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Merci pour votre accueil chaleureux.
C’est avec plaisir que je reviens à l’Université Saint Mary’s. Lors de ma dernière conférence ici, j’étais un professeur auxiliaire de sociologie dans la vingtaine.
La première fois que mon ami Allan Shaw ainsi que Frank Schwartz m’ont parlé de cette série de conférences, Frank et moi avons découvert que nous avions étudié à l’Université McGill en même temps. Il est vrai que le monde est petit!
Je remercie le Canadian Centre for Ethics in Public Affairs et le Partenariat en éducation de m’avoir invité ce soir. Je leur suis encore plus reconnaissant pour tout le travail qu’ils effectuent afin de créer une meilleure société.
Le Canadian Centre For Ethics in Public Affairs suscite des discussions intéressantes sur des questions et des dilemmes éthiques importants, en plus de favoriser un débat respectueux sur les sujets fondamentaux. Il aide les communautés et les citoyens à établir et à exprimer leur propre système de valeurs.
Le Partenariat en éducation est dirigé par Veronica Lacey. Mon organisation a la chance de compter madame Lacey à titre de vice-présidente du conseil d’administration. Le Partenariat en éducation est surtout connu pour sa journée « Invitons nos jeunes au travail ».
J’aimerais ce soir vous présenter la mission du Conseil canadien sur l’apprentissage. Cela servira de contexte à ma réflexion sur la question primordiale « Pourquoi apprendre? ». J’aimerais attirer votre attention sur le rôle de l’apprentissage dans l’épanouissement personnel ainsi que dans l’établissement et le renforcement des valeurs démocratiques grâce à des citoyens actifs et engagés.
En m’appuyant sur ces préceptes, j’examinerai deux importants phénomènes ayant eu lieu à l’échelle internationale au cours de la dernière génération. Ces phénomènes ont modifié en profondeur le paysage de l’apprentissage au Canada.
Le premier phénomène est le dialogue de plus en plus important sur l’apprentissage tout au long de la vie. Il n’est plus possible de considérer l’apprentissage structuré comme une fin en soi. Le système d’éducation public s’inscrit dans le processus continu de l’apprentissage qui a lieu tout au long de la vie.
Le deuxième phénomène est la perte générale de confiance dans les institutions, y compris les établissements d’enseignement. La confiance des gens dépend de la qualité des renseignements qu’ils reçoivent et de la reddition de comptes, manifestée par la transparence au chapitre de la communication, de l’analyse et de l’évaluation des résultats.
La croissance de l’attention accordée à l’apprentissage tout au long de la vie et la baisse de confiance envers les institutions ne sont pas des phénomènes indépendants. Accroître la confiance envers les écoles est une condition primordiale pour tirer parti des occasions et assumer les responsabilités relatives à l’apprentissage tout au long de la vie de la communauté. Une excellente façon d’augmenter la confiance, de simplifier les objectifs des écoles et d’inculquer l’apprentissage tout au long de la vie chez les gens est de cibler le développement de la pensée critique dès le plus jeune âge.
Après avoir présenté des moyens de favoriser la pensée critique, je conclurai en discutant de l’importance du développement humain durable, auquel contribue l’apprentissage tout au long de la vie.
Le Conseil canadien sur l’apprentissage (CCA) vise à devenir la ressource faisant autorité pour observer, analyser, évaluer et faire connaître les progrès de l’apprentissage au Canada. Le CCA fournit un encadrement au moyen d’une approche complète et réfléchie en matière d’apprentissage tout au long de la vie, d’études de qualité, d’échange de connaissances et de décisions fondées sur des données probantes. Le Conseil cherche à améliorer les résultats d’apprentissage de tous les Canadiens et à favoriser la mise en place d’une riche culture de l’apprentissage pancanadienne.
À la question « Pourquoi apprendre? », on pourrait répondre simplement : « pour atteindre un bien-être social et économique ».
