Récits d’EP

Tout cela rhyme à quoi?

Il est de plus en plus urgent que le Canada évalue le rendement de son secteur de l’enseignement postsecondaire et en fasse état.

Ottawa (Ontario) – Claude Balthazard parcourt une pile de curriculum vitæ de diplômés d’une multitude de collèges techniques en quête d’un emploi; le nom de certains des établissements cités lui est connu, tandis que d’autres sont relativement nouveaux dans le milieu de l’enseignement postsecondaire (EP), qui évolue rapidement.

M. Balthazard s’interroge pendant qu’il feuillette les documents. Quel candidat se révélera le plus travailleur? Lequel possède les meilleures aptitudes et compétences? Lequel saura le mieux innover ou prendre à cœur la formation en milieu de travail?

M. Balthazard l’admet : « L’exercice est loin d’être simple. » En tant que responsable de l’excellence des ressources humaines à la Human Resources Professionals Association de Toronto, il doit prendre en compte toute une série de facteurs avant la moindre embauche. La qualité de l’enseignement reçu constitue systématiquement l’un des plus importants.

Pendant des décennies, les universités et les collèges au Canada ont joui d’une réputation enviable dans le monde entier. Cependant, le secteur de l’EP a connu une croissance remarquable au cours des cinq dernières années, ce qui rend de plus en plus difficiles les comparaisons entre les établissements.

Les apprenants peuvent, dans ce nouveau paysage, effectuer des recherches en ligne et recueillir l’opinion d’amis et d’enseignants. Les employeurs, quant à eux, sont contraints de se fier à leur propre expérience et à ce qu’ils savent ou croient savoir de la réputation de chaque établissement.

« Bien sûr, chaque employeur connaît les établissements de sa propre province ou du moins de sa propre ville, explique M. Balthazard, mais souvent il ignore tout des établissements situés à l’extérieur de ce périmètre. »

Conséquence : aux yeux des employeurs, les universités, les collèges et les programmes de commerce à la réputation bien ancrée sont nettement avantagés par rapport aux établissements plus récents, qui doivent encore se faire un nom. Il en résulte, selon Balthazard, que certains employeurs se méfient des établissements privés de création récente.

« Que ce soit ou non une bonne chose, ils accordent plus de valeur aux diplômes décernés par les établissements qu’ils connaissent qu’à ceux octroyés par les établissements dont ils n’ont jamais entendu parler. »

Nombre de collèges privés sont victimes de ce doute parce que les employeurs en savent généralement peu sur ce secteur en expansion. Selon Balthazard, les employeurs en arrivent toujours à la question suivante : « La formation reçue [par les candidats] est-elle valable? »

Un choix sans cesse plus vaste

Depuis 20 ans, le secteur canadien de l’enseignement postsecondaire (EP) s’est considérablement modifié; une vaste gamme d’avenues s’y est ajoutée, des collèges communautaires conférant des diplômes aux universités distribuant ces derniers, en passant par les universités en ligne et les écoles polytechniques alliant formation théorique et apprentissage pratique. En outre, les établissements privés se sont multipliés, qu’il s’agisse d’écoles de commerce, de collèges professionnels ou d’universités à part entière.

« Personne ne met en doute la valeur d’un diplôme de l’Université McGill », souligne Paul Cappon, président-directeur général du Conseil canadien sur l’apprentissage (CCA), qui vient de publier son plus récent rapport sur l’état de l’enseignement postsecondaire au Canada. « En revanche, si vous êtes un employeur de l’Île-du-Prince-Édouard à la recherche de candidats possédant une formation en journalisme, par exemple, comment évaluerez-vous les compétences d’une personne diplômée d’une école privée au Manitoba dont vous n’avez jamais entendu parler? »

Le choix de plus en plus vaste offert aux apprenants peut être un bienfait pour eux. Par exemple, quiconque vit en Alberta peut désormais profiter d’une formation à distance ou d’un apprentissage virtuel, tandis que les personnes vivant en milieu rural au Canada peuvent entreprendre des études postsecondaires dans un collège communautaire situé à proximité, puis les poursuivre dans une ville plus importante.

La multiplication des établissements postsecondaires soulève un certain nombre de questions. Dans la mesure où l’EP peut être considéré comme un produit, quelles garanties sont offertes à la clientèle – étudiants, parents et futurs employeurs compris? Le diplôme décerné par un établissement donné est‑il une assurance que son programme, son enseignement et ses installations répondent à des normes de qualité précises? Et, dans l’affirmative, comment ces normes se comparent‑elles à celles des autres établissements canadiens et étrangers?

C’est pourquoi la question de la reddition de comptes allant nécessairement de pair avec un cadre d’assurance de la qualité est cruciale, particulièrement pour les étudiants qui peuvent être appelés à investir des dizaines de milliers de dollars dans leurs études.

