Récits d’EP

Explorer ses choix de carrière

Les professionnels sont de plus en plus nombreux à considérer les collèges canadiens comme des avenues intéressantes

Montréal (Québec) – Quelques jours après avoir obtenu son baccalauréat de l’Université Western Ontario, en 1993, Debbie Trenholm décroche un emploi au sein de Corel, l’un des plus grands fabricants de logiciels au Canada. À l’époque, l’entreprise d’Ottawa, qui produit des logiciels graphiques avant-gardistes, salués dans le monde entier, par exemple CorelDRAW, est une figure de proue dans le monde de la haute technologie; ses ventes génèrent des millions de dollars annuellement, et elle possède des clients dans le monde entier.

Vive d’esprit et motivée, Mme Trenholm gravit rapidement les échelons et devient directrice des ventes et du marketing pour Corel au Royaume-Uni, poste qui l’amène à sillonner l’Europe. Dans le cadre de ses fonctions, elle invite des clients dans divers restaurants quatre étoiles, et elle est chaque fois ébahie par la diversité – pour ne pas mentionner le prix – des vins figurant sur la carte.

« Je commandais le vin maison, parce que ça me paraissait le choix le plus prudent, se rappelle-t-elle. Mais je ne pouvais m’empêcher de me demander ce que pouvaient bien goûter les autres vins proposés. »

Intriguée par le monde des vins et sa variété, Mme Trenhom, de retour au pays, s’inscrit à un cours du soir en sommellerie dans un collège près de chez elle. Elle se rend bien vite compte qu’elle vient de découvrir une nouvelle passion. Quelques années plus tard, c’est l’éclatement de la bulle technologique, et l’empire Corel commence à s’effriter. Mme Trenholm décide alors de réorienter complètement sa carrière.

« C’était le moment d’exploiter mes possibilités », dit-elle. Sa principale question est alors la suivante : Vers quoi se tourner?

Selon le rapport 2008-2009 du Conseil canadien sur l’apprentissage (CCA) concernant l’état de l’enseignement postsecondaire au Canada, Mme Trenholm est loin d’être la seule à avoir fait ce cheminement. Près des deux tiers des Canadiens âgés de 25 à 34 ans qui s’inscrivent à un collège, à une université ou à une formation d’apprenti le font dans le but de se trouver un travail ou de changer de travail. En outre, plus de 40 % des travailleurs appartenant à la tranche d’âge supérieure (45 à 54 ans) suivent une formation postsecondaire pour les mêmes raisons.

La réorientation en milieu de carrière est de plus en plus courante. Pendant leur vie, les Canadiens entrent sur le marché du travail et en sortent en moyenne 17 fois, pour changer d’emploi, prendre une pause afin d’élever leurs enfants, voyager ou poursuivre leurs études. Les cols blancs, comme Mme Trenholm, sont de plus en plus nombreux à choisir les collèges communautaires pour acquérir une formation en commerce ou dans le domaine des services.

« Nous avons enregistré une véritable hausse du nombre de diplômés universitaires qui s’inscrivent ensuite à un programme de formation pratique, constate Terry Anne Boyles, vice-présidente, Services aux membres et politiques publiques, à l’Association des collèges communautaires du Canada (ACCC). Cette voie permet d’obtenir rapidement un certificat ou un diplôme et d’entrer sans délai sur le marché du travail. »

La même tendance est observée au Centre Pearson de formation générale adulte et professionnelle, à LaSalle, juste au sud de Montréal. Depuis cinq ans, le nombre d’inscriptions atteint la capacité maximale de cette école, qui offre notamment des programmes de cuisine professionnelle, de boucherie de détail et de pâtisserie. Richard Oliver, directeur de l’école, attribue cet engouement au fait que les gens se rendent compte que les métiers – ou cours de perfectionnement des compétences – constituent des avenues favorables à la réussite.