Sur le plan personnel, l’apprentissage procure aux Canadiens de nombreux avantages : revenus plus élevés, perspectives d’emploi intéressantes, meilleure santé, espérance de vie plus longue et plus d’occasions de réaliser leurs rêves. À l’échelle pancanadienne, le Canada bénéficie d’une économie plus forte, d’un avantage concurrentiel, d’une plus grande stabilité sociale, d’une culture plus vivante et de liens plus serrés tissés non seulement dans les communautés mais également entre elles.
L’apprentissage comprend le développement intellectuel, physique et spirituel. Il nous inculque des capacités de raisonnement et de jugement. Il nourrit nos aptitudes sociales et nos compétences interpersonnelles. Il favorise l’acquisition des capacités de prise de décision, de travail en équipe et de leadership.
Nous nous tournons vers l’apprentissage pour enrichir nos connaissances, nos compétences et nos valeurs à toutes les étapes de la vie. Nous apprenons comment vivre des transitions plus harmonieuses entre ces étapes.
« Pourquoi apprendre? » C’est aussi pour « former des citoyens actifs à l’échelle locale, pancanadienne et internationale » sur des dossiers clés au pays ou dans le monde.
Nous apprenons pour connaître et comprendre l’histoire et la culture du Canada ainsi que pour soutenir l’identité canadienne. Comme de nombreux jeunes Canadiens le soulignent avec passion, nous apprenons pour connaître et comprendre le monde naturel et l’environnement.
L’apprentissage doit comprendre les moyens pour fonctionner efficacement dans le monde, ce qui veut dire la littératie, les capacités de raisonnement, les connaissances générales et la préparation à la réussite professionnelle. Il se rapporte également à la résolution de problèmes, à la découverte par soi-même et à la découverte de soi.
L’apprentissage a lieu tout au long de la vie et influence tous les domaines de l’existence. Il est essentiel à l’expérience humaine et définit presque tous les aspects de la vie.
L’intérêt des personnes et des sociétés envers l’apprentissage tout au long de la vie est en croissance. En 1972, l’UNESCO a donné une importance centrale à l’apprentissage tout au long de la vie lors de la publication du rapport de la commission Faure. La commission a insisté sur deux principes : l’apprentissage tout au long de la vie et la progression d’une société d’apprentissage. Edgar Faure et ses collègues ont démontré que l’objectif du développement humain est l’épanouissement complet de la personne. Ils ont également affirmé qu’un apprentissage complet tout au long de la vie produisait le type de personne à part entière dont la société moderne a de plus en plus besoin.
Sous la direction de Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne, l’UNESCO a proposé en 1996 un modèle décrivant les quatre piliers de l’apprentissage.
Les quatre piliers de l’apprentissage sont les suivants :
Afin d’observer et de rendre compte de toutes les sphères de l’apprentissage tout au long de la vie, le CCA a créé l’Indice composite de l’apprentissage annuel en 2006. Premier du genre au monde, cet Indice repose sur les quatre piliers.
L’Indice de cette année dresse un portrait de la situation de l’apprentissage tout au long de la vie au pays. Les chemins de l’apprentissage pour chacun d’entre nous sont, évidemment, très complexes, imprévisibles et individuels.
L’apprentissage au cours des cinq premières années de l’enfance a des effets sur le bien-être et la réussite dans la vie. Il s’agit de la période au cours de laquelle les nourrissons et les tout-petits se font une idée de la valeur et du but de l’apprentissage. Malgré cette importance, 25 % des enfants commencent l’école sans les compétences de base essentielles pour acquérir un bon niveau de littératie et de numératie. Un enfant sur quatre présente des problèmes d’apprentissage ou de comportement lorsqu’il entre en première année.
Il est vrai que les parents et les autres membres de la famille jouent un rôle primordial dans le modelage des attitudes et des capacités des jeunes enfants. De plus, les environnements dans lesquels les enfants vivent peuvent profondément influer sur les réussites en apprentissage à long terme.