L’assurance de la qualité est tout aussi importante pour les employeurs. Si, en règle générale, ceux‑ci sont prêts à offrir une certaine formation en milieu de travail, ils s’attendent en retour à ce que chaque diplômé, au terme de sa formation postsecondaire, possède un ensemble précis de compétences et de connaissances et soit déterminé et apte à apprendre.

Selon M. Balthazard, l’instauration d’un classement concurrentiel des établissements canadiens selon le degré de qualité du programme ou de l’établissement, n’est pas la solution.

Par contre, celle d’une série de normes minimales est à ses yeux, essentielle pour rassurer les employeurs sur la valeur des diplômes, des certificats ou des crédits accordés par les établissements canadiens ou étrangers.

Le Canada dans son ensemble est confronté à un défi en matière de qualité de l’éducation supérieure. En effet, selon les projections démographiques actuelles, le départ en retraite graduel des baby‑boomers devrait conduire le pays vers une pénurie de travailleurs suffisamment instruits et compétents pour répondre à ses besoins socioéconomiques.

Le Canada n’a plus vraiment de quoi s’enorgueillir du niveau d’éducation de sa population : d’autres pays le talonnent de près. Les chiffres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en attestent : le nombre d’inscrits dans les universités et les collèges du monde entier a littéralement explosé de 1991 à 2004, passant de 68 à 132 millions.

D’après certains experts, si le Canada veut rester concurrentiel, il doit absolument se montrer à la hauteur de sa réputation : celle d’un pays capable de former des diplômés postsecondaires de grande qualité, qu’ils soient issus d’établissements publics ou privés, et ce, pour de nombreuses années à venir. Pour y parvenir, le Canada doit se doter d’un cadre d’assurance de la qualité cohérent et complet. Ce cadre doit reposer sur des normes de qualité clairement définies, et comporter des procédures d’évaluation des établissements ou des programmes en fonction de ces normes au fil du temps.

Selon les tenants de cette stratégie, un tel cadre améliorerait la reddition de comptes de la part des établissements postsecondaires, tant à l’intention de leur clientèle qu’à celle des organismes qui les financent, et contribuerait à garantir que les diplômés qui sortent de ces établissements sont capables de répondre aux défis socioéconomiques qui guettent le Canada.

Certaines mesures visant la mise en place d’un cadre d’assurance de la qualité se profilent déjà, au Canada comme à l’étranger.

L’Europe, par exemple, s’est dotée du processus de Bologne pour rassembler, d’ici 2010, 46 pays au sein de l’Espace européen de l’enseignement supérieur. Le processus de Bologne poursuit toute une série d’objectifs, dont l’uniformisation des normes et des compétences ainsi que la simplification de la reconnaissance des crédits entre États.

L’Australie s’emploie également à se doter d’un cadre apte à garantir la qualité de son système d’éducation supérieure.

Au Canada enfin, le Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur, mis sur pied il y a trois ans, travaille à la création d’un cadre d’assurance de la qualité pour les universités et les collèges de la province.

Données manquantes

L’assurance de la qualité de l’enseignement postsecondaire doit d’abord passer par la collecte de données de référence relatives aux normes qui le régissent, à ses retombées et à son rendement. Les données en question doivent pouvoir être évaluées, contrôlées, étudiées, analysées et comparées par les acteurs canadiens et étrangers.

Comme le souligne le rapport du CCA, le chemin à parcourir sera à la fois long et ardu :

  • La collecte des données nécessaires pour cerner l’état de l’assurance de la qualité au pays est une entreprise complexe qui exige la participation du gouvernement fédéral, des 13 provinces et territoires ainsi que des établissements postsecondaires, qu’ils soient publics ou privés.
  • La notion de qualité englobe en prime de nombreux aspects dont la satisfaction et la participation des étudiants, le développement des aptitudes cognitives ainsi que les pratiques exemplaires en matière d’enseignement et de recherche.

Pourtant, les experts insistent : il est urgent pour le Canada de relever ce défi. Il y a urgence pour la clientèle, c’est-à-dire pour les 8 jeunes adultes sur 10 qui investissent actuellement dans leurs études postsecondaires, et pour le pays tout entier, qui consacre 34 milliards de dollars par année à l’éducation supérieure.

« Depuis toujours, partout dans le monde, le Canada a la réputation de former d’excellents étudiants, des diplômés hautement compétents issus d’un solide système d’enseignement postsecondaire, rappelle Paul Cappon. Mais que peut faire le Canada pour rester à la hauteur de sa réputation? Comment assurer le maintien des normes éducatives actuelles? Qui veille sur l’avenir des générations futures? »




Haut de page Top / Haut

The Canadian Council on Learning’s third annual report on the state of PSE in Canada offers a much-needed perspective for informed public discussion about the future of PSE in this country and how the sector can best help Canadians to find success. Le troisième rapport annuel du Conseil canadien sur l’apprentissage sur l’état de l’EP au Canada constitue un précieux outil pour orienter le débat public sur l’avenir de ce secteur au pays et sur la manière dont il peut aider les Canadiens à réussir leur vie.