l’école secondaire de premier cycle. Le stress des devoirs diminuent en intensité par la suite, mais il demeure néanmoins un problème significatif dans plusieurs familles tout au long de l’adolescence de 13 à 16 ans.
Bien que l’étude indique que le renforcement de l’autonomie et la gestion du stress lié aux devoirs sont des problèmes dans l’« environnement d’apprentissage à la maison », elle suggère également que les familles varient grandement quant à leur capacité à faire face aux demandes des écoles. Les enseignants et les écoles ne sont peut-être pas en mesure d’accommoder toutes ces différences, mais il est possible de remodeler le « débat entourant les devoirs » et de commencer à travailler vers un partenariat plus productif avec les parents. Les discussions concernant les devoirs se sont développées autour de points de vue extrêmes. Leurs défenseurs recommandent une augmentation drastique dans la quantité de devoirs et soulignent, à l’appui de leur position, les résultats de tests internationaux. Les critiques demandent l’abolition complète des devoirs en citant le manque d’études appuyant cette démarche, l’absence d’avantages académiques, et ils soulignent les difficultés sociales et émotives vécues par les familles. Une troisième perspective soutient que les écoles devraient libérer les parents de la responsabilité des devoirs et qu’elles devraient mettre en place des salons d’études à l’école qui feraient partie de la routine quotidienne. Il existe une autre possibilité. Un ensemble de publications pratiques, élaborées sur le terrain, propose des changements en salle de classe qui modifieraient les tâches à effectuées à la maison pour en élargir la portée au-delà d’une simple activité individuelle. L’un des problèmes avec les politiques actuelles en matière de devoirs n’est pas que le devoir est une activité marginale et répétitive, mais qu’il restreint ou qu’il ignore trop souvent les intérêts individuels des enfants. Plusieurs livres et articles ont recommandé la pédagogie par projet comme un moyen de cohésion entre l’apprentissage à la maison et à l’école. Elle permet d’élargir et d’étendre l’apprentissage expérientiel de l’enfant. Impliquer la famille de l’enfant ainsi que les autres membres de sa communauté dans des activités d’apprentissage qui ne sont ni prescrites ni répétitives aurait le potentiel de motiver et de libérer la pensée de l’enfant. Cela pourrait également contribuer à réduire le stress associé aux devoirs quotidiens pour plusieurs familles.