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L’enseignement postsecondaire est essentiel pour la prospérité et la cohésion sociale du Canada. Il ne concerne pas uniquement les étudiants qui fréquentent les collèges et les universités. Au sein d’une société du savoir, l’enseignement postsecondaire influe de différentes façons sur la vie des citoyens, que ce soit par la formation en milieu de travail, par l’acquisition de compétences techniques, par la littératie chez les adultes ou par la recherche en laboratoire.
L’enseignement postsecondaire structuré est devenu essentiel à la prospérité et à la qualité de vie des Canadiens au sein de l’économie mondiale du savoir. La demande pour des diplômés postsecondaires sur le marché du travail a atteint des niveaux sans précédent, et l’écart se creuse entre le nombre de titulaires de diplômes d’études postsecondaires et le nombre de postes qui demeurent vacants en raison d’un manque de candidats qualifiés. La demande comme l’écart continueront de s’accroître.
Les Canadiens l’ont bien compris. D’après une enquête menée par le CCA l’an dernier, près de 90 % des Canadiens sont d’avis qu’une main-d’œuvre hautement qualifiée et scolarisée est le principal atout dont le Canada a besoin pour garantir sa prospérité économique. Pourtant, malgré la position enviable du Canada sous de nombreux aspects de son secteur de l’enseignement postsecondaire, les Canadiens ont de bonnes raisons de s’inquiéter de l’avenir de l’enseignement postsecondaire au pays, surtout sur le plan des échanges entre les établissements d’enseignement et le milieu du travail.
Commençons par les bonnes nouvelles. Les taux d’obtention de diplôme au niveau postsecondaire au Canada se situent parmi les plus élevés au monde. Depuis 1990, le pourcentage de Canadiens titulaires d’un baccalauréat a presque doublé pour franchir la barre des 13 %. Pour connaître la source de ces chiffres records, il faut regarder du côté des établissements postsecondaires ayant le pouvoir de décerner des certificats et des diplômes, dont les collèges. L’an dernier, environ 30 % des Canadiens étaient titulaires d’un certificat ou d’un diplôme d’études postsecondaires.
Les jeunes Canadiens reconnaissent la valeur d’une éducation postsecondaire et entreprennent des études supérieures en nombres records. Entre 1990 et 2005, le taux de participation des jeunes Canadiens aux études postsecondaires, tous niveaux confondus, est passé de 28 % à 41 %.
Malheureusement, des nouvelles moins réjouissantes nous attendent au tournant de la présente décennie. Après 2013, on enregistrera un déclin de la cohorte de jeunes alors que la génération écho quittera le système d’éducation pour faire son entrée sur le marché du travail. Les taux de participation devraient atteindre leur plus bas niveau une dizaine d’années plus tard.
Signe encourageant, les gouvernements et la population du Canada investissent de plus en plus dans l’enseignement postsecondaire. En 2006-2007, environ 36 milliards de dollars en fonds publics ont été consacrés à l’enseignement postsecondaire, sans compter les milliards de dollars provenant d’intérêts privés. En fait, le Canada est depuis longtemps un chef de file parmi les pays membres de l’OCDE au chapitre des dépenses publiques et privées dans l’éducation et la formation, en pourcentage du PIB.
Malgré les récessions, la dette, les déficits et les autres postes de dépenses publiques, les investissements publics en enseignement postsecondaire en tant que proportion des dépenses totales en programmes sociaux sont demeurés stables pendant les années 1990, puis ont connu une augmentation par la suite. Cela montre bien la grande priorité que la population et les gouvernements du Canada accordent à l’éducation. Selon les données les plus récentes, le Canada se classe au troisième rang en ce qui a trait aux investissements en éducation, derrière les États-Unis et la Corée. La situation est donc des plus encourageantes.
Je dois pourtant, une fois de plus, vous faire part d’une nouvelle moins réjouissante. Le taux de croissance des investissements du Canada est actuellement beaucoup moins marqué qu’au cours de la décennie 1990, et les autres pays nous rattrapent.
Ce n’est pas le temps de s’illusionner : l’écart se rétrécit entre le Canada et ses concurrents, et d’autres éléments importants du secteur de l’enseignement postsecondaire au Canada soulèvent de graves préoccupations.
