Speeches

Améliorer le climat des affaires et la compétitivité canadiennes

Robert Giroux, Président du conseil d’administration, CCA

23 janvier 2007
Conférence du Forum des politiques publiques
Deuxième groupe d’experts : Les défis liés aux ressources humaines—Formation en milieu de travail
Ottawa
Entrée en matière

Je suis heureux d’avoir l’occasion de présenter les moyens que privilégie le Conseil canadien sur l’apprentissage pour améliorer la compétitivité du Canada.

Notre position est claire et nette. Peu de choses importent davantage que le perfectionnement des ressources humaines pour assurer au Canada des perspectives d’avenir florissantes. Dans l’économie compétitive mondialisée actuelle, une population qualifiée et compétente est la clé de la réussite économique et du progrès social. Les pays qui excellent sont ceux dont les habitants sont capables de s’adapter et de poursuivre leur apprentissage tout au long de leur vie.

Le Conseil canadien sur l’apprentissage entend jouer un rôle de catalyseur en matière d’apprentissage tout au long de la vie au Canada. Nous avons donc mis en œuvre tout un éventail de moyens innovants pour communiquer aux éducateurs, aux gouvernements, aux employeurs, aux employés, aux syndicats et au public un ensemble de données essentielles sur l’apprentissage.

L’Indice composite de l’apprentissage du CCA fait partie de ces nouveaux outils. Il vise à mesurer le rendement du Canada dans tous les aspects de l’apprentissage, que ce soit à l’école, à la maison, en milieu de travail ou au sein de la collectivité. L’indice renforce l’idée que, de nos jours, l’apprentissage ne se limite pas aux bancs d’école.

Le Conseil a aussi publié, le mois dernier, la première étude sur l’état de l’enseignement postsecondaire au Canada, qui a fait ressortir l’importance de se doter d’objectifs pancanadiens dans ce secteur essentiel.

Enfin, ce vendredi, le Conseil publiera son tout premier rapport sur l’état de l’apprentissage au Canada, consacré aux progrès accomplis dans l’apprentissage chez les tout-petits jusque chez les aînés. Le rapport met tout particulièrement l’accent sur la littératie.

J’aimerais aujourd’hui vous faire part de certaines de nos conclusions sur l’apprentissage chez les adultes, au sein comme à l’extérieur du milieu de travail.

Or, je suis au regret d’avoir à vous l’annoncer, les nouvelles sur ce plan ne sont pas toutes bonnes.

Le Canada est en péril

Au Canada, le soutien qu’accordent les entreprises à l’éducation et à la formation des adultes est moindre que dans d’autres pays de l’OCDE, tant sur le plan des dépenses en formation par employé que sur celui de la part de la rémunération consacrée à la formation.

Aux États-Unis, environ 45 % des adultes ont participé à de l'éducation ou de la formation liée à l'emploi au cours de l'année 2003. En comparaison, moins de 30 % des Canadiens ont prit part à une telle formation liée au travail en 2002.

Au Canada, ce sont les hommes, les employés de bureau et les travailleurs qui détiennent déjà un diplôme d’études postsecondaires qui en ont le plus profité. Le rapport montre également que la formation en milieu de travail est beaucoup plus accessible dans les grandes entreprises. Pourtant, l’économie canadienne repose en majorité sur les petites et moyennes entreprises.

Or, selon l’Enquête sur l’éducation et sur la formation des adultes, publiée par Statistique Canada, 1,5 million de Canadiens disent avoir besoin d’une formation liée à leur emploi, besoin qui n’est pas satisfait.

Il y a des chiffres encore plus préoccupants. En effet, quatre Canadiens sur 10 âgés de 16 à 65 ans – soit 9 millions de personnes – ne possèdent pas, selon l’OCDE, le niveau de littératie leur permettant de fonctionner dans l’économie actuelle. S’ils n’améliorent pas leur littératie, ces adultes peuvent difficilement mettre leurs compétences à niveau, encore moins faire des études postsecondaires. Or, celles-ci représentent aujourd’hui la norme minimale pour quantité de nouveaux emplois.

Les recherches montrent également que les investissements en littératie sont trois fois plus efficaces que les investissements en capital physique pour améliorer la productivité à long terme. Même une légère amélioration des compétences en littératie produit un effet marqué sur l’économie d’un pays. Ainsi, une augmentation de 1 % du niveau de littératie de la population peut entraîner une hausse du PIB par personne de 1,5 % et un gain en productivité de la main-d’œuvre de 2,5 %. Au cours de la dernière décennie, l’amélioration de la productivité des travailleurs a été le plus important vecteur de croissance économique dans la plupart des pays industrialisés.

La comparaison de la réponse du Canada avec celle de ses concurrents fait apparaître des raisons supplémentaires de nous inquiéter. En effet, le Royaume-Uni, la Suède, l’Irlande, Singapour et la plupart des pays industrialisés ont accru leurs investissements dans le perfectionnement des compétences des adultes, notamment en adoptant des mesures visant à améliorer la littératie et la numératie de ce segment de la population.

La Norvège, par exemple, a mis en place un plan d’apprentissage qui a permis d’augmenter l’offre de travailleurs qualifiés tout en faisant considérablement chuter le taux de décrochage au secondaire.

