Funded Research

Prévenir les difficultés à l’école primaire en maximisant les apprentissages scolaires et sociaux en début de scolarisation

Sommaire (PDF, 29 KB)

Rapport entier, en anglais seulement (PDF, 336 KB)

François Poulin, France Capuano Monique Brodeur, Jacinthe Giroux Université du Québec à Montréal
Frank Vitaro
Université de Montréal
Pierrette Verlaan
Université de Sherbrooke

Contexte

De 9 à 15 % des élèves de la maternelle seraient caractérisés par une manifestation fréquente de trouble du comportement. Ces élèves sont à risque de rencontrer des difficultés scolaires et sociales au cours de leur développement. Il est donc important de mettre en place des interventions préventives auprès d’eux, et ce, dès le début de la scolarisation. Par ailleurs, plusieurs facteurs de risque contribuent à l’émergence et au maintien de ces difficultés. Ces facteurs concernent l’enfant lui-même (ex., contrôle de la colère, traitement de l’information sociale, habiletés sociales), sa famille (ex., pratiques éducatives, qualité de la relation), son groupe de pairs (ex., rejet par les pairs, amis déviants) et le milieu scolaire (ex., préparation à l’école, relation avec l’enseignant). L’effet de ces facteurs de risque se fait particulièrement ressentir en début de scolarisation.

Au début des années 90, le Centre de Psychoéducation du Québec (CPEQ) a entrepris la diffusion d’un programme de prévention qui cible ces élèves. Ce programme, connu sous le nom de Fluppy, est aujourd’hui implanté dans plusieurs régions du Québec et l’on estime que plus de 100 000 élèves de maternelle y ont été exposés depuis sa création. L’application du programme Fluppy à la maternelle est maintenant recommandée par le Programme National de Santé Publique. En 2002, suite à des demandes provenant des milieux de pratique, notre équipe de chercheurs a entrepris d’en évaluer la mise en œuvre et l’efficacité. Ce projet d’évaluation se déroule dans le cadre d’un partenariat établi entre cette équipe de chercheurs, l’Agence de développement des services de santé et des services sociaux de Laval, le Centre de services de santé et de services sociaux de Laval, la Commission scolaire de Laval et le CPEQ.

Description

Le programme Fluppy tel que diffusé par le CPEQ comporte plusieurs interventions mises en place à la maternelle :

  1. des ateliers d’entraînement aux habiletés sociales en classe,
  2. un soutien offert aux enseignants,
  3. un suivi intensif auprès des parents à domicile.

En plus d’évaluer l’impact de cette version dite «traditionnelle» du programme, notre équipe de chercheurs a entrepris de l’améliorer en lui ajoutant deux nouvelles composantes :

  1. une intervention académique en mathématiques et en français,
  2. une intervention visant à favoriser la formation d’amitié positive.

Enfin, nous avons également décidé de bonifier le programme en le prolongeant sur deux années (i.e., maternelle et 1e année). Les paramètres de recherche que nous avons conçus en collaboration avec nos partenaires nous permettent de déterminer 

a) l’efficacité des versions «traditionnelle» et «améliorée» du programme,
b) si son prolongement sur deux ans le rend plus efficace.

Objectifs

Ce projet de recherche poursuivait trois objectifs :

  • déterminer si l’impact de ce programme varie en fonction du nombre de ses composantes (1, 3, 4 ou 5) et de sa durée (1 an ou 2 ans);
  • vérifier si le sexe de l’enfant peut exercer un effet modérateur sur les résultats observés,
  • examiner l’implantation et la mise en œuvre des différentes composantes de ce programme de prévention.

Méthodologie

La réalisation de cette recherche évaluative a nécessité le recours à un échantillon de très grande taille. Trois cohortes d’élèves s’étalant sur trois années consécutives ont donc été constituées. Au total, 320 enfants présentant un niveau élevé de problèmes de comportement et qui provenaient de plus de 250 classes de maternelle de la Commission scolaire de Laval ont été recrutés. Le dépistage de ces élèves tenait compte du point de vue de l’enseignant et de celui du parent. Ces élèves ont été répartis de façon aléatoire dans quatre conditions expérimentales et une condition contrôle. Les quatre conditions expérimentales incluaient différentes combinaisons des volets du programme. Des mesures évaluatives ont été recueillies auprès des parents, des enseignants et des enfants avant le début des interventions et de nouveau à la fin de la maternelle et de la première année. La mise en œuvre des interventions a également été évaluée.

L’examen de l’implantation et de la mise en œuvre des interventions nous a permis de formuler plusieurs constats. Premièrement, nous avons été confronté à un problème de non-différentiation entre la condition contrôle et les conditions expérimentales. Deuxièmement, les interventions ont été moins bien implantées dans l’une des conditions expérimentales. Ces problèmes nous ont forcés à réaménager nos paramètres pour la conduite des analyses d’impact. Enfin, dans l’ensemble, l’implantation et la mise en œuvre des interventions a été mieux réussie en maternelle qu’en première année.

Des analyses d’impact ont été menées à la fin de la maternelle (en contrôlant pour le pré-test) et de nouveau à la fin de la première année afin de déterminer l’effet de la durée (1 an versus 2 ans) des interventions. Plusieurs conclusions émergent de ces analyses. Premièrement, les interventions ciblées implantées en maternelle ont eu un effet bénéfique qui se traduit par une diminution des problèmes extériorisés, une amélioration des habiletés sociales et une meilleure performance aux tests en français. Certains de ces effets se maintiennent également jusqu’à la fin de la première année. Deuxièmement, très peu d’effets spécifiques de la durée des interventions ont été observés. Ainsi, le prolongement des interventions sur deux ans (incluant la première année du primaire) ne semble pas en avoir augmenté les effets bénéfiques. Enfin, il est important de mentionner que plusieurs de ces effets s’observent uniquement pour les filles.

Évaluations futures

Cette recherche évaluative se poursuivra au cours des prochaines années. Des évaluations de suivi jusqu’à la fin du primaire sont prévues. Ces informations nous permettront de déterminer l’impact des interventions sur les trajectoires de développement et de tester certains modèles de médiation et de modération. Enfin, la conduite d’une recherche évaluative en partenariat avec les milieux de pratique présente plusieurs défis important, incluant notamment l’implantation d’un devis expérimental avec groupe contrôle et répartition aléatoire des participants, l’accès aux ressources humaines et financières nécessaire, le recrutement et la rétention des participants et l’implantation des interventions de même que l’évaluation de leur mise en œuvre.

 

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