Lessons in Learning

Le rôle des parents dans les devoirs de leurs enfants

7 février 2008

Selon l’Enquête de 2007 sur l’attitude des Canadiens à l’égard de l’apprentissage, 72 % des parents canadiens estiment que les devoirs sont une fréquente source de stress dans leur foyer[1].

Néanmoins, la plupart croient qu’ils représentent de précieux outils d’apprentissage, opinion confirmée par les données empiriques disponibles.

La recherche sur la participation des parents aux devoirs permet de tirer des leçons sur la manière dont ces derniers peuvent diminuer le stress lié aux devoirs tout en encourageant