Accueil > Recherche > Financement de projets
Rapport entier (PDF, 1229 KB)
Dépliant (PDF, 40 KB)
Les enfants placés en familles d’accueil au Canada sont de plus en plus nombreux et ceux-ci font partie des groupes les plus à risque de développer des problèmes d’apprentissage et des difficultés scolaires, en plus de difficultés d’adaptation à long terme. Des travaux récents dans le domaine de l’attachement ont démontré que des interactions avec des parents d’accueil ou adoptants très sensibles permettent de surmonter les déficits de ces enfants dus à leurs conditions de vie antérieures au placement. Par ailleurs, beaucoup de parents d’accueil, dont le rôle consiste à subvenir aux besoins d’enfants présentant ces problèmes et demandant des soins spécialisés, ne possèdent pas les ressources pour promouvoir le développement optimal de ces enfants. Il importe donc d’intervenir rapidement auprès des parents d’accueil et des enfants à leur garde afin de modifier leur trajectoire développementale peu reluisante.
Ce projet de recherche vise à évaluer un programme d'intervention qui a adapté des composantes d’intervention fondée sur la théorie de l’attachement afin qu’elles soient spécifiques aux besoins de la population canadienne de jeunes enfants d'accueil et aux problèmes tout particuliers qu'ils confrontent. Cette intervention a pour objectif de favoriser le développement d'un attachement sécurisant et d’accroître les interactions positives entre l’enfant et la famille d’accueil. Ce faisant, en augmentant la sensibilité parentale, l’intervention favorisera le développement moteur et cognitif des enfants. Ce projet arrive à point puisque le gouvernement du Québec et le ministère de la santé ont récemment adopté une politique d’implantation de « projet de vie » visant à développer des programmes qui permettront de prendre des décisions plus rapidement et à plus long terme pour le bien-être des enfants maltraités. Lorsqu’un placement à long terme dans une famille d’accueil est inévitable, il est critique d’avoir accès à des programmes d’intervention visant à accroître la stabilité du placement de l’enfant à l’intérieur de la famille d’accueil ainsi que son développement optimal.
Quarante enfants québécois placés en famille d’accueil banque mixte et leur mère d’accueil ont été assignés de manière aléatoire (au hasard) à un groupe recevant l’intervention et à un groupe témoin. Le recrutement des participants s’est effectué avec la collaboration des Centres jeunesse de Montréal, de la Montérégie et de Lanaudière. Ainsi, les familles d’accueil proviennent à la fois de milieux urbains et ruraux. L’âge moyen des enfants est de 26 mois et 66 % d’entre eux sont des garçons. Tous les participants ont maintenu leur suivi régulier avec leur intervenant en Centre jeunesse qui est constitué de visites occasionnelles assurant un suivi du fonctionnement familial et d’intervention et situation de crise, si nécessaire. En plus de ce suivi, les familles assignées au groupe intervention ont également reçu huit rencontres d’intervention parent-enfant au domicile familial. Ces rencontres visaient à sensibiliser la mère d’accueil, par le biais de discussions, aux besoins spécifiques de son enfant. Les comportements parentaux sensibles, c’est-à-dire des réponses parentales appropriées aux signaux de l’enfant ont également été renforcés à chacune des rencontres par l’intervenant lors de rétroactions vidéo de jeux parent-enfant filmés. Des mesures avant (prétest) et après l’intervention (post-tests) - portant sur le développement, l’adaptation et l’attachement des enfants, la sensibilité parentale, etc. - ont été recueillies et comparées entre les deux groupes.
Les résultats démontrent l’efficacité de l’intervention relationnelle pour améliorer chez la mère d’accueil sa sensibilité parentale. D’autre part, notre étude met l’accent sur l’importance d’évaluer les programmes d’intervention en fonction des caractéristiques individuelles des parents et des enfants. L’intervention relationnelle est efficace pour diminuer le niveau de stress parental chez les mères ayant une fille, et protéger les mères d’accueil contre une éventuelle augmentation de leur stress lorsqu’elles présentent un statut socio-économique moins élevé ou qu’elles se sentent moins engagées à l’égard de leur enfant. En ce qui concerne les enfants, l’intervention relationnelle a su préserver la qualité de l’interaction affective et cognitive entre la mère et l’enfant ainsi que les comportements de proximité chez ceux ayant été exposés à la drogue/alcool pendant la période intra-utérine ou à des complications médicale à la naissance (p. ex: petit poids, prématurité). En d’autres mots, les enfants avec des risques prénatals qui n’ont pas reçus l’intervention ont été plus enclins à présenter des comportements associés à de l’insécurité à la fin de la recherche. Aussi, l’intervention à permis d’augmenter la capacité des enfants plus âgés à rechercher la proximité de leur parent en situation de détresse et de promouvoir le développement moteur et mental chez ceux ayant des mères d’accueil moins à risque sur le plan socioéconomique ou des mères biologiques ne présentant pas de détresse psychologique ou de lenteur intellectuelle.
Dans l’ensemble, les résultats de la présente recherche permettent d’approfondir nos connaissances sur les besoins des enfants placés et des parents qui les accueillent. L’intervention relationnelle s’est avérée efficace tant pour le parent que pour l’enfant. Les propos des mères d’accueil à cet égard mettent bien en évidence l’effet bénéfique de l’intervention. Notamment, à la suite de l’intervention, plusieurs mères d’accueil affirment se sentir comme de « vraies mères » et apprécient davantage leur rôle de parent. C’est donc dire qu’à la suite de l’intervention, les mères ne se perçoivent plus seulement comme un donneur de soin, mais comme un parent auquel l’enfant accorde une importance particulière. En fait, les mères d’accueil constatent que les enfants apprécient davantage le réconfort qu’elles leur prodiguent lorsqu’ils sont en détresse et, par ailleurs, qu’ils explorent mieux leur environnement. La possibilité pour l’enfant de recourir à un parent qui l’aide à réguler ses émotions en situation de détresse est cruciale pour l’apprentissage, car elle permet à l’enfant d’explorer son environnement en toute quiétude. L’enfant devient donc disponible pour apprendre et plus enclin à développer des habiletés cognitives. Les mères d’accueil rapportent d’ailleurs que l’intervention leur a permis de mieux comprendre l’importance de parler à leur enfant, de le renforcer et de le soutenir dans les jeux. De plus, elles soulignent même comment ce nouveau rôle de soutien et d’étayage dans le jeu avec leur enfant favorise la régulation émotionnelle, une meilleure estime de soi et une plus grande motivation à apprendre chez leur enfant.
Notre intervention a donc eu un impact bénéfique sur plusieurs sphères de fonctionnement du parent et de l’enfant. À cet égard, nous concluons donc que ce type d’intervention devrait être offert de manière plus systématisée aux familles d’accueil. Nos résultats soulignent toutefois l’importance d’adapter les interventions de manière à répondre aux besoins spécifiques de chaque famille, notamment en offrant du support aux familles moins avantagées au plan socio-économique et des interventions à caractère plus éducatif pour les familles dont l’enfant présente un risque de difficultés cognitives plus important.
Nos résultats de recherche nous indiquent également qu’il y a différentes façons d’évaluer le succès d’un placement en tant que mesure d’intervention. Traditionnellement, au Québec, le nombre de placements ou de déplacements d’un enfant était considéré comme le principal critère pour évaluer le succès d’un placement. Notre étude nous montre entre autre que l’évaluation de la sensibilité de la mère et de l’adaptation développementale de l’enfant sont des mesures aussi, sinon plus, importantes à considérer dans le succès d’un placement, celles-ci donnant une indication claire du fonctionnement de l’enfant.