La pénurie de travailleurs compétents sur le marché du travail est sans doute l’un des aspects les plus inquiétants. Cette pénurie s’accentuera dans les prochaines décennies en raison notamment du faible niveau d’obtention de diplôme chez les apprentis, de la transférabilité limitée dans 87 % des métiers, du vieillissement de la population canadienne et de la baisse de 50 % enregistrée depuis 10 ans dans l’arrivée d’immigrants détenant des compétences dans un métier. Un déséquilibre se fait déjà sentir entre les besoins du marché du travail et notre capacité à y répondre, que ce soit par des programmes de formation d’apprentis dans les métiers spécialisés ou par la formation d’ingénieurs et de scientifiques.
L’incapacité des établissements postsecondaires à satisfaire à la demande sur le plan de l’éducation aux adultes est un autre problème pressant. Les quelque 1,5 million de Canadiens qui affirment avoir besoin d’une formation liée à leur emploi n’ont pas accès aux méthodes de formation plus souples, plus abordables et plus adaptées à leur réalité qu’ils réclament. Les options d’apprentissage pour les adultes doivent être renforcées, tant sur les lieux de travail que dans les établissements postsecondaires, et comprendre des services d’orientation visant à relier l’apprentissage aux possibilités d’emploi.
Il existe toutefois un problème encore plus grave pour lequel les établissements postsecondaires n’offrent encore aucune solution : plus de neuf millions de Canadiens ne possèdent pas le niveau de littératie exigé par notre société moderne. Aucun système n’a été mis en place pour venir en aide à ces personnes.
Comme vous pouvez le constater, la liste des mauvaises nouvelles est longue, et je n’ai pas encore abordé une situation qui est pour vous des plus préoccupantes. En effet, malgré une augmentation des effectifs universitaires, ce qui contribue grandement à augmenter les taux d’obtention de diplôme au niveau postsecondaire, le nombre d’étudiants qui fréquentent les collèges et les cégeps a connu un recul l’an dernier dans beaucoup de régions du pays. En Ontario, par exemple, les demandes d’admission au collégial ont chuté de 2,2 %.
Depuis des générations, une formation collégiale est considérée comme moins prestigieuse qu’une formation universitaire. Beaucoup de jeunes ont donc choisi de poursuivre des études universitaires, alors que des études collégiales leur aurait procuré une plus grande satisfaction personnelle et de meilleurs revenus. Mais comment modifier une perception erronée, mais si profondément ancrée dans la population?
Cette réalité a provoqué une importante remise en question au sein du milieu collégial. Que faire pour attirer un plus grand nombre d’étudiants dans le système collégial? Pour y parvenir, certains établissements ont tenté de ressembler davantage à des universités.
Je ne suis pas en train d’affirmer que les programmes d’études et la recherche appliquée sont une mauvaise chose, bien au contraire. Mais j’insiste sur le fait que les collèges doivent miser sur leurs forces et leurs contributions uniques.
D’autres ont mis en évidence ce qui rend notre système collégial unique et ont su tirer parti de ses forces pour préparer les travailleurs canadiens à relever les défis de l’économie du savoir. Je crois qu’il s’agit d’une stratégie des plus viables, étant donné les enjeux liés à la préparation des travailleurs du savoir pour qu’ils soient en mesure de répondre aux exigences d’une économie en pleine croissance.
Après tout, le système collégial communautaire élabore des programmes d’études en lien direct avec les besoins économiques locaux et régionaux, en partenariat avec l’industrie. Les liens entre les collèges et le secteur privé se traduisent par des programmes de stages en entreprise, la présence de gens d’affaires et de représentants syndicaux dans les conseils et les comités, et la prise en compte des besoins du milieu dans l’élaboration des programmes d’études. Les tendances observables dans le marché du travail actuel accentueront la demande pour des diplômés collégiaux. L’avenir vous appartient.
Le système collégial du Canada est reconnu partout dans le monde en raison de sa capacité à répondre aux besoins des apprenants. D’autres pays tentent de reproduire la formule qui a permis aux collèges canadiens de rendre l’éducation accessible en régions rurales et éloignées et de répondre aux besoins de différents groupes, dont les Autochtones.
