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Onion Lake (Saskatchewan) – Bien que son territoire s’étende de part et d’autre de la frontière entre la Saskatchewan et l’Alberta, la nation des Cris d’Onion Lake n’a qu’une seule et même approche en ce qui a trait à l’éducation des jeunes.
Depuis que les Premières nations se sont vu confier la responsabilité de leur système éducatif, en 1981, les chefs de bande, des parents, des enseignants et des aînés se sont employés à mettre au point des solutions novatrices destinées à renforcer la littératie, l’assiduité scolaire et la confiance des élèves en eux mêmes.
Au cours des 22 années qui ont suivi, le Conseil scolaire d’Onion Lake a mis sur pied trois écoles : l’école primaire Pewasenakwan (de la maternelle à la 3e année), l’école élémentaire Chief Taylor (de la 4e à la 7e année) et l’école secondaire Eagleview (de la 8e à la 12e année). Chacun de ces établissements se démarque par une série d’atouts, parmi lesquels la présence d’aînés au sein du personnel ou encore l’offre de cours en langue crie.
Premier article Évaluer ce qui compte vraiment
Deuxième article Étude de cas de l’école d’immersion crie Kihew Waciston
Troisième article Établir un partenariat avec les parents et les communautés en matière d’éducation
Puis, en 2003, le Conseil scolaire a mis sur pied l’école d’immersion crie Kihew Waciston, la toute première en Saskatchewan (et l’une des rares au Canada) à proposer une immersion en langue crie de la prématernelle à la 9e année.
Tout en arpentant les couloirs de cet établissement d’avant garde, le directeur de l’enseignement d’Onion Lake, Terry Clarke, insiste sur le fait que la mission de l’école ne se borne pas à promouvoir le bilinguisme. Elle consiste également à renforcer l’estime de soi et à insuffler aux élèves une réelle fierté, le tout en les immergeant dans la culture et dans la langue cries. « L’immersion proposée n’est pas que linguistique », précise M. Clarke.
Le Conseil canadien sur l’apprentissage (CCA) semble souscrire cette approche. En effet, le tout nouveau rapport publié par l’organisme, L’état de l’apprentissage chez les Autochtones au Canada : Une approche holistique de l’évaluation de la réussite, souligne combien la maîtrise des langues ancestrales influe sur la perception de l’apprentissage par les Autochtones qui y voient un processus étalé tout au long de la vie, nullement limité aux quatre murs d’une classe. Le rapport du CCA souligne également que les langues ancestrales constituent une source de savoir fondamentale pour les apprenants des Premières nations, dans la mesure où elles favorisent la transmission intergénérationnelle du savoir et des valeurs.
Le rapport du CCA fait par ailleurs état d’études qui montrent que l’identité culturelle et la maîtrise des langues ancestrales contribuent au renforcement de la réussite scolaire chez les jeunes Inuits. Il indique également que les communautés des Premières nations au sein desquelles prévaut une maîtrise supérieure des langues ancestrales affichent un taux de suicide moyen d’à peine 13 pour 100 000 personnes, sensiblement inférieur à celui de 97 pour 100 000 qui frappe les communautés dotées d’une moindre maîtrise de ces langues.
Les enseignants de l’école d’immersion crie Kihew Waciston tentent d’inculquer la culture et la langue ancestrales à leurs élèves par divers moyens, notamment par des cérémonies, par des activités culturelles et par un apprentissage fondé sur l’expérience. Le chef de l’élaboration du programme d’études, Brian MacDonald, est convaincu que pour apprendre, rien ne vaut l’expérience.
« Nous n’avons pas appris notre langue sur les bancs de l’école, souligne t il en faisant allusion au parcours de sa génération. Pour enseigner la sécurité aquatique aux enfants, on les conduit à l’étang. »
Une journée type à l’école d’immersion crie débute par une assemblée ponctuée de la traditionnelle cérémonie des herbes sacrées, destinée à purifier l’esprit de chacun et à l’ouvrir au Créateur. Les élèves ne sont pas assis en rang sur des chaises, mais en cercle à même le sol – une façon traditionnelle de symboliser l’appartenance au groupe.
Le directeur de l’école, Sandy Chocan, pénètre alors dans le cercle et livre le message du jour. Axé, par exemple, sur le respect ou la reconnaissance, ce message reflète les valeurs morales et éthiques enseignées par les aînés.
À la fois conseiller culturel et aîné résident, Leonard Fox appelle ensuite les élèves à prier, avant de mettre fin à l’assemblée en leur demandant de se serrer la main en se disant « Miyo kisikanisi » (« Bonne journée »).
Une fois en classe, les élèves s’attaquent au programme d’études. Taillé sur mesure, celui ci s’inscrit dans le cadre du projet d’immersion linguistique Gift of Language, qui répond à l’ensemble des objectifs fixés par le gouvernement provincial tout en allant plus loin.
« Notre programme repose avant tout sur le savoir autochtone, explique M. Clarke. Ce n’est pas un simple copié collé du programme imposé par le gouvernement de la Saskatchewan. »
Le déploiement du projet Gift of Language par la Nation des Cris d’Onion Lake s’inscrit dans le cadre d’une initiative linguistique et culturelle conjointe, menée aux côtés de la Bande indienne de Lac La Ronge, du Prince Albert Grand Council et de la Nation des Cris de Peter Ballantyne. Il vise à offrir à d’autres éducateurs autochtones les ressources dont ils ont besoin pour enseigner leur langue ancestrale en s’appuyant sur l’immersion. La coordonnatrice du projet, Irene Carter, affirme recevoir chaque jour des demandes visant ces ressources et les outils associés.
Le programme d’études associé au projet devrait être publié sur le site Web du ministère de l’Apprentissage de la Saskatchewan. L’on espère que le fait de le rendre aisément accessible à l’ensemble des écoles de la province contribuera à inverser une tendance inquiétante : celle du lent déclin de nombreuses langues autochtones au Canada.
Il faut en effet savoir que, selon le rapport du CCA, à peine plus du quart des jeunes des Premières nations de moins de 15 ans vivant dans une réserve, soit 27 % d’entre eux, emploient leur langue ancestrale à la maison. Ce pourcentage a beau être plus de deux fois supérieur à celui observé chez l’ensemble des jeunes Autochtones (12 %), il n’en illustre pas moins le recul constant de l’emploi des langues autochtones dans les réserves et hors de celles ci depuis 60 ans.
Selon M. Clarke, la solution au problème passe sans conteste par l’immersion, sans qu’il faille pour autant s’attendre à des résultats immédiats. Il faut, au contraire, laisser le programme d’immersion suivre son cours le temps d’une année entière : ce n’est qu’alors qu’on pourra en constater pleinement les avantages pour la communauté. Pour sa part, Irene Carter estime qu’il faudra « une vie entière » pour redresser la situation. Celle ci ayant mis des générations à se détériorer, elle en mettra, selon elle, tout autant à se rétablir.
Bien que le projet Gift of Langage regroupe de multiples partenaires, l’essentiel de son financement provient d’Affaires indiennes et du Nord Canada. Or, l’arrêt de la contribution financière fédérale au projet est prévu pour le printemps prochain, ce qui risque de conduire à la mort définitive de certaines langues des Premières nations.
Cela dit, que le projet Gift of Language survive ou non, la Nation des Cris d’Onion Lake n’a nullement l’intention de renoncer à son programme d’immersion. « L’enjeu est bien trop important pour que nous baissions les bras, affirme M. Clarke. Nous nous employons à redonner aux jeunes un sentiment d’identité, par la culture et par la langue. Et ce sentiment d’identité est essentiel à leur réussite. »
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