Dans le cadre de ce programme, les élèves prennent part à un stage d’apprentissage de deux ans après seulement deux années d’études secondaires. Leurs salaires sont subventionnés par le gouvernement. On a repris l’idée des stages d’apprentissage pour des emplois de cols blancs et l’industrie des services. Trois ans seulement après la mise en place des réformes, 97 % des anciens décrocheurs étaient de retour à l’école, sur le marché du travail ou inscrits à un programme de formation.

Au Royaume-Uni, l’Adult Learning Inspectorate surveille la qualité de l’éducation et de la formation offerte par le secteur privé, les ONG, les institutions publiques et les agences de formation et produit des rapports sur la question. Il formule également des recommandations aux employeurs sur la façon d’améliorer leur approche en matière de formation.

Le Canada ne s’est doté d’aucun programme comparable.

Rôle du secteur de l’enseignement postsecondaire

Quel est le rôle du système d’éducation formelle, et plus particulièrement du secteur de l’enseignement postsecondaire, dans ce contexte? L’éducation des adultes n’a jamais fait partie de la mission des établissements d’éducation postsecondaire, à l’exception peut-être des écoles de métier. Mais de nos jours, l’éducation postsecondaire n’est plus seulement l’affaire des jeunes ou des étudiants qui fréquentent l’université.

Dans un contexte où près de 70 % des nouveaux emplois exigent une formation postsecondaire – et où des millions de Canadiens ont besoin de parfaire leur formation et de mettre à niveau leurs compétences – les collèges et les universités pourraient et devraient jouer un rôle beaucoup plus actif dans l’apprentissage chez les adultes. De véritables partenariats avec le privé doivent être établis afin d’améliorer la formation en milieu de travail, et les établissements d’éducation postsecondaire doivent offrir de plus amples possibilités d’éducation des adultes.

C’est d’ailleurs exactement ce que la plupart des pays développés ont entrepris de faire. Par exemple, la Grande-Bretagne a créé les Foundation Degrees, qui permettent d’accéder à l’enseignement supérieur au moyen d’une formation professionnelle. La France, quant à elle, tient compte de l’expérience de vie et reconnaît les acquis. Enfin, le gouvernement fédéral d’Allemagne et ceux des länder ont adopté une stratégie conjointe d’apprentissage tout au long de la vie pour guider leur collaboration en matière d’éducation et de formation des adultes.

L’un des éléments communs de ces initiatives est que les établissements d’enseignement postsecondaire sont appelés à jouer un rôle de premier plan dans l’apprentissage chez les adultes. Autre aspect clé, ces pays se sont tous assuré l’appui d’acteurs de toutes les sphères socioéconomiques afin de relever les défis liés à l’apprentissage, car ils savent que tous les secteurs doivent conjuguer leurs forces pour bâtir une société du savoir.

Le Canada doit améliorer les connaissances et les compétences des Canadiens par l'entremise de réseaux hors des milieux de la recherche et de l’enseignement supérieur. Tous les secteurs doivent travailler de concert pour trouver des solutions aux défis liés aux ressources humaines au Canada.

Conclusion

Nous nous réjouissons de l’approche présentée dans Avantage Canada, qui tire essentiellement les mêmes conclusions que le CCA. Nous appuyons également le gouvernement fédéral lorsqu’il met l’accent sur la reddition de comptes pour déterminer si nous atteignons les objectifs que nous nous sommes fixés. Par exemple, il faut être en mesure d’évaluer si les 29 milliards de dollars investis annuellement dans l’éducation postsecondaire suscitent bel et bien les retombées économiques et sociales auxquelles les Canadiens s’attendent.

Nous croyons que le rendement sur l’investissement dans l’éducation postsecondaire augmenterait substantiellement si les nombreux partenaires du secteur de l’éducation collaboraient à l’atteinte de buts communs au Canada.

En ce qui a trait à la formation en milieu de travail, le CCA croit qu’il est essentiel de définir des façons de combler les besoins en apprentissage des adultes et de s’y attaquer en priorité. Nous recommandons l’adoption d’une approche pancanadienne cohérente et coordonnée en matière d’agrément, de reconnaissance des crédits, de reconnaissance des titres de compétences et d’évaluation des acquis. Nous insistons également pour que l’accent soit mis sur les taux de participation et de diplomation au sein des groupes sous-représentés. Afin de répondre aux besoins du marché du travail, nous devons veiller à ce que chacun ait l’occasion d’exploiter son plein potentiel.

Avantage Canada représente un bon point de départ, et le Conseil canadien sur l’apprentissage est disposé à contribuer au succès de ces initiatives en recueillant les données et en produisant le savoir nécessaires pour garantir que le pays soit sur la bonne voie. Les centres du savoir sur l’apprentissage et le milieu de travail, sur l’apprentissage chez les adultes et sur l’apprentissage chez les Autochtones collaborent avec des experts de partout au Canada, qu’ils soient issus d’organisations syndicales, du secteur des affaires, du milieu de la recherche, de la fonction publique ou du secteur de l’éducation, pour chercher des solutions à bon nombre des problèmes que j’ai soulevés aujourd’hui.

Je vous remercie.

 

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