Funded Research

Favoriser l’acquisition de connaissances métahistoriques durant le projet d’apprentissage sur l’histoire canadienne

Sommaire (PDF, 40 KB)

Rapport entier, en anglais seulement (PDF, 1136 KB)

Kevin O’Neill
Özlem Sensoy
Sheryl Guloy
Faculté d’éducation
Université Simon Fraser

Contexte

Les membres de la communauté de l’enseignement de l’histoire s’entendent pour dire que la compréhension de l’histoire dépasse largement la simple connaissance des événements et des personnages du passé auxquels les enseignants et les parents attachent de l’importance. Pour comprendre l’histoire, on doit également saisir la façon dont les historiens en viennent à comprendre le passé.

Le projet dont il est question ici avait pour objectif l’acquisition de « connaissances métahistoriques » dans l’environnement stimulant des classes du secondaire. Notre travail était fondé sur la conviction suivante : puisque tout élève qui connaît bien la science devrait être en mesure de comprendre pourquoi les résultats de deux études scientifiques rigoureuses peuvent diverger, alors tout élève qui connaît bien l’histoire devrait pouvoir comprendre les raisons pour lesquelles deux comptes rendus historiques documentés avec soin et rédigés en toute bonne foi peuvent s’opposer. Sans cette compréhension, il ne reste aux élèves qu’une opinion cynique de l’histoire ou l’impression que « tout est permis » qui leur feraient croire que tout compte rendu est défendable, en principe, et que toute personne a droit à son opinion, indépendamment des preuves. De telles conceptions sont incompatibles avec une participation saine à une société multiraciale et démocratique.

Objectifs

Le projet avait deux objectifs d’égale importance :

  • Élargir et approfondir les travaux précédents concernant un sondage de type papier-crayon destiné à évaluer les conceptions métahistoriques des élèves. Nous avons préparé de nouvelles questions de sondage afin de mesurer les conceptions métahistoriques des élèves relatives aux raisons pour lesquelles il existe des comptes rendus historiques divergents. Ces questions portent collectivement le nom de sondage sur les divergences des comptes rendus historiques (DCRH).
  • Élargir les travaux précédents concernant une pratique unique d’apprentissage virtuel appelée « cybermentorat », selon laquelle des adultes bénévoles encadrent, par Internet, les élèves qui entreprennent un travail difficile en classe. Dans ce cas précis, le travail des élèves comportait des questions et de la matière conçues pour imiter certaines méthodes professionnelles des historiens (O’Neill, 2001b).

En collaboration avec trois enseignants d’études sociales chevronnés, nous avons créé pour le programme d’études sociales obligatoire de 11e année de la Colombie-Britannique une unité de cybermentorat qui offrirait la possibilité de parfaire les conceptions métahistoriques des élèves sans nuire au contenu du programme. L’unité, appelée “Compassionate Canada?”, devait durer environ deux semaines.

Description

Un Canada compatissant interpellait les élèves de 11e année en leur posant la question suivante : Le Canada est-il plus compatissant aujourd’hui qu’il y a 100 ans? Sur un forum sécurisé, les élèves ont examiné des documents sources se rapportant à sept « cas » historiques répartis sur un siècle et choisis en raison de leur capacité à susciter chez les élèves une remise en question de la nature des connaissances historiques. En plus des documents, les élèves pouvaient consulter sept cybermentors bénévoles, tous diplômés en histoire d’une université canadienne ou sur le point de recevoir leur diplôme. Ces mentors pouvaient conseiller et orienter les élèves dans l’interprétation des documents et de leur relation avec la question fondamentale de l’unité.

Résultats

L’unité Un Canada compatissant a été mise à l’essai à Vancouver auprès d’un groupe diversifié de quelque 90 élèves; comme mesure de l’apprentissage, nous avons demandé aux élèves de remplir le sondage DCRH avant et après l’essai. Un groupe de référence présentant les mêmes caractéristiques démographiques a rempli le sondage avant l’essai seulement. L’analyse a permis de conclure ce qui suit :

  1. Avant la mise en œuvre, les élèves participant à l’unité Un Canada compatissant et ceux appartenant au groupe de référence présentaient non seulement des caractéristiques démographiques et des résultats scolaires semblables, mais ils partageaient aussi les mêmes conceptions métahistoriques.
  2. Pendant l’essai, on a remarqué chez l’ensemble des élèves participant à l’unité une conscience grandissante des idées métahistoriques plus complexes.
  3. Sur le plan individuel, la conscience des idées métahistoriques naïves diminuait notablement à mesure que les élèves recevaient certaines formes de conseils et d’encadrement de la part des mentors. Ces observations sont conformes aux conjectures sur lesquelles nous avons bâti l’unité.
  4. La modification des conceptions métahistoriques ne présentait aucun lien significatif avec l’image que les élèves se font de leur identité scolaire, avec leurs projets de scolarisation ou avec l’éducation qu’ils ont reçue de leurs parents.

En matière d’éducation, ces résultats suggèrent, en premier lieu, que les conceptions métahistoriques des élèves sont sensibles aux changements positifs qu’entraîne l’instruction et, en second lieu, que l’instruction ne doit pas nécessairement prendre du temps ou nuire à la réalisation des objectifs obligatoires du programme scolaire. Des études de suivi sont actuellement menées; elles proposent de mettre l’unité Un Canada compatissant à l’essai dans d’autres milieux scolaires, de poursuivre la validation de l’outil DCRH et d’évaluer la durée des modifications ainsi apportées aux conceptions.

 

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