State of Learning in Canada

État de l'apprentissage au Canada :
Pas le temps de s'illusionner

Ressources associées au rapport

Chapitre 6
Le point sur la littératie : Les défis pour le Canada

Il faut un niveau élevé de littératie pour pouvoir profiter de l’éventail complet des possibilités qui s’offrent dans une économie du savoir concurrentielle axée sur la technologie. La littératie est aussi nécessaire pour profiter de la meilleure santé et qualité de vie possibles.

En dépit de sa richesse et de son secteur d’éducation bien conçu, le Canada présente un taux de littératie chez les adultes beaucoup moins impressionnant qu’on imaginerait. Deux grandes enquêtes internationales sur la littératie—l’Enquête internationale sur l’alphabétisation des adultes (EIAA) en 1994 et L’Enquête internationale sur l’alphabétisation et les compétences des adultes (EIACA) en 2003—révèlent que plus de quatre adultes canadiens âgés de 16 à 65 ans sur 10 ont un niveau de littératie inférieur à la norme internationale considérée nécessaire pour fonctionner pleinement dans le monde moderne.

Le CCA reconnaît l’importance fondamentale de la littératie et en a fait l’un de ses grands thèmes transdisciplinaires, incorporé au mandat de chacun de ses cinq centres du savoir. Le point sur la littératie donne pour la première fois une vue d’ensemble sur le profil de la littératie au Canada.

Les défis en matière de littératie au Canada ne peuvent être confiés à une seule instance ou à un seul secteur. La littératie est plutôt une responsabilité partagée. Notre seul espoir de l’améliorer dans tous les domaines, et de préserver ainsi la prospérité du Canada, repose sur un effort concerté et collectif.

Ce bilan de la littératie, présenté dans ce premier rapport annuel sur l’État de l’apprentissage au Canada du CCA, utilise une foule d’indicateurs pour donner un aperçu de l’envergure des défis du Canada dans ce domaine. Il traite de l’importance de la littératie pour le bien-être individuel et collectif et examine certaines solutions adoptées à l’étranger. Le rapport recommande des réformes des politiques publiques canadiennes et une approche de coopération en vue de faire face à cet important défi. C’est très simple  : ce n’est pas le temps de s’illusionner par rapport à une question si urgente.

La signification de la littératie au Canada

De nos jours, la littératie va au-delà de la capacité de lire et d’écrire. Pour réussir sur les plans économique et social, un adulte doit avoir la capacité d’analyser l’information, de comprendre des concepts abstraits et d’acquérir de nombreuses autres compétences complexes.

Les compétences élevées en littératie sont cruciales à une économie et une société en santé. Même de petits changements dans les compétences fondamentales d’une population peuvent avoir une incidence profonde sur l’économie d’un pays. Une hausse de 1  % dans les niveaux de littératie peut se traduire par une augmentation de 1,5  % du PIB par habitant ainsi qu’une amélioration de 2,5  % de la productivité de la main-d’oeuvre. Fait important, au cours des 10 dernières années, la productivité accrue de la main-d’oeuvre fut le plus important moteur de la croissance économique dans la plupart des pays industrialisés.

Un niveau élevé de littératie est également important en raison de son incidence sur les possibilités d’emploi, le revenu, la santé et la participation d’un particulier dans la société; tous des facteurs importants de la qualité de vie. Elle a un grand pouvoir égalisateur à cet égard. Il est bien connu que la littératie améliore l’efficacité de nos marchés de consommation, particulièrement en ce qui a trait à l’éducation et à la santé. Par exemple, il est beaucoup moins coûteux de fournir une éducation et des soins de santé à une population qui possède un niveau de littératie élevé.

La proportion de Canadiens présentant un haut niveau de littératie a légèrement diminué entre 1994 et 2003, tendance inquiétante dans le contexte d’une économie du savoir qui dépend de ses travailleurs hautement spécialisés.

Une importante proportion d’immigrants canadiens possède un niveau insuffisant de littératie et de numératie et, comparativement aux autres pays, le Canada compte une faible proportion d’adultes qui suivent un apprentissage formel. Et, bien que le niveau moyen de compétence des jeunes du Canada est parmi les plus élevés du monde, ces jeunes ne sont pas assez nombreux pour augmenter la proportion globale d’adultes ayant un niveau de compétence élevé.

Jusqu’à récemment, les économistes et les décideurs ne disposaient pas de connaissances et de moyens suffisants pour bien diagnostiquer les problèmes de littératie au Canada et les étudier. Bien que notre base de connaissances se soit élargie, d’importantes difficultés demeurent au chapitre de la disponibilité, de la collecte et de l’analyse de données vitales.

Niveau de compétences en littératie des 16 à 65 ans au Canada, 2003

L’envergure des défis du Canada en matière de littératie

Le CCA a transposé le défi du Canada en matière de littératie dans le contexte de ses cinq domaines fonctionnels, soit l’apprentissage chez les Autochtones, l’apprentissage chez les jeunes enfants, l’apprentissage chez les adultes, l’apprentissage et le milieu de travail, et la santé et l’apprentissage. Pour les quatre premiers, le CCA a cerné un problème de littératie déterminant. Toutefois, en matière de santé et d’apprentissage, les incidences sont trop vastes pour limiter le débat à un seul aspect.