La plupart des familles canadiennes ont recours à un mode de garde, structuré ou non. Les services de garde de bonne qualité, quel que soit leur type, ont des effets positifs sur les habiletés motrices, la santé émotionnelle et l’acquisition du langage.
Le rendement en mathématiques, en lecture, en sciences et en résolution de problèmes pendant les années du primaire et du secondaire représente un bon indicateur prévisionnel de la réussite dans la vie. Obtenir de bons résultats dans ces matières est un indicateur de réussite en formation postsecondaire, d’une participation active dans la communauté et du développement d’un ensemble de compétences transférables. Les étudiants canadiens se comparent avantageusement à l’échelle internationale.
Depuis 1991, le taux de décrochage au secondaire a diminué de près de 50 % au Canada. Il demeure toutefois disproportionnellement élevé chez les jeunes garçons adolescents, les jeunes autochtones et les jeunes qui vivent dans de petites villes et des collectivités rurales.
Le taux de participation à l’enseignement postsecondaire au Canada est élevé par rapport à celui des autres pays. Il existe cependant un écart entre les hommes et les femmes. L’an passé, près de 29 % des jeunes femmes fréquentaient l’université, contre 22 % des jeunes hommes. Les femmes sont toutefois sous-représentées dans les programmes de formation professionnelle et de formation des apprentis.
Le Canada se classe au deuxième rang parmi les 20 pays de l’OCDE en ce qui a trait à la scolarisation postsecondaire générale, ce qui inclut l’université, le collège et la formation des apprentis. Dans le cas des études universitaires seulement, nous nous classons au septième rang. Le pourcentage de Canadiens ayant obtenu un diplôme d’apprenti n’a pas bougé depuis environ 15 ans.
Publiée à la fin d’octobre, une étude du Conference Board du Canada conclut que le Canada se classe deuxième parmi 17 pays semblables en ce qui a trait aux résultats d’apprentissage. Le Conference Board a affirmé que le « Canada offre une éducation de haute qualité aux personnes âgées de 5 à 25 ans. »
Voilà qui donne un aperçu de la situation des Canadiens en ce qui concerne le pilier « apprendre à savoir ».
Au-delà du système scolaire structuré se trouve le pilier « apprendre à faire » et ses indicateurs tel le degré de formation en milieu de travail. La proportion des employeurs canadiens offrant une telle formation a peu augmenté. Alors que 56 % des entreprises canadiennes offrent de la formation, le pourcentage s’élève à 90 % au Royaume-Uni.
Je voudrais discuter d’un indicateur en particulier. Plus de la moitié des travailleurs titulaires d’un diplôme universitaire prennent part annuellement à une formation liée à l’emploi, par rapport à seulement deux travailleurs sur 10 parmi ceux dont la formation ne dépassait pas le niveau secondaire.
Ce fait est encore plus problématique qu’il n’y paraît au premier coup d’œil. Lorsqu’ils participent à une formation, les travailleurs peu instruits sont deux fois plus susceptibles de déclarer que celle-ci les a aidés à progresser sur le marché du travail. En résumé, les personnes qui ont le plus besoin de formation sont celles qui sont les moins susceptibles d’en recevoir.
Selon le Conference Board, « [l]e système canadien est fortement axé sur les compétences acquises à l’école. Il ne se préoccupe pas assez de la formation en milieu de travail et de l’apprentissage tout au long de la vie qui peuvent être offerts à l’extérieur des établissements d’enseignement traditionnels. […] Les employeurs canadiens investissent peu dans les programmes de formation en milieu de travail. »
En ce qui concerne le pilier « apprendre à vivre ensemble », l’Indice met l’accent sur des résultats particulièrement appropriés, puisqu’ils consistent à établir la compréhension et la confiance.