« Nous avons des listes d’attente dans tous nos programmes alimentaires – qui ne débouchent pourtant pas sur des salaires faramineux. » Il s’agit plutôt, dit-il, d’un reflet de la culture, qui a fait de la cuisine professionnelle « un truc branché ». Entre 10 et 15 % des 900 élèves du Centre Pearson sont des professionnels en milieu de carrière qui souhaitent désespérément changer leur mode de vie. « Certains ont connu un épisode d’épuisement professionnel; d’autres ont l’impression que la vie leur file sous le nez », explique M. Oliver.

Les programmes du Centre Pearson s’adressent aux personnes qui cherchent à acquérir rapidement une formation. La durée de la plupart des programmes est de un à deux ans, et près de 90 % des diplômés trouvent un travail dans leur nouveau domaine un mois ou moins après la fin de leurs études.

Un changement de carrière, qu’il soit effectué par choix ou par obligation, peut constituer une expérience libératrice, affirme Terry Anne Boyles, de l’ACCC. « Certaines personnes sont enchantées d’être mises à pied, fait-elle remarquer. Cela les force à prendre une pause, et elles en sortent souvent revigorées. » La réorientation professionnelle peut également être un processus stressant, surtout quand vous aviez un bon emploi. C’est pourquoi Mme Trenholm s’est tournée vers Alan Kearns, qui offre des services d’accompagnement professionnel.

Ancien chasseur de têtes dans l’industrie de la haute technologie, M. Kearns a lancé Careerjoy.com il y a six ans; cette entreprise propose des ateliers et des services-conseils dans trois villes canadiennes. La plupart de ses clients ont un emploi, mais ils n’en sont pas satisfaits. « Mon client typique ne sait pas réellement ce qu’il veut faire dans la vie, affirme M. Kearns. Mon objectif est de l’amener à explorer un vaste éventail de possibilités. »

Mme Trenholm s’adresse à M. Kearns en 2002, après être retournée une fois de plus sur les bancs d’école pour obtenir un MBA pour cadres de l’Université Queen’s. « Il m’a aidée à comprendre que je devais ouvrir ma propre voie professionnelle », dit-elle. Ensemble, ils se concentrent sur ce que Mme Trenholm considère comme sa force : le marketing des commerces de produits locaux.

En 2003, combinant sa passion pour le vin et son talent naturel en marketing, elle démarre The Savvy Grapes, entreprise visant à rendre les vins canadiens accessibles aux consommateurs. La jeune entreprise (maintenant connue sous le nom de Savvy Company) détache une équipe de sommeliers et de chefs auprès de clients qui cherchent à organiser des repas de fête ou des événements. Elle organise également des dégustations de vins à l’intention des œnophiles débutants et a un club du vin du mois qui recommande à ses abonnés « des petits trésors bien cachés ». Le Ottawa Business Journal a fait figurer Mme Trenholm sur sa liste des « Top Forty Under 40 », c’est-à-dire les 40 entrepreneurs de moins de 40 ans les plus prometteurs, et la Chambre de commerce d’Ottawa lui a décerné le prix des services professionnels deux années de suite.

La réorientation professionnelle à mi-carrière, comme celle entreprise par Mme Trenholm, n’est plus chose rare. Selon Mme Boyles, jusqu’à 25 % des étudiants inscrits à certains collèges communautaires détiennent déjà un diplôme universitaire et retournent à l’école pour suivre une formation pratique.

« La variété des programmes offerts par les collèges est plus grande que jamais », note-t-elle. Ce qui signifie qu’un nombre croissant de gens « transforment ce qui était un passe‑temps en carrière ».



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The Canadian Council on Learning’s third annual report on the state of PSE in Canada offers a much-needed perspective for informed public discussion about the future of PSE in this country and how the sector can best help Canadians to find success. Le troisième rapport annuel du Conseil canadien sur l’apprentissage sur l’état de l’EP au Canada constitue un précieux outil pour orienter le débat public sur l’avenir de ce secteur au pays et sur la manière dont il peut aider les Canadiens à réussir leur vie.