Littératie chez les Autochtones – Il est généralement reconnu que l’adoption et l’expansion d’une langue comme l’anglais ou le français dans les communautés et les écoles autochtones aident à créer des emplois et à générer des investissements. Par contre, il est également reconnu que ces bénéfices se font au détriment de la culture. L’utilisation d’une langue à la maison détermine en grande partie la possibilité de survie de cette langue. Or, au recensement de 2001, environ quatre Autochtones sur cinq ont dit ne parler qu’anglais ou français chez eux, et seulement un sur 20 a déclaré n’y parler qu’une langue autochtone.

Il en ressort, bien entendu, que si la littératie est particulièrement favorisée en anglais et en français chez les Autochtones, cela risque d’amoindrir la vitalité de certaines langues autochtones si l’accès à la littératie en langue autochtone n’est pas maintenu.

Littératie chez les jeunes enfants – Le milieu familial des enfants, notamment la mesure dans laquelle les adultes qui les élèvent préconisent l’acquisition de compétences en littératie et l’adoption d’habitudes favorisant la lecture, l’écriture et le calcul, constitue la clé de l’alphabétisation des jeunes enfants. Des données montrent que l’acquisition du enfant à l’autre. Cet écart est en partie attribuable au sexe (les filles commencent généralement à parler plus tôt que les garçons), mais surtout aux différences sur le plan de la socialisation.

Littératie chez les adultes – L’EIAA et l’EIACA confirment toutes deux que l’apprentissage tout au long de la vie est la clé du maintien d’un niveau élevé de littératie chez les adultes. L’éducation formelle, même si on lui fournit toutes les ressources voulues et qu’elle est de la plus grande qualité, ne détermine pas le niveau de littératie d’une personne pour la vie. En fait, une personne peut perdre les compétences acquises en classe si elle ne les utilise pas suffisamment. En contrepartie, un adulte peut améliorer et maintenir ses compétences par la pratique, même s’il n’a reçu qu’une éducation formelle minimale.

Cette réalité est clairement représentée par les constatations d’une monographie établissant une comparaison entre les résultats du Canada et ceux de la Suède en littératie. La Suède se classe première sur l’échelle de l’EIAA, tandis que le Canada se situe au milieu du groupe. Cet écart s’explique notamment par le fait que les adultes suédois sont proportionnellement beaucoup plus nombreux (62  %) à participer à des activités d’apprentissage tout au long de la vie que les Canadiens (43  %).

Travail et littératie – Une analyse des données de l’EIAA révèle que dans environ 75  % des cas, les capacités de lecture, d’écriture et de calcul des travailleurs canadiens concordent assez bien avec les exigences de leur emploi. En outre, un travailleur canadien sur cinq ne met pas entièrement à profit ses compétences dans son emploi, et environ 700 000 Canadiens qui ont un faible niveau de compréhension de textes suivis occupent un poste exigeant des capacités de lecture supérieures à leur niveau de compétence.

Santé et littératie – La littératie en santé nous touche profondément. Les renseignements sur la santé proviennent de sources très diversifiées, comme les étiquettes nutritionnelles sur l’emballage des aliments, les indications de posologie et les instructions pour l’utilisation sécuritaire de machinerie et de véhicules récréatifs. La littératie en santé est également essentielle au maintien d’habitudes de vie saines, y compris par exemple pour obtenir de l’information sur l’activité physique ou sur les risques liés au tabagisme ou à une mauvaise alimentation.

Les aînés, qui représentent un bassin de population important et croissant au Canada, ont fréquemment recours au système de santé et possèdent un niveau de littératie en santé relativement faible. Ils comptent pour un tiers des hospitalisations, et neuf d’entre eux sur 10 affirment prendre au moins un médicament. Seulement 12  % des Canadiens de plus de 65 ans ont un niveau de littératie en santé considéré comme adéquat. Deux solutions possibles seraient d’améliorer la littératie en santé des aînés et de trouver des moyens plus efficaces de leur communiquer des renseignements sur la santé (p. ex., en utilisant des vidéos ou des instructions simplifiées).

Le défi du Canada en matière de littératie

Le Canada doit améliorer le niveau de compétence global de sa main-d’oeuvre pour s’assurer de demeurer économiquement concurrentiel sur la scène internationale. L’offre mondiale de travailleurs ayant de hautes compétences en littératie augmente rapidement et, par conséquent, le Canada risque de perdre des emplois au profit de compétiteurs exigeant un salaire inférieur pour une main-d’oeuvre de qualification équivalente.

