State of Learning in Canada

État de l'apprentissage au Canada :
Pas le temps de s'illusionner

Chapitre 5 : Apprentissage chez les Autochtones

Ressources associées au rapport

Les Premières nations, les Inuits et les Métis au Canada doivent affronter des défis particuliers en matière d’apprentissage à chaque étape de leur vie. Ils considèrent l’apprentissage tout au long de la vie comme un moyen de développement intégral de la personne, comprenant les aspects culturels, intellectuels, affectifs et physiques de l’être. Néanmoins, dans la mesure où les résultats d’apprentissage des Autochtones sont évalués, les données montrent que nous ne tenons pas assez compte de facteurs importants. Par exemple, les taux d’achèvement des études secondaires et universitaires sont des statistiques utiles, mais ne dévoilent rien sur les milieux non structurés et les moyens traditionnels par lesquels les peuples autochtones apprennent ou sur la transmission des connaissances par les langues ancestrales.

Dans son premier rapport sur l’État de l’apprentissage au Canada, le Conseil canadien sur l’apprentissage a tenté d’étendre l’angle de vue sur l’apprentissage chez les Autochtones. Plus particulièrement, nous voulions élargir les mesures courantes valides et pratiques utilisées pour évaluer la réussite scolaire et examiner l’apprentissage tout au long de la vie dans la perspective plus holistique adoptée par les peuples autochtones.

Nous avons découvert que, même devant une gamme étendue d’obstacles et de défis, les apprenants autochtones semblent accomplir des progrès. Toutefois, nous relevons aussi un besoin criant de redéfinir les critères utilisés pour mesurer la réussite de l’apprentissage des Premières nations, des Inuits et des Métis.

Le Canada compte près d’un million d’Autochtones, ce qui représente 3 % de la population. De ce nombre, 62 % sont des Premières nations, 30 %, des Métis et 5 %, des Inuits. La population autochtone est jeune; six personnes sur 10 ont moins de 29 ans. D’ici 2017, la population autochtone devrait compter plus de 1,4 million de personnes, soit 4 % de la population canadienne.

Langues et cultures autochtones – Tandis que la langue maternelle de 21 % des Autochtones était une langue ancestrale en 2001, la proportion avait diminué par rapport à celle de 26 % relevée cinq ans plus tôt. Parmi les enfants, seuls 16 % parlaient une langue autochtone en 2001, ce qui représente une baisse de sept points de pourcentage par rapport à 1996. Les Inuits du Nunavut sont les plus susceptibles de conserver leur langue; 99 % des aînés et 81 % des jeunes parlent l’inuktitut couramment ou relativement bien.

Les Autochtones appuient l’accès de leurs enfants aux programmes bilingues et d’immersion, lesquels sont semblables à ceux offerts aux populations francophones et anglophones. Cependant, mis à part quelques exemples régionaux, le nombre total de programmes bilingues et d’immersion dont les apprenants autochtones peuvent se prévaloir dans tout le pays demeure inconnu. Par exemple, des cours de langues et de cultures traditionnelles sont offerts dans la moitié des écoles administrées par les collectivités des Premières nations en Colombie-Britannique, même si seulement 15 % des écoles réussissent à les intégrer dans la plupart des programmes d’études. Cependant, aucune de ces écoles n’offre un programme d’immersion complet.

Développement et apprentissage de la petite enfance– Comme les taux de chômage et de monoparentalité sont relativement plus élevés chez les peuples autochtones, la pauvreté y touche plus de quatre enfants sur 10. En outre, bien des jeunes grandissent dans des conditions de mauvaise santé et de logement inadéquat, ce qui peut nuire à leur développement initial et à leur capacité d’apprentissage. Par exemple, les enfants autochtones affichent des taux plus élevés de blessures, de handicaps et de problèmes respiratoires que ceux de la population canadienne en général.

L’accès des enfants autochtones aux programmes d’appui au développement de la petite enfance s’est amélioré ces dernières années. En 2001, par exemple, la proportion d’enfants autochtones âgés de six ans et vivant hors réserve qui ont participé à un programme préscolaire conçu spécialement pour les enfants autochtones est passée de 4 à 16 % en seulement huit ans. Néanmoins, environ 90 % des enfants autochtones n’avaient pas accès à des programmes pour la petite enfance adaptés expressément à leurs besoins.

Apprentissage en milieu scolaire – En 2001, 57 % des Autochtones de 20 à 24 ans avaient obtenu au moins un diplôme d’études secondaires, ce qui représente une augmentation constante depuis 1981, où cette proportion n’était que de 38 %. Néanmoins, le pourcentage de jeunes adultes autochtones qui n’avaient pas obtenu de diplôme d’études secondaires était plus de 2,5 fois supérieur à celui de Canadiens non autochtones.