Les difficultés auxquelles fait face le Canada pour adapter son secteur de l’enseignement postsecondaire aux exigences de l’économie mondiale du savoir représentent une occasion en or pour les collèges. Pour qu’ils puissent profiter de cette occasion, l’approche décousue et non coordonnée qui a été celle du Canada en matière d’enseignement postsecondaire à ce jour ne sera pas suffisante. Il faut compléter et renforcer l’approche « par province » qui résulte du fait que l’éducation est un domaine de compétence provinciale. Une stratégie pancanadienne se révélera plus efficace qu’un ensemble d’initiatives disparates par province.
À mon avis, si les provinces et le gouvernement fédéral conviennent de buts, d’objectifs et de points de repère communs, chaque province aura de meilleures chances de réussite. Nous pourrions alors atteindre un consensus sur des questions qui influent grandement sur la qualité de l’enseignement postsecondaire au Canada. L’accès, le transfert de crédits, la reconnaissance des acquis, les soins de santé, la planification des ressources humaines, la recherche, le développement et l’innovation sont autant de questions qui ne devraient pas être abordées séparément par les provinces sans que nous réfléchissions à ce que nous pourrions accomplir en tant que nation.
Le Canada est l’un des rares pays industrialisés qui n’est pas doté d’une stratégie nationale en matière d’enseignement postsecondaire. Des États fédéraux comme l’Australie et les États Unis ont déjà mis de l’avant leurs propres solutions. Même l’Union européenne est parvenue à établir des objectifs et des points de repère communs à tous ses pays membres.
Nous devons faire preuve d’une grande prudence pour ne pas soulever de préoccupations inutiles. En effet, personne ne propose d’intervention du fédéral dans des domaines qui relèvent clairement des provinces, mais, si nous examinons les efforts déployés par chacune des provinces dans le domaine de l’enseignement postsecondaire, force est de constater qu’il y a largement place pour des mesures concertées. Par exemple, l’analyse comparative des déclarations des buts et objectifs en matière d’enseignement postsecondaire prescrites par les provinces révèle des similarités frappantes et des thèmes communs. Le temps est venu de tirer de ces déclarations un ensemble harmonisé et clair de cibles et d’objectifs relatifs à l’enseignement postsecondaire pour l’ensemble du pays. Les sociétés qui établissent les conditions de réussite de leur secteur de l’enseignement postsecondaire assureront leur prospérité économique et sociale et la viabilité de leur système d’éducation, mais celles qui préfèrent s’enfouir la tête dans le sable perdront du terrain.
Commençons par examiner des données de base sur l’enseignement postsecondaire. Il est paradoxal de constater que le Canada est un chef de file en ce qui a trait à des indicateurs clés comme les taux d’obtention de diplôme, mais qu’il n’est pas en mesure de fournir des données qui permettent d’établir des comparaisons internationales. Un rapport annuel sur l’éducation publié le mois dernier par l’OCDE, intitulé Regards sur l’éducation, révèle que le Canada a été incapable de fournir 60 % de l’information recueillie par les 39 autres pays visés par le document. Le Canada se classe par ailleurs dernier parmi les 40 pays membres et partenaires de l’OCDE pour ce qui est de la quantité de données sur l’enseignement postsecondaire fournies dans le cadre de l’enquête annuelle.
Par exemple, nous ne sommes en mesure de fournir aucune donnée sur la participation, les inscriptions et les diplômés de nos collèges. Qui plus est, les données que nous avons fournies sur les taux de décrochage au sein de nos collèges et universités sont incomplètes. Enfin, nous n’avons pu présenter à l’OCDE aucune information sur les personnes qui utilisent notre système d’enseignement postsecondaire.
L’adoption d’une stratégie de données pour le secteur de l’enseignement postsecondaire au Canada est une condition essentielle à la prospérité, au développement durable et à la cohésion sociale. En l’absence d’une telle stratégie, nous ne pourrons réaliser le plein potentiel des énormes investissements publics et privés en enseignement postsecondaire.