En plus de la nécessité d’élever les niveaux de littératie au sein de la population en général, il faut se concentrer sur des groupes particuliers. Investir uniquement dans les jeunes ne réglera pas nos problèmes de littératie, car les élèves sont actuellement trop peu nombreux pour améliorer à eux seuls les statistiques sur la littératie de l’ensemble de la main-d’oeuvre canadienne. Parmi les Canadiens devant relever ces défis spécifiques qui requièrent notre attention, on retrouve  : les travailleurs d’origine canadienne dont le niveau de compétences est inadéquat, les travailleurs immigrants et les adultes autochtones.

Un impératif international

Plusieurs pays se sont dotés d’importants programmes nationaux pour augmenter leur niveau d’alphabétisation et de compétence.

  • L’Angleterre a connu du succès avec sa stratégie Skills for Life: The national strategy for improving adult literacy and numeracy skills, qui a bénéficié d’un énorme financement public et dont le but est d’améliorer le niveau de compétences de base de 2,25 millions d’adultes entre 2001 et 2010. Jusqu’à maintenant, l’Angleterre semble être en voie de réaliser cet objectif.
  • Le gouvernement de l’Irlande a lancé le National Adult Literacy Program, dont la mise en oeuvre s’est effectuée entre 2001 et 2006, reconnaissant la littératie des adultes un problème d’une préoccupation nationale et urgente.
  • En octobre 2006, le gouvernement de l’Australie a annoncé le programme Skills for the Future, un ensemble quinquennal d’initiatives de renforcement de compétences d’une valeur de 837 millions de dollars australiens.

Ces pays ont beaucoup de points communs avec le Canada. Ce sont des sociétés ouvertes qui ont des échanges commerciaux avec beaucoup d’autres pays et qui, par conséquent, sont sensibles à l’évolution du commerce et à une augmentation de l’offre internationale de compétences économiquement rentables comme la littératie. Le Canada doit étudier ces modèles ainsi que d’autres pour documenter sa propre stratégie.

Un impératif de politique publique

Il faudra un effort concerté et collectif de toutes les tranches de la société pour relever le défi du Canada en matière de littératie. Tous les ordres de gouvernement, les secteurs privé et sans but lucratif, les syndicats, les éducateurs et les particuliers ont un rôle crucial à jouer.

  • Les gouvernements peuvent faire preuve de leadership et traiter la littératie comme une question transdisciplinaire prioritaire sous leurs compétences et lors de collaborations. Ils peuvent également favoriser d’une part la demande (en développant des politiques publiques visant à augmenter la demande de littératie dans la société et l’économie).
  • Les entreprises privées peuvent s’assurer que leurs méthodes de travail et leurs technologies exigent de bonnes compétences de leurs travailleurs et l’utilisation régulière de ces compétences et veiller à fournir des milieux de travail propices à l’apprentissage.
  • Les syndicats peuvent aider en faisant valoir les besoins des travailleurs en matière de formation et d’apprentissage et en fournissant des occasions d’apprendre.
  • Les éducateurs peuvent s’assurer que les enfants acquièrent une solide formation en lecture, en écriture et en calcul avant la fin de leurs études et concevoir des programmes d’apprentissage qui attireront les adultes.
  • Les particuliers peuvent participer activement en créant des milieux favorisant grandement la littératie et l’apprentissage à la maison, au milieu de travail et dans la communauté.
Que faire?

Des études montrent que la perte de compétences en littératie chez les adultes canadiens entre 1994 et 2003 annule les gains réalisés grâce à une éducation de meilleure qualité et à un taux de participation à l’éducation plus élevé. Voilà qui justifie amplement que le CCA demande la reconnaissance de la littératie comme enjeu politique majeur.

En collaborant de façon soutenue, nous arriverons à mieux comprendre les facteurs qui unissent la littératie, la prospérité économique ainsi que la cohésion et la justice sociales. Nous devons étudier en profondeur comment la littératie se transmet de génération en génération et examiner les principaux obstacles à l’apprentissage chez les adultes peu alphabétisés  : qu’est-ce qui les empêche d’investir le temps, l’effort et l’argent nécessaires pour améliorer ces capacités essentielles et donc, leur qualité de vie globale?

Nous devons en outre dresser le profil du secteur de la littératie. Nous avons peu de données sur les sommes consacrées par les particuliers à l’amélioration ou au maintien de leurs compétences, sur les qualifications que doivent idéalement avoir les orthopédagogues et sur les types de personnes qui participent à des programmes de rattrapage.

Le CCA continuera de surveiller l’état de la littératie et d’en rendre compte en publiant un bilan annuel. D’autres rapports décriront les initiatives prises par les centres du savoir du CCA pour remédier aux difficultés du Canada en matière de littératie et tiendront les Canadiens au courant des pratiques et des conclusions de recherche les plus récentes dans le domaine. En outre, le CCA continuera d’examiner les solutions efficaces en littératie dans d’autres publications, notamment sa série d’articles Carnet du savoir. Par l’entremise de relations stratégiques avec un large éventail d’organismes, le CCA encourage ses partenaires à faire de la littératie un élément intégral et fondamental de leurs travaux sur l’apprentissage.

 

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