Accueil > Rapports > Enseignement postsecondaire > L'EP de 2008-2009
Prudents, les conseillers financiers ont coutume de dire que le rendement des investissements passés n’est pas un gage de réussite future. Cette maxime s’applique tout à fait à l’enseignement postsecondaire (EP) canadien.
Pendant plusieurs générations, nous avons pu compter sur d’excellents établissements postsecondaires et des professeurs à la hauteur tout en affichant un des taux de scolarisation postsecondaire les plus élevés de la planète. Cela, pourtant, ne garantit nullement la réussite future du Canada sur ce plan dans un monde où le nombre de gens qui accèdent à l’EP progresse de manière fulgurante.
Les sociétés prospères d’aujourd’hui s’emploient avec cohérence à mettre en place les conditions nécessaires à l’accomplissement de leurs desseins. Elles ne se reposent pas sur leurs lauriers et ne font pas l’erreur de voir dans leurs succès passés un gage de leur réussite future. C’est d’ailleurs ce que laissait entendre Kevin Lynch, greffier du Conseil privé, en écrivant dans le titre d’un article paru en 2006 dans Options politiques, où il faisait valoir l’importance de l’éducation et de la formation, que la « réussite du Canada n’a rien de prédestiné et ne peut être tenue pour acquise ».
Pour rester l’un des chefs de file en matière d’EP, notre pays doit impérativement se doter d’une orientation canadienne fondée sur de solides systèmes d’information susceptibles d’influer sur les processus décisionnels. Dans son rapport annuel sur l’EP, dont Les attentes sont-elles comblées? constitue la troisième édition, le Conseil canadien sur l’apprentissage (CCA) analyse en profondeur l’état de l’EP au Canada, s’interrogeant en particulier sur la capacité de l’enseignement postsecondaire à répondre aux objectifs nationaux sur les plans social et économique, aussi bien actuels que futurs.
Ces rapports n’ont nullement pour but d’établir un classement des établissements ou des comparaisons entre provinces. Ils ne visent pas non plus à pointer du doigt telle ou telle faiblesse ou lacune, pas plus qu’à en rejeter la responsabilité sur quiconque. Ces rapports visent plutôt à estimer le rendement et les progrès du secteur de l’EP au fil du temps ainsi qu’à dégager les points forts de celui-ci, mais aussi ses points faibles. Ils s’emploient également à comparer à celui des autres pays le rendement du Canada au chapitre de l’EP. En résumé, les rapports annuels du CCA sur l’EP visent à mettre en lumière tout ce que celui-ci apporte au pays et à cerner les problèmes qui méritent qu’on s’y attaque.
Que nous apprend le rapport 2008–2009 du CCA à propos de l’enseignement postsecondaire et de sa capacité de répondre aux objectifs sociaux et économiques du Canada?
En apparence, le rapport 2008–2009 dresse un constat plutôt positif. La proportion de la population en âge de travailler (25 à 64 ans) dotée d’un diplôme d’études postsecondaires dépasse les 60 % et atteint même 66 % chez les jeunes de 25 à 34 ans, ce qui place le Canada bien au-delà de la moyenne des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Autre aspect encourageant : selon une étude, plus de huit jeunes Canadiens sur 10 ont l’intention d’effectuer des études postsecondaires.
Si l’on creuse un peu, par contre, on se rend compte que les avantages liés à l’éducation profitent de manière inégale à la population canadienne. On constate également qu’il n’existe aucune stratégie à long terme visant à répondre aux besoins des personnes et du pays en matière d’éducation.
L’enseignement postsecondaire au Canada : Les attentes sont-elles comblées? révèle de nombreux éléments préoccupants au chapitre de l’EP. Par exemple, les parents ont des attentes peu réalistes concernant le financement des études postsecondaires de leurs enfants, si on compare leurs attentes à la réalité à laquelle sont confrontés les étudiants des collèges et universités. On ne sait également pas grand-chose sur ce qui motive le choix des étudiants pour un programme d’EP ou d’un sujet d’études en particulier, bien que ce soit une décision qui influe directement sur les ensembles de compétences disponibles sur le marché du travail. D’ailleurs, au cours des deux dernières décennies au Canada, les inscriptions à l’université ont augmenté à trois fois le taux d’accroissement du corps professoral à temps plein de l’université. Bien que nous ayons le plus haut taux de scolarité de tous les pays membres de l’OCDE (chez la population en âge de travailler), le Canada se classait 20e sur 30 pays pour sa proportion de diplômés en sciences et en génie en 2006. En plus, le Canada ne dispose pas d’une approche au contrôle de la qualité exhaustive pour assurer que les générations futures bénéficient des normes d’éducation élevées instaurées actuellement dans les programmes universitaires, collégiaux et les formations d’apprentis. Nous ne devons pas laisser le contexte économique actuel masquer le fait qu’il existe des pénuries de main-d’oeuvre qualifiée dans nombre de professions, de métiers et de secteurs, pénuries qui devraient d’ailleurs perdurer si l’on se fie aux projections démographiques.