La participation des Canadiens à des clubs sociaux et à d’autres regroupements est en train de repartir en hausse. Les associations telles que le Club Rotary, les organisations d’anciens élèves, les partis politiques et les groupes de loisirs sont inclus.
Environ un cinquième de la population du Canada est né à l’extérieur du pays, ce qui représente plus de six millions de personnes. Plus de 200 origines ethniques différentes ont été répertoriées au pays, et les Canadiens parlent plus de 200 langues. Nous oublions à quel point cette situation est étonnante jusqu’à ce que nous nous comparions avec le reste du monde et découvrions l’homogénéité de nombreuses autres nations.
Plus de 70 % des Canadiens socialisent régulièrement avec des personnes d’autres cultures. Plus de 95 % estiment que les relations avec des personnes de cultures différentes favorisent l’apprentissage.
En observant le nombre de Canadiens qui font du bénévolat, nous pouvons évaluer leur degré d’engagement social et communautaire.
Environ la moitié des Canadiens de plus de 15 ans font du bénévolat à l’un de ces trois types d’organisations : les groupes de sports et loisirs, les groupes offrant des services sociaux et les groupes religieux. Environ quatre Canadiens sur cinq ont apporté leur soutien bénévole directement à des personnes.
Les analyses confirment ce que nous devinions : les bénévoles améliorent leurs aptitudes en communication et leurs compétences interpersonnelles, en plus d’enrichir leurs connaissances générales sur une grande variété de sujets.
Je me cite en exemple. Ma carrière découle de ma pratique initiale de la médecine communautaire. Je suis un fervent défenseur du pouvoir de l’apprentissage dans la communauté et de la communauté, y compris au moyen du bénévolat.
Grâce à l’Indice composite de l’apprentissage, nous pouvons examiner certains indicateurs, notamment ceux d’épanouissement personnel et de bien-être. La recherche a montré les nombreux bienfaits d’une exposition aux médias à la maison. Alors que les sommes consacrées à l’achat de matériel imprimé sont à la baisse, les dépenses consacrées aux services Internet dans les ménages ont connu une augmentation spectaculaire.
Les adultes se servent d’Internet pour différentes raisons personnelles : échanger des courriels, se tenir au courant de l’actualité, clavarder ou encore chercher de l’information, par exemple sur les voyages, sur la santé ou encore des renseignements médicaux. Le Canada est l’un des 10 pays au monde qui comptent le plus grand nombre d’internautes. L’Internet, technologie relativement nouvelle, est même devenu un outil d’apprentissage précieux pour les personnes âgées.
De plus, l’apprentissage par la pratique du sport, les Huskies vous le diront, favorise l’épanouissement personnel. L’individu apprend à exercer son leadership, à travailler en équipe, à adopter une certaine discipline et à faire preuve de créativité dans la prise de décisions, en plus des avantages évidents tant sur le plan physique que social. Malheureusement, force est de constater que seulement 28 % des adultes canadiens participent à des activités sportives, une diminution phénoménale comparativement au début des années 1990 où ils étaient 45 %. Malheureusement, les jeunes adultes se désintéressent du sport en grand nombre.
L’apprentissage par la culture a également un effet positif sur l’épanouissement personnel, renforce l’estime de soi et donne de l’assurance. Alors que les ménages canadiens consacrent plus d’argent qu’auparavant aux arts de la scène, leurs dépenses en matière d’événements et de visite d’établissements d’ordre culturel demeurent au beau fixe. Et les membres des ménages à revenu élevé sont beaucoup plus susceptibles d’assister à des spectacles.
L’Indice composite de l’apprentissage réunit les indicateurs de 4 700 communautés réparties d’un océan à l’autre. Plus de 90 % des communautés de l’Atlantique montrent des signes d’amélioration par rapport au point de référence établi dans le premier rapport publié il y a deux ans. En fait, les communautés de l’Atlantique indiquent une tendance vers une amélioration nationale globale.
