Accueil > Rapports > État de l'apprentissage virtuel
Ressources
« Ce sont les tout premiers diplômés de Saugeen », se réjouit Darrin Potter, 43 ans, le directeur des élèves, qui a parcouru les 450 kilomètres qui séparent son domicile de la collectivité pour célébrer l’événement. « Tout Saugeen est en liesse. »
Les quatre jeunes diplômés ont fréquenté la Keewaytinook Internet High School (KiHS), une école secondaire virtuelle qui forme un nombre croissant d’élèves des Premières nations répartis dans une douzaine de collectivités éloignées du Nord de l’Ontario.
Le rapport de 2009 du CCA intitulé État de l’apprentissage virtuel au Canada relate les succès qui couronnent l’action de la KiHS et d’autres initiatives d’apprentissage virtuel destinées aux élèves autochtones. Le rapport examine l’état actuel de l’apprentissage virtuel au Canada et ailleurs dans le monde.
Les taux de décrochage scolaire sont nettement plus élevés parmi les jeunes Autochtones que dans le reste de la population. « Le principal défi consiste à faire comprendre aux élèves autochtones l’importance de poursuivre leurs études [après la fin du primaire] », explique M. Potter, lui-même d’ascendance micmaque, qui dirige la KiHS depuis huit ans.
La plupart des collectivités des Premières nations n’abritent pas d’école secondaire. Les élèves doivent déménager loin de la maison ou encore parcourir de longues distances, chose impossible dans beaucoup de collectivités situées en région éloignée. Or, quitter la maison constitue un défi redoutable pour des jeunes de 13 ou 14 ans, en particulier s’ils ont peu de modèles de réussite scolaire dans leur famille et disposent de ressources financières limitées. Au milieu d’une société bien différente de la leur, sans le soutien de leur famille et de leurs amis et, parfois, sans une étroite supervision de la famille d’accueil, ces élèves finissent souvent par décrocher.
« Les jeunes vivent un véritable choc culturel, explique M. Potter. Beaucoup de nos élèves sont venus nous trouver après avoir vécu de mauvaises expériences. »
L’apprentissage virtuel, surtout sous la forme d’écoles secondaires accessibles par Internet, commence à s’imposer comme une solution à ce problème. Lors de la création de la KiHS en 2000, le taux d’obtention du diplôme dans les 12 collectivités des Premières nations qui participent au projet était d’à peine 15 %. Selon M. Potter, il a augmenté de façon constante pour atteindre 55 %, et près de 70 % des élèves qui s’inscrivent à un cours le terminent.
« L’un des principes fondateurs de l’école est de permettre aux élèves de poursuivre leur éducation au sein de leur collectivité, dit M. Potter. Nous avons pour mission de leur offrir une formation de qualité. »
Les élèves qui fréquentent la KiHS assistent quotidiennement à leurs cours dans des salles de classe communautaires, avec l’appui d’un mentor spécialement formé. Des cours en ligne, des vidéoconférences, des débats en ligne avec d’autres élèves, des questionnaires et des assemblées ponctuent régulièrement les journées d’école à la KiHS.
« Nos élèves ont également l’occasion d’acquérir des compétences en informatique, ajoute M. Potter. Ils deviennent de véritables experts. »
M. Potter souligne également que la culture autochtone n’a pas été oubliée durant la transition vers le cyberapprentissage. À Bearskin Lake, par exemple, des aînés enseignent le perlage aux élèves après les cours, et à Sachigo Lake, des aînés apprennent aux jeunes à fumer le poisson et manœuvrer un canot.
À Fort William, les élèves peuvent rester après l’école pour apprendre à fabriquer une cabernotte traditionnelle. L’an dernier, un groupe d’aînés a apporté un cerf que ceux-ci venaient tout juste d’abattre à la chasse et a enseigné aux élèves comment dépecer l’animal et découper la viande. Les aînés ont ensuite préparé un festin traditionnel pour les élèves.
« Je n’ai jamais fait ça, petit, constate M. Potter. En offrant aux élèves la possibilité de s’instruire au sein de leur collectivité, nous leur permettons d’avoir des liens avec les aînés et de tisser un réseau social. »
D’autres collectivités des Premières nations participent à la création d’écoles virtuelles :
Dans le cadre du programme combiné, les élèves sont appelés à suivre en temps réel des cours présentés par des enseignants. Grâce à des technologies d’apprentissage virtuel comme WebCT et Elluminate Live, les élèves participent à des tutoriels interactifs et à des discussions de groupe. Ils peuvent recourir aux services d’un mentor sur place, généralement un élève appartenant à la communauté locale, formé pour offrir des services de soutien électronique, régler certains problèmes d’ordre technique, aider les élèves à faire leurs travaux correctement, et pour agir à titre d’agents de liaison et d’encadrement communautaire.
Comme le souligne le rapport du CCA, le Conference Board du Canada (2005) estime que, « compte tenu des réalités financières actuelles, la Sunchild E-Learning Community offre, à coût raisonnable, un service éducatif unique axé sur les besoins des apprenants issus des Premières nations qui permet d’obtenir des résultats positifs en matière d’éducation ». Grâce à ce programme, les taux d’obtention du diplôme d’études secondaires sur les réserves a bondi de 20 à 80 %. Selon le Conference Board du Canada, le succès du programme repose « sur les ressources d’apprentissage virtuel qui permettent aux élèves, où qu’ils soient, d’accéder à des enseignants et à des programmes de formation grâce aux technologies de collaboration ».
Des études montrent que la qualité de l’enseignement est un facteur déterminant des résultats des élèves. Comme l’apprentissage virtuel à distance permet aux élèves de profiter d’enseignants très qualifiés, M. Potter estime que les écoles virtuelles ont « l’immense potentiel de régler les problèmes d’accès à l’éducation des communautés des Premières nations ».
Haut de page