En 2008, l’OCDE a publié un rapport choc consacré à l’éducation supérieure au service de la société du savoir intitulé Tertiary Education of the Knowledge Society, qui s’appuie sur une analyse approfondie de l’état de l’EP dans 24 pays. Dans le résumé de ce rapport publié par l’OCDE, on peut lire ce qui suit : « Les pays devraient en tout premier lieu forger une vision cohérente et exhaustive de l’avenir de l’enseignement supérieur afin d’orienter l’élaboration de politiques (...) en harmonie avec les objectifs nationaux dans le domaine social et économique. »
Or, à la lumière des constats de ce rapport, pouvons-nous affirmer que le Canada respecte cette priorité de premier plan?
Une vision cohérente ne saurait reposer sur des concepts abstraits. Elle exige au contraire la création et la diffusion d’un solide ensemble de données destinées à guider les processus décisionnels. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le rapport 2007 du CCA plaidait en faveur d’une stratégie de données pancanadienne pour l’EP. Ce rapport précisait en outre les types de données nécessaires aux apprenants pour leur permettre de prendre les meilleures décisions possible en matière d’orientation professionnelle et pour leur vie en général. Il soulignait de plus à quel point l’existence de données probantes sur l’éducation supérieure et la formation pourrait être utile aux employeurs, aux travailleurs, aux établissements, aux gouvernements, aux éducateurs et aux parents. Pour s’en convaincre, il suffit de songer au dilemme auquel se heurtent les parents qui tentent d’aider leur adolescent à faire le tri des perspectives d’études et de carrière qui s’offrent à lui parmi un ensemble de faits et de chiffres apparemment contradictoires.
L’existence de données pertinentes et cohérentes est particulièrement essentielle en temps de crise économique. Nous ne pouvons nous offrir le luxe de laisser des gens sans emploi et des postes non pourvus en raison d’un manque de transparence dans l’information et l’analyse. Les investissements dans l’« infrastructure humaine », donc à bâtir le savoir, sont porteurs d’effets encore plus importants et durables que ceux en matière d’infrastructures routières, de construction ou d’équipement.
Les pays membres de l’Union européenne, par exemple, se sont dotés d’un ensemble d’objectifs précis au chapitre de l’éducation et de la formation. Chaque année, des rapports font état des progrès de chaque pays membre en ce domaine, ainsi que de ceux de l’Union européenne dans son ensemble. Ces rapports permettent à chaque État de s’inspirer des réussites des autres et de s’attaquer à ses propres lacunes. Malgré le caractère multinational de l’Union européenne, ses pays membres ont su convenir d’une approche concertée et convergente en ce qui a trait à l’évaluation et à la planification de l’EP.
Qu’en est-il du Canada? Sait-il mettre à profit les bases solides dont il dispose pour répondre à ses besoins futurs sur les plans de la formation et de l’EP?
Si comme les États membres de l’Union européenne, notre pays réussissait à convenir d’indicateurs, d’objectifs ou de repères communs en matière d’EP, cela constituerait un premier pas vers la collecte et la diffusion des données dont les Canadiens ont besoin pour atteindre les objectifs suivants :
C’est un fait : le Canada est doté s’un secteur de l’EP à la fois solide et respecté comprenant notamment collèges communautaires, universités et programmes de formation par l’apprentissage. Les Canadiens sont, en outre, fortement conscients de l’importance de l’éducation. Pourtant, cela ne saurait suffire à assurer au Canada sa place sur la scène internationale ou encore à répondre aux besoins futurs des apprenants et de l’industrie. Tout comme une meilleure information et une planification cohérente sont essentielles à la réussite personnelle et à celle des entreprises, partout au pays, elles le sont également à l’EP.
Les périodes de tensions économiques renforcent la nécessité d’investir énergie et ressources dans l’infrastructure humaine, dans les moyens d’évaluer les progrès accomplis au chapitre de l’EP et dans la prise de décisions conjointe pour ce qui est des priorités qui s’imposent. L’EP est d’une importance fondamentale pour la société canadienne. Il en va du secteur de l’éducation comme du secteur financier : ce n’est qu’en faisant preuve de la diligence requise que le Canada pourra espérer voir ses investissements dans l’EP conduire demain aux mêmes réussites que par le passé.
Haut de page