En publiant l’Indice composite de l’apprentissage ainsi que d’autres ouvrages, le Conseil canadien sur l’apprentissage contribue à accroître la confiance du public. Quels que soient les résultats des rapports, la diffusion de l’information raffermit la confiance.
Si l’information jugée importante n’est pas résumée, évaluée et diffusée de façon claire et généralisée, les gens ont tendance à ne pas croire ce qu’on leur raconte. La confiance n’est pas au rendez-vous lorsque les Canadiens sont mal informés.
En 2007, l’Association canadienne d’éducation a mené une enquête sur les attitudes du public à propos de l’éducation. Selon cette enquête, « seulement 6 % des Canadiens ont donné un A à leurs écoles, 42 % leur ont alloué un B et 33 %, un C. La confiance des Canadiens dans l’éducation a brutalement chuté ». Les résultats sont remarquablement semblables dans tout le pays.
En août, Environics a également réalisé une enquête sur des questions d’éducation pour le compte de la CBC. Dans l’ensemble, les résultats concordent avec les constatations faites par l’ACE.
L’enquête pour la CBC contenait également des questions sur ce que les établissements scolaires devraient enseigner aux élèves. Dans une très grande proportion, plus de 90 % dans tous les cas, les parents pensent que les enfants devraient apprendre à l’école comment préparer un repas, gérer un budget familial et comprendre ce qu’est une bonne alimentation et des pratiques sexuelles sans risque.
Un pourcentage aussi élevé de parents croient que les écoles devraient mettre l’accent sur le développement moral, les valeurs et le comportement éthique ainsi que sur les aptitudes menant vers une carrière. Plus de 99 % des parents sont d’avis que les écoles doivent insister sur les aptitudes sociales des élèves et sur leur capacité à bien s’entendre et à travailler avec leurs pairs. Somme toute, des attentes assez extraordinaires envers nos écoles.
Le CCA a effectué sa propre enquête sur les attitudes des Canadiens envers l’apprentissage structuré, qui a révélé que la plupart sont satisfaits du système d’éducation. Toutefois, selon eux, les écoles devraient mieux préparer les enfants aux réalités du marché du travail.
Les résultats de l’enquête montrent que les parents sentent le besoin d’agir, c’est-à-dire de participer activement à l’orientation de l’éducation de leurs enfants. Nos indicateurs témoignent d’un « parentage intensif », révélant une conscience de demandes croissantes pour des compétences, des connaissances et une capacité d’adaptation dans le marché du travail.
J’ai voulu vous donner un aperçu de ces différentes enquêtes pour illustrer l’importance de diffuser de l’information exacte, précise, cohérente et transparente de manière à redresser la tendance au scepticisme. On peut mettre en doute les résultats d’une enquête. Cependant, si des sources différentes produisent les mêmes données, l’information inspire alors confiance.
Nous, ici présents, pouvons penser qu’un nombre beaucoup plus grand d’écoles méritent la note A. Nous pouvons être d’avis que les écoles ne peuvent pas combler toutes les attentes des parents. Le point essentiel, c’est que ces enquêtes nous révèlent la perception qu’ont les Canadiens de l’éducation, et cette perception est la réalité à moins que de l’information impartiale et l’obligation de rendre des comptes permettent aux Canadiens de parvenir à d’autres conclusions. Dans le domaine de l’apprentissage, tout comme dans toute autre discipline ou sphère de la vie, on doit gagner la confiance des gens.
Celle-ci diminue si les établissements d’enseignement sont perçus comme révisant en baisse leurs objectifs. C’est pourquoi les gens se méfient lorsque, par exemple, le nombre de crédits exigés est réduit. Cela est perçu comme un moyen superficiel d’augmenter les taux d’obtention de diplôme sans qu’il ait été démontré que les résultats d’apprentissage en soient meilleurs pour autant.