L’an dernier, nous avons proposé un ensemble de huit buts et objectifs pour le secteur de l’enseignement postsecondaire. Ces buts et objectifs, issus des plans stratégiques des provinces et des territoires pour l’enseignement postsecondaire, sont les suivants : une main d’œuvre compétente et polyvalente; l’innovation, la création du savoir et la transmission des connaissances; des citoyens actifs et en bonne santé; la qualité; l’accès pour tous les Canadiens; la participation des groupes sous-représentés; l’apprentissage tout au long de la vie; et l’abordabilité et la viabilité de l’enseignement postsecondaire.
Nous avons en outre proposé une série de 75 indicateurs afin de déterminer l’état des connaissances sur chaque but et la façon de suivre le rendement. Le rapport de cette année sur l’enseignement postsecondaire nous a permis de mettre à jour les données et de combler certaines lacunes sur le plan des données que nous avions fait ressortir l’an dernier. Il a également servi à déterminer les points de repère utilisés par d’autres pays ou organismes pour établir des buts pour l’enseignement postsecondaire, et ceux qui seront le plus utiles pour évaluer l’état de l’ensemble du secteur pancanadien d’enseignement postsecondaire.
Nous espérons que ce rapport donnera lieu à une vaste discussion sur la nécessité d’adopter une approche pancanadienne en matière d’enseignement postsecondaire, ainsi que sur les paramètres qui peuvent être utilisés pour optimiser le rendement du secteur de l’enseignement postsecondaire.
Le moment ne saurait être mieux choisi pour lancer une discussion sur l’adoption d’une approche pancanadienne. Le gouvernement fédéral a inclus un « avantage du savoir » dans son plan économique Avantage Canada. Cet avantage du savoir consiste entre autres à former la main d’œuvre la plus scolarisée, la plus qualifiée et la plus souple au monde. Il invite également à l’adoption d’une approche pancanadienne, laquelle se révèle nécessaire dans le secteur de l’enseignement postsecondaire plus que dans tout autre, car l’enseignement postsecondaire prépare les citoyens à répondre aux besoins urgents du marché du travail sur le plan des compétences et des connaissances.
Vous, qui êtes venus de partout au pays, êtes d’abord et avant tout préoccupés par la gestion quotidienne de nos collèges. Vous avez rencontré ce soir des personnes qui partagent votre réalité. Je suis certain que vous vous êtes découvert de nombreux points en commun.
Je vous invite maintenant à franchir une autre étape. Ne vous considérez pas uniquement comme des collègues qui doivent relever des défis similaires, même si vous travaillez dans des provinces différentes. Considérez-vous plutôt comme des collègues qui doivent relever un même défi et qui ont l’occasion de s’y attaquer ensemble.
Ce défi consiste à faire des collèges communautaires un pilier du système d’éducation du Canada en tirant parti de votre capacité reconnue à adapter vos programmes d’études aux besoins de l’économie du savoir. Les enjeux sont considérables. Ils ont trait à la prospérité du Canada, à sa cohésion sociale et à la qualité de vie de ses habitants. Mais les ressources dont nous disposons sont également importantes. Le Canada jouit de nombreux avantages dans son secteur de l’éducation, et ses collèges sont mondialement reconnus comme des pionniers quant à la façon dont les établissements postsecondaires peuvent sensiblement améliorer les compétences et les connaissances des travailleurs au sein d’une collectivité.
Je vous enjoins à maintenir vos programmes novateurs qui visent à stimuler les inscriptions dans les collèges. La campagne publicitaire entreprise par l’Association des collèges de l’Ontario au coût de un million de dollars est un excellent point de départ. Je vous enjoins également à trouver des façons de corriger les lacunes que notre système d’enseignement postsecondaire n’arrive pas à combler, comme l’adoption d’une approche plus souple en matière d’apprentissage chez les adultes, ou encore l’amélioration du niveau de littératie chez les adultes. Je vous demande enfin de nous aider à faire valoir la nécessité de collecter les données qui serviront à établir des points et repère et à fixer des buts auxquels l’ensemble du secteur de l’enseignement postsecondaire pourra aspirer.
Mais d’abord et avant tout, je vous invite à penser pancanadien. Merci.
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