Funded Research

L’orthographe inventée : une stratégie d’intervention pour la maternelle

Gene P. Ouellette, Université Mount Allison
Sackville, Nouveau-Brunswick, Canada
Monique Sénéchal, Université de Carleton
Ottawa, Ontario, Canada

Sommaire (PDF 32 KB)

Rapport entier (PDF 249 KB)

Brochure (PDF, 465 KB)

Présentation PowerPoint (PDF, 468 KB)

Brochure à l’intention des parents (PDF, 2507 KB)


Objectifs

La présente recherche porte essentiellement sur le rôle de l’orthographe inventée dans la littératie chez les jeunes enfants. L’orthographe inventée se rapporte à la façon dont les enfants bâtissent leur propre orthographe lorsqu’ils écrivent des mots. Une ancienne pratique éducative a d’abord encouragé de telles explorations avant de les déconseiller totalement. Cette dernière approche s’appuie souvent sur la crainte que les enfants puissent s’enseigner involontairement une orthographe incorrecte. Il existe pourtant des raisons théoriques de penser que l’orthographe inventée constitue une étape essentielle du cheminement vers la littératie. Ce projet de recherche étudie trois questions. D’abord, le fait d’encourager l’orthographe inventée aide-t-il vraiment les enfants à tenter des essais orthographiques plus sophistiqués? Ensuite, cette pratique facilite-t-elle davantage l’apprentissage de la lecture que ne le font les activités d’éveil aux sons (conscience phonémique) mises de l’avant dans les classes de maternelle? Enfin, les essais orthographiques des jeunes enfants de la maternelle laissent-ils présager des différences individuelles dans l’acquisition des compétences en matière de lecture et d’orthographe en première année?

Méthode

Deux études longitudinales ont été menées, chacune comprenant quatre phases. La première phase visait à regrouper des enfants de la maternelle, à leur faire passer des tests préliminaires puis à les sélectionner. Lors de la deuxième phase, les enfants étaient affectés aléatoirement à l’un des trois ateliers d’intervention portant sur l’orthographe inventée, la conscience phonémique ou la lecture d’un livre de contes. Des rencontres avec les enfants avaient lieu deux à trois fois par semaine en petits groupes, pour un total de 16 séances d’une demi-heure. Les troisième et quatrième phases constituaient des phases de postévaluation et consistaient en un post-test immédiat donné vers la fin de la maternelle ainsi qu’un post-test ultérieur, pendant l’automne de la première année. Soixante enfants au développement normal ont participé à l’étude 1. En ce qui concerne l’étude 2, 60 enfants dont la conscience phonémique était faible ont été sélectionnés à partir d’un échantillon initial de 100 enfants.
Résultats de la question 1 : Avantages de l’apprentissage de l’orthographe inventée
Les études ont toutes deux démontré que les enfants recevant une formation sur l’orthographe inventée présentaient un niveau de sophistication de l’orthographe inventée supérieur à celui des autres enfants. Comme prévu, les enfants n’ont pas présenté de différences en matière d’éveil phonémique et de connaissance des lettres au sein des groupes.

Résultats de la question 2 : L’orthographe inventée favorise l’acquisition des compétences en matière de lecture


Point important, nous avons découvert que les enfants qui pratiquent l’orthographe inventée ont surclassé les autres enfants dans une épreuve d’apprentissage de la lecture, de même que selon un indicateur composite des compétences en matière de lecture et d’orthographe calculé vers la fin de la maternelle. En outre, lors des tests de suivi effectués en première année dans le cadre de l’étude 1, le groupe pratiquant l’orthographe inventée a affiché un meilleur rendement en matière d’orthographe traditionnelle.


Résultats de la question 3 : Association à long terme entre l’orthographe inventée et l’acquisition des compétences en lecture


En première année, des évaluations de la capacité à lire et à décoder les mots ont été réalisées. Des analyses longitudinales de régression ont été menées afin d’évaluer si le niveau de sophistication de l’orthographe inventée mesuré à mi-parcours de la maternelle laissait présager des facilités de lecture et d’écriture en première année. De toute évidence, la connaissance du son des lettres et l’éveil phonémique évalués pendant la maternelle se sont révélés d’importants indices de littératie. Qui plus est, les résultats ont également révélé un lien important entre l’orthographe inventée de la maternelle et les mesures des compétences en lecture (études 1 et 2) et en orthographe (étude 1 seulement) en première année, et ce, même après avoir procédé à l’évaluation des différences individuelles relatives à la connaissance des lettres, à l’éveil phonémique et au décodage précoce. Ces conclusions confirment l’idée selon laquelle l’orthographe inventée constitue une compétence importante en ce qui concerne la littératie des jeunes enfants de la maternelle qui laisse uniquement présager le succès initial de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture en première année.

Conclusion

Les présents résultats corroborent l’opinion selon laquelle inciter et pousser les enfants de la maternelle à explorer les relations entre les lettres et les sons grâce à l’orthographe inventée facilite l’apprentissage de la lecture. Plutôt que de mémoriser des mots à l’aide de l’enseignement traditionnel de la dictée et de l’orthographe, ces conclusions soulignent les bienfaits pour les enfants d’entendre les mots, de penser à la structure des sons qu’ils entendent et essaient ensuite de transposer ces sons en lettres. Grâce aux commentaires qui indiquent aux enfants la façon de capter les sons des mots avec plus d’exactitude, ces bienfaits sont observés à la fois dans l’apprentissage de l’orthographe et de la lecture. Par conséquent, cette recherche appuie l’idée selon laquelle l’orthographe inventée constitue une étape précieuse du cheminement vers la littératie.

 

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