Ben Levin est professeur émérite du Ontario Institute for Studies in Education. Il a été sous-ministre au Manitoba et en Ontario. Dans un papier publié cet été, le professeur Levin affirmait que l’éducation publique repose sur la confiance du public, qu’après tout, nous demandons aux gens de nous confier leurs enfants et de nous donner des sommes d’argent considérables, que les écoles sont affaires de communications publiques, que cela nous plaise ou non, qu’on ne peut jamais tenir pour acquis l’appui des gens et que cet appui doit continuellement être gagné et regagné... une tâche ardue, mais d’une importance vitale.
En fait, l’obligation de rendre des comptes peut être profitable aux écoles. Elle permet de mieux comprendre les enjeux comme le ressourcement adéquat, le maintien en poste des enseignants, un meilleur accès aux possibilités d’éducation et la reconnaissance des réussites. Des données exhaustives sur les décrocheurs et les étudiants qui changent de programme ou d’établissement sont très utiles pour augmenter le soutien accordé aux écoles.
L’ouverture et l’obligation de rendre des comptes constituent les piliers d’une compréhension mutuelle, de l’innovation, d’améliorations pratiques, de la responsabilisation collective et de meilleurs résultats d’apprentissage.
Raffermir la confiance en nos écoles est une condition sine qua non des partenariats requis pour que l’apprentissage tout au long de la vie devienne une réalité. Les parents, les enseignants, les administrateurs, les entreprises et les syndicats, les associations locales, les organismes sociaux et les citoyens doivent tous être des partenaires dans le processus continu de l’apprentissage.
C’est précisément parce qu’ils se préoccupent d’inculquer aux enfants les connaissances et les compétences qui leur permettront de mieux s’adapter à un monde en évolution que les parents et les communautés demandent aux écoles d’enseigner beaucoup plus que les matières habituelles. Ils demandent maintenant aux enseignants de transmettre à leurs élèves des compétences professionnelles et des valeurs, et d’insister sur les aptitudes sociales, les connaissances technologiques et les aptitudes à la vie quotidienne. Ils exigent que les écoles établissent des normes et les respectent dans les matières touchant à tous ces domaines. Pour leur part, les communautés désirent que leurs établissements d’enseignement jettent les bases de l’apprentissage tout au long de la vie.
Au lieu d’ériger un nombre incalculable de normes spécifiques, nous pourrions concentrer nos efforts à établir des normes intellectuelles générales et durables qui peuvent guider les étudiants où qu’ils aillent et quoi qu’ils fassent dans la vie. Ces normes doivent favoriser le développement de la pensée critique plutôt que d’encourager l’élève à mémoriser des connaissances ou à essayer de déterminer ce que l’enseignant voudrait bien entendre.
La pensée critique repose sur des valeurs intellectuelles qui transcendent les matières enseignées à l’école ou des aptitudes précises : clarté, logique, pertinence, précision, cohérence, données probantes, ampleur, portée et impartialité. Elle est volontaire et se veut un jugement réfléchi découlant de discernement, d’analyse, de synthèse et d’évaluation.
Elle améliore la capacité de reconnaître et de résoudre des problèmes, de rassembler des données essentielles, d’admettre des hypothèses, de raffiner des généralisations, d’évaluer les relations entre les propositions et de tirer des conclusions et des généralisations justifiées.
La pensée critique est essentielle à la participation civique, à la compréhension du monde dans lequel on vit ainsi qu’à la navigation dans celui-ci. Les gens cultivés qui exercent la pensée critique sont en mesure de relever les multiples défis de la vie. Ils s’interrogent, utilisent des idées abstraites pour évaluer l’information, abordent les questions avec un esprit ouvert et communiquent efficacement. Ces personnes sont capables d’autonomie, de maîtrise et de monitorage de soi ainsi que d’autocorrection. Ils sont persévérants, intègres, responsables et démontrent une humilité intellectuelle.
