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Apprentissage chez les Autochtones : Témoins

Troisième article : Établir un partenariat avec les parents et les communautés en matière d’éducation

Kuujjuaq, Nunavik—En inuktitut, arsaniq signifie aurore boréale, le nom que porte la seule école de Kangiqsujuaq, une communauté éloignée du Nord québécois. Nul autre nom ne saurait mieux convenir à cette école devenue un symbole d’espoir pour ceux qui cherchent à redresser un système d’éducation en difficulté.

Située à une dizaine de kilomètres des rives sud du détroit d’Hudson et à quelque 2 000 kilomètres au nord de Montréal, l’école Arsaniq offre un enseignement primaire et secondaire à plus de 200 élèves. Cela peut sembler impressionnant pour une petite communauté de 450 habitants, jusqu’à ce que l’on examine les taux d’obtention de diplôme : en 2008–2009, seulement quatre élèves ont obtenu un diplôme, et ils sont encore moins à poursuivre des études postsecondaires chaque année.

Kangiqsujuaq n’est pas la seule communauté aux prises avec ce problème. Selon le nouveau rapport du Conseil canadien sur l’apprentissage (CCA), 60 % des jeunes adultes inuits, âgés de 20 à 24 ans, ne terminent pas leur secondaire (contre 13 % chez les jeunes adultes non autochtones) et 4 % seulement des adultes inuits, de 25 à 64 ans, terminent un programme universitaire, contre 23 % des adultes non autochtones.

Le rapport État de l’apprentissage chez les Autochtones au Canada : Une approche holistique de l’évaluation de la réussite donne l’aperçu le plus global publié jusqu’ici sur l’apprentissage chez les Autochtones, dont un portrait de l’apprentissage tout au long de la vie qui dépasse le cadre de la salle de classe et englobe l’apprentissage se déroulant à la maison, dans la communauté, en milieu de travail et sur le terrain.

De cette approche globale est issu le projet de recherche prometteur en cours de réalisation à Kangiqsujuaq. Dirigé par une équipe de chercheurs dont fait partie Donald Taylor de l’Université McGill, ce projet unique tire parti de la force de la communauté pour aider à contrer le taux de décrochage.

Plutôt que de se contenter de changer le comportement de chaque élève, Donald Taylor et son équipe sont sortis du cadre de la salle de classe et ont demandé aux 450 résidents du petit village nordique de participer ni plus ni moins à un exercice de transformation de la communauté.

Financée en partie par le CCA, l’équipe (réunissant des enseignants de la communauté, des chercheurs de l’Université McGill et des membres de la Commission scolaire Kativik) a envoyé un sondage sur des questions d’éducation à chaque habitant de Kangiqsujuaq. Elle a posé des questions du style « Croyez-vous qu’il est important de recevoir une formation? » et « Pensez-vous que les enfants doivent aller à l’école tous les jours? ».

Près de 90 % de la population a répondu au sondage, ce qui a permis d’amorcer des discussions sur l’avenir de l’éducation dans toute la communauté.

Au cours des prochains mois, l’équipe organisera une série de débats publics pour discuter des résultats en détail. Donald Taylor estime que lorsque les citoyens connaîtront les résultats, qui sont largement positifs concernant l’importance de l’éducation, la communauté se mobilisera pour mettre en branle de vrais changements.

Œuvrant dans le Nord canadien chez les Inuits depuis de nombreuses années, M. Taylor considère que cette initiative constitue une approche nouvelle d’un problème connu et ancré dans le passé.

Comme beaucoup de villages inuits, Kangiqsujuaq, à l’origine un poste de traite, s’est transformé en village permanent dans lequel les Inuits ont été persuadés, et dans certains cas forcés, de s’installer afin que leurs enfants reçoivent la formation scolaire offerte par le système d’enseignement officiel. En 1975, lorsque les Inuits ont négocié le règlement des revendications des Autochtones de la Baie James et du Nord québécois, les résidents de Kangiqsujuaq ont pris en main l’éducation de leurs enfants et créé une commission scolaire régionale.

Selon Donald Taylor, la Commission scolaire Kativik a su répondre aux attentes, en offrant notamment un programme éducatif propre aux Inuits qui inclut une immersion en inuktitut de la maternelle à la 3e année. Toutefois, il est convaincu que la source du défi réside dans un système qui reflète davantage une approche occidentale.

Selon lui, étant donné cette situation et la rancœur persistante de nombreux adultes à l’égard des pensionnats, on ne peut s’attendre à ce qu’ils aient un tant soit peu confiance dans un système d’enseignement officiel.

Mais une solution aussi simple peut-elle vraiment aider à surmonter les obstacles à l’éducation chez les Inuits? L’enseignante Annie Tertiluk en est convaincue.

Résidente de la communauté, elle a enseigné à tous les niveaux depuis 25 ans et, selon elle, les gens parlent déjà de ce qui se passe dans leur village et cherchent des moyens de provoquer un changement.

« Les attitudes évoluent, explique-t-elle. Aujourd’hui, on a entendu à la radio FM (la tribune téléphonique locale ayant la cote) des gens disant qu’il fallait qu’un plus grand nombre de personnes participent à l’orientation de l’école. »

Cette réaction dans la population reflète le rôle de premier plan que la communauté joue auprès des apprenants inuits.

En effet, selon le rapport du CCA, en 2006, près de 98 % des Inuits âgés de plus de 15 ans ont déclaré qu’ils avaient reçu une forme de soutien d’une personne de la communauté, une augmentation considérable comparativement aux 84 % enregistrés cinq ans plus tôt. Et cette participation de la communauté s’étend bien au-delà du détroit d’Hudson.

Encouragés par les résultats obtenus à Kangiqsujuaq, Donald Taylor et son équipe ont déjà lancé des projets pilotes semblables dans trois autres régions inuits du Canada : le Nunavut, le Nunatsiavut (Labrador) et l’Inuvialuit (Territoires du Nord-Ouest). Cofinancés par les gouvernements territoriaux et provinciaux, le ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada et le CCA, les chercheurs ont bon espoir que leur approche unique permettra d’apporter des changements concrets dans les années à venir.

« Nous devons arrêter de survoler les maux liés à l’éducation dans les régions nordiques, déclare Donald Taylor, et introduire plutôt de véritables changements au sein des communautés. »

 

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