Par le passé, de nombreux élèves inuits et des Premières nations vivant dans une réserve abandonnaient leurs études parce qu’ils devaient aller dans des écoles secondaires provinciales et territoriales lointaines, laissant derrière eux famille et communauté. Toutefois, l’accès à des écoles secondaires locales s’est récemment amélioré au Nunavut, et les élèves inuits quittent désormais l’école secondaire pour d’autres motifs, notamment pour entrer sur le marché du travail, fournir de l’aide au foyer ou s’occuper d’un enfant.

Formation collégiale ou professionnelle – En 2001, 40 % des Indiens inscrits fréquentaient un établissement d’enseignement postsecondaire ou avaient terminé des études postsecondaires, contre 23 % en 1986; pour les autres Autochtones, la proportion était de 45 % en 2001, contre 36 % 15 ans plus tôt.

Pour la plupart des Autochtones, l’enseignement postsecondaire s’entend de la fréquentation d’un collège ou d’un établissement de formation professionnelle. Le nombre d’adultes autochtones qui terminent des études collégiales ou une formation professionnelle est semblable à celui des Canadiens non autochtones. Les adultes métis ont un taux d’achèvement de formation collégiale ou professionnelle légèrement plus élevé que celui de la population non autochtone. Cependant, seuls 8 % des Autochtones de 25 à 34 ans avaient réussi des études universitaires en 2001, comparativement à 28 % des Canadiens non autochtones.

Aucune donnée exhaustive n’existe à l’échelle pancanadienne sur les taux de littératie des Autochtones. Toutefois, des travaux de recherche ont révélé que plus de 60 % des adultes autochtones vivant dans les villes du Manitoba et de la Saskatchewan affichent des taux de littératie en français et en anglais considérés comme insuffisants pour réussir dans l’économie d’aujourd’hui. La même situation se retrouve chez 69 % des adultes autochtones des Territoires du Nord-Ouest, plus de 50 % de ceux du Yukon et 88 % des Inuits du Nunavut. La proportion comparable pour les adultes actifs du Canada était de 42 %.

Éducation communautaire – Les Autochtones ont un plus grand contrôle de leur éducation. Par exemple, le nombre d’écoles primaires et secondaires administrées par des collectivités des Premières nations est passé d’une seule école dans une réserve en 1969 à 507 en 2004. Des 121 000 élèves des Premières nations qui vivaient dans une réserve en 2004–2005, 62 % fréquentaient une école administrée par les Premières nations, 36 % allaient à une école provinciale, et moins de 2 % étaient inscrits dans une des sept écoles encore gérées par le gouvernement fédéral.

Il faut réussir à mieux comprendre l’incidence de la gestion de leur apprentissage par les Autochtones sur le succès des apprenants autochtones et le bien-être global des communautés autochtones. Les Métis, qui sont dispersés dans des collectivités et des villes un peu partout au Canada, ont eu très peu d’influence sur l’enseignement donné à leurs enfants. Les Inuits partagent ordinairement la prise de décisions en matière d’éducation avec les gouvernements territoriaux, bien qu’ils administrent la Commission scolaire Kativik, dans le nord du Québec, depuis 1975.

Que faire?

Les données existantes indiquent un certain progrès, notamment en ce qui concerne les résultats d’apprentissage chez les Autochtones, surtout au cours des 20 dernières années. Toutefois, un écart considérable persiste entre les Autochtones et les non Autochtones, particulièrement à l’égard de l’achèvement d’études universitaires.

Toutefois, les indicateurs de l’éducation actuellement utilisés le plus fréquemment par les gouvernements et les chercheurs, y compris le nombre d’années de scolarité et le rendement obtenu à des tests standardisés, ne tiennent que partiellement compte des objectifs et des valeurs des Autochtones en matière d’apprentissage tout au long de la vie.

C’est pourquoi le Conseil canadien sur l’apprentissage collaborera avec les peuples autochtones et son Centre du savoir sur l’apprentissage chez les Autochtones pour définir et promouvoir un ensemble pancanadien d’indicateurs qui captent mieux la vision plus holistique de l’apprentissage chez les Autochtones.

L’objectif à court terme sera de redéfinir la façon de mesurer la réussite des Premières nations, des Métis et des Inuits et l’objectif à long terme sera de découvrir les conditions d’apprentissage qui favorisent la réussite économique et sociale dans les collectivités autochtones.

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