On doit encourager les étudiants à émettre des hypothèses, à se fixer des objectifs, à planifier, à mesurer leurs progrès et à exprimer leur opinion sur le comportement social. Ils devraient continuellement avoir l’occasion de s’épanouir individuellement et au sein de groupes pour étudier, analyser, expliquer et évaluer les relations humaines et les événements. Les étudiants devraient se voir offrir de nombreuses occasions individuelles et collectives de gérer le temps et les ressources, relever des défis, faire des choix et accepter la responsabilité de ces choix.
Les enseignants et les familles peuvent encourager les étudiants à être curieux, impartiaux dans leurs évaluations, disposés à réexaminer les résultats, prêts à interroger les experts et se montrer prudents dans les jugements qu’ils portent. Nous pouvons tous inciter les jeunes à reconnaître les règles et les processus qui gouvernent notre société et leur fournir de nombreuses occasions de participer à la vie communautaire.
Depuis toujours, je crois profondément au pouvoir de transformation de l’apprentissage. L’influence profonde du processus d’apprentissage sur toutes les sphères de notre existence est carrément stupéfiante. C’est pourquoi j’ai choisi de faire carrière dans le domaine de l’apprentissage et de me consacrer plus particulièrement au renforcement des liens entre l’apprentissage institutionnel et les réalités fondamentales de la condition humaine.
Une des missions principales de l’apprentissage est l’avancement de la civilisation. Partager des objectifs et des valeurs avec ceux qui nous entourent est à la fois un pivot et une application essentielle de l’apprentissage tout au long de la vie. Devenir un homme ou une femme à part entière comprend la citoyenneté productive, critique et responsable doublée d’un engagement à contribuer aux enjeux d’importance générale.
L’apprentissage tout au long de la vie signifie encourager le développement intellectuel et l’engagement personnel pour le maintien du bien-être collectif. Penser, agir et contribuer sont les éléments d’une personne à part entière.
L’apprentissage consiste à développer le meilleur de soi, un sentiment d’appartenance à un tout et un sentiment d’accomplissement dans la vie privée et publique.
La société démocratique prospère lorsque la pensée des gens est bien aiguisée, que l’apprentissage repose sur la confiance et non le contrôle, et que la communauté accorde autant de valeur aux aspirations individuelles qu’aux buts communs.
L’apprentissage tout au long de la vie, c’est l’acquisition continue de nouvelles connaissances, compétences, attitudes et valeurs pour répondre à la constance du changement dans un monde de plus en plus interdépendant. C’est une question d’édification personnelle et sociétale.
La responsabilité environnementale représente une pierre de touche dans l’application de l’apprentissage en réponse à des défis communs des plus exigeants. Apprendre à vivre ensemble, c’est aussi apprendre à respecter l’environnement et à prendre conscience de sa valeur. Quand on parle de développement humain durable et d’harmonie avec la nature, on parle en réalité d’être en harmonie les uns avec les autres.
L’avancement de la condition humaine dépend de notre capacité à réfléchir sur le rôle de l’apprentissage chez nous et dans le reste du monde. Des millions de personnes sur la planète n’ont aucun accès à l’éducation, à plus forte raison à celle qui promeut une vision vraiment humaine d’estime de soi et d’accomplissement.
Apprendre est bien plus qu’une question d’argent ou de programme. Cela exige de se mettre à l’épreuve, d’accueillir de nouvelles circonstances et de reconnaître la valeur de l’apprentissage dans nos écoles, dans nos foyers, dans nos communautés et au travail. Cela exige des citoyens bien outillés pour relever les défis de leur temps et déterminés à le faire.
J’aimerais conclure en citant les propos émouvants de Joseph Howe, celui que l’on nomme le plus grand des Néo-Écossais : « Quand je suis assis seul devant une tâche à entreprendre dans le cadre de mon travail, les seules questions que je me pose sont : Qu’est-ce qui est bien? Qu’est-ce qui est juste? Qu’est-ce qui est dans l’intérêt public? »
Merci beaucoup.
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