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De faibles niveaux de littératie nuisent à la santé

Paul Cappon, président-directeur général, CCA

27 janvier 2007

C’est le paradoxe canadien de l’apprentissage : plus de quatre travailleurs canadiens sur 10 possèdent une éducation postsecondaire quelconque, une proportion qui place le Canada au deuxième rang mondial. Pourtant, presque autant d’adultes n’ont pas les capacités de lecture et d’écriture nécessaires à leur réussite dans notre système économique actuel.

De plus, nos faibles taux de littératie des adultes demeurent inchangés selon deux études exhaustives effectuées à 10 années d’intervalle et portant sur plus de 20 000 personnes.

Que faut-il comprendre?

De nos jours, la littératie ne détermine pas de manière absolue si quelqu’un sait lire ou écrire. Il faut plutôt l’évaluer en fonction d’une échelle variable, dont les échelons inférieurs regroupent 42 % d’adultes canadiens incapables de comprendre et d’utiliser adéquatement une information écrite dans le cadre de leurs activités quotidiennes à la maison, au travail ou dans la collectivité. Le niveau de littératie d’une personne influe sur ses perspectives d’emploi, ses revenus et sa santé, et même que sur sa capacité de participer à la vie collective.

L’apprentissage de la lecture à l’école ne suffit pas : l’éducation scolaire ne garantit pas le niveau de littératie d’une personne pour la vie. Plus les Canadiens vieillissent, plus leur niveau de littératie décroît : si elles ne sont pas entretenues, les compétences en littératie peuvent s’envoler.

Un niveau élevé de littératie est aussi bénéfique aux personnes qu’à l’ensemble du pays. Prenons, par exemple, la littératie en santé, c’est-à-dire la capacité de trouver, de comprendre et d’utiliser l’information qui contribue au maintien et à la promotion d’une bonne santé.

Une nouvelle analyse du Conseil canadien sur l’apprentissage révèle que plus de la moitié des Canadiens âgés de 16 à 64 ans, à savoir 55 %, ne possèdent pas les capacités de lecture nécessaires pour assimiler l’information concernant leur santé. Ce chiffre s’élève à 88 % au sein de la population dont les besoins en matière de santé sont les plus importants : les aînés.

La littératie en santé est incontournable puisque, presque chaque jour, les gens prennent des médicaments, lisent des renseignements nutritionnels, suivent des consignes de sécurité au travail ou à la maison, évaluent de l’information obtenue dans Internet et sont traités par des professionnels de la santé.

Les Canadiens de tous âges présentant un faible niveau de littératie sont en général moins en santé que les autres. Les répercussions sur leur qualité de vie sont importantes. Notamment, un faible niveau de littératie devrait être l’affaire de toute la société puisque ces personnes exigent davantage de notre système de santé.

C’est pourquoi la société doit s’attaquer le plus tôt possible au problème du faible niveau de littératie en général, en portant une attention particulière au niveau de littératie en santé. Et le plus tôt sera possible… À qui incombe cette tâche, et en quoi consiste-t-elle?

La question a été examinée dans un nouveau rapport détaillé du Conseil canadien sur l’apprentissage, intitulé État de l’apprentissage au Canada : Pas le temps de s’illusionner et on conclut qu’il appartient à chacun d’agir.

Il faudrait tout d’abord établir des objectifs pancanadiens en matière de littératie et d’apprentissage tout au long de la vie selon lesquels il serait possible de mesurer les progrès – une mesure prise par de nombreux pays développés. Ensuite, nous devons élaborer une trousse de stratégies et d’investissements d’où puiser des choix particuliers  à tout moment pour les apprenants de tous âges.

Les gouvernements provinciaux et territoriaux jouent un rôle déterminant puisque l’éducation relève de leur compétence. Le gouvernement fédéral, par son intérêt envers le développement socio-économique du pays, est également directement touché par le niveau de littératie de sa population, indispensable pour réussir dans un contexte de compétitivité et de mondialisation.

De leur côté, les enseignants doivent s’assurer que les enfants, à l’issue de leurs études, ont les compétences en littératie nécessaires pour s’épanouir dans le monde socio-économique actuel tout en manifestant le désir d’apprendre tout au long de leur vie. Donc, le système d’éducation devrait également contribuer à la promotion de l’apprentissage à la maison, dans la collectivité et en milieu de travail.

Les municipalités participent à leur mesure en offrant des ressources communautaires, comme les bibliothèques. Le secteur privé doit quant à lui favoriser les occasions d’approfondir ses capacités en littératie en milieu de travail. Il faut que les employeurs et les syndicats s’unissent pour trouver des moyens d’aider les travailleurs à s’épanouir en tant que citoyens instruits, informés et actifs participant au marché du travail.

Cependant, une bonne part de la responsabilité revient aux individus et à leur famille. La littératie s’acquiert d’abord par la simple lecture d’une histoire à un enfant, mais elle ne se limite pas à cela. Les adultes qui cessent de lire ou d’écrire perdent leurs compétences au fil du temps et mettent ainsi leur santé et leur qualité de vie à risque.

Le 27 janvier, Journée de l’alphabétisation familiale, est un moment approprié pour songer à la complexité du problème consistant à améliorer le taux de littératie partout au pays. Mais pour que les progrès soient significatifs, il nous faudra nous fier à la diligence et aux efforts soutenus de nombreux groupes et individus tout au long de l’année.

Cet article fut préalablement publié le 27 janvier 2007, dans le Ottawa Citizen. M. Paul Cappon est le président-directeur général du Conseil canadien sur l’apprentissage, une société canadienne indépendante à but non lucratif dont le mandat est de favoriser l’apprentissage dans tout le pays et tout au long de la vie.

 

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