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Rapport entier, en anglais seulement (PDF, 1.2 MB)
Comparativement aux autres Canadiens, les Autochtones du Canada présentent des taux disproportionnellement plus élevés de divers problèmes de santé, notamment de diabète et de maladies cardiaques. Selon la vision autochtone du monde qui veut que les individus, les collectivités et la terre soient spirituellement unis, la santé tire sa source d'un état d'harmonie de l'individu avec lui même, autrui, la collectivité et la terre. Cette vision holistique de la santé tient non seulement compte des dimensions physique, mentale, émotionnelle et spirituelle de l'individu, mais également d'un sens de la collectivité.
La résilience d'une collectivité est un signe important de sa santé globale et se reflète dans son autosuffisance, sa capacité d'adaptation et sa capacité à répondre à ses propres besoins dans des conditions de changement externe. Les aliments jouent un rôle unique et significatif dans cette conception de la santé. Ils influencent l'alimentation des gens, mais ont également des répercussions sur les dimensions sociales et culturelles de la santé communautaire et permettent aux gens de se rapprocher de la terre. La façon dont une collectivité accède à la nourriture influe également de manière importante sur sa résilience.
Habituellement, une collectivité résiliente sur le plan de l'approvisionnement alimentaire est une collectivité qui produit sa nourriture à proximité de l'endroit où elle la consomme et dans laquelle l'échange et l'évolution des connaissances sur l'alimentation sont constants. Chez les Autochtones du Canada, on constate un déclin des connaissances locales sur l'alimentation. Par conséquent, pour accroître la résilience de la collectivité, il est important de faciliter l'échange et la création de connaissances alimentaires ancrées dans le lieu, dans la réalité de la terre et dans la vie qu'elle renferme.
Le présent rapport décrit le déroulement et les résultats du programme Learning Garden (Le jardin de l'apprentissage), mis sur pied et en œuvre en partenariat avec les Premières nations de Ginoogaming et d'Aroland du nord ouest de l'Ontario. Ayant pour objectif général d'encourager cette vision holistique de la santé, le programme Learning Garden a été conçu dans le but d'augmenter les résultats aux mesures des indicateurs de la santé physique, émotionnelle et sociale tout en entamant une démarche visant la résilience alimentaire de la collectivité en augmentant les connaissances locales en la matière. Plus précisément, le programme avait pour but d'améliorer la santé holistique ainsi que de renforcer les connaissances fondées sur l'expérience des légumes cultivés et des aliments provenant de la forêt, de la nutrition et de ses liens avec la santé.
La recherche visait (1) à examiner les résultats du programme par rapport à ses objectifs sur le plan de la santé holistique et des connaissances et à répondre à trois autres questions de recherche. Plus précisément (2), nous avons observé, au moyen d'une analyse qualitative, le processus d'apprentissage qui s'est déployé dans le contexte du programme afin de comprendre si l'approche holistique fondée sur l'expérience et le lieu trouvait écho chez les participants. En outre (3), nous avons eu recours à une enquête quantitative pour mieux comprendre les habitudes alimentaires actuelles des participants, leurs valeurs en matière d'alimentation et la manière dont ils percevaient le système alimentaire en plus de comprendre comment ces perceptions et ces comportements entraient en corrélation avec d'autres variables importantes, comme la santé holistique et l'identité culturelle. Enfin (4), nous avons observé, à l'aide des données qualitatives recueillies, comment les participants percevaient le lieu et avons cherché à mieux comprendre les relations entre ce lieu, les aliments et la culture.
Nos analyses de la manière dont les participants percevaient leurs systèmes alimentaires ont permis de révéler que la base de connaissances sur les aliments cultivés et provenant de la forêt était limitée et que les principaux facteurs incitant les gens à recourir au système alimentaire dominant pour la plupart de leurs aliments étaient l'aspect pratique et le prix. Néanmoins, les résultats indiquent aussi des corrélations entre la participation à des activités en forêt, comme la chasse et la pêche, la valorisation des aliments locaux et des effets positifs et sains sur l'état de santé autodéclaré, la satisfaction à l'égard de la vie et le capital social. Ainsi, même si les connaissances alimentaires et l'utilisation du système alimentaire local sont restreintes, il peut y avoir des avantages à accéder à ce système alimentaire sur le plan du bien être.
Les résultats qualitatifs sur la perception qu'avaient les participants du lieu se sont révélés particulièrement intéressants. Les perceptions des terres ancestrales par les participants étaient empreintes de préoccupations à l'égard de la contamination et reflétaient une conscience du changement. Les changements observés sur les terres étaient attribués aux activités humaines liées à la culture occidentale, comme les changements climatiques et le développement industriel.
Toutefois, une étude plus approfondie a permis de révéler que la perception qu'avaient les participants du lieu était beaucoup plus large que ce à quoi nous nous attendions. Plus précisément, leur notion de lieu comprenait les structures physiques du système alimentaire global de leur collectivité, comme l'épicerie du coin et les dépanneurs. On pourrait également soutenir qu'elle incluait des éléments moins concrets du « lieu universel », comme les médias, la mode et la technologie. Cet aperçu de la façon dont les participants comprenaient le lieu et l'apprentissage propre au lieu nous a permis de tirer des conclusions théoriques relativement aux relations entre apprentissage, alimentation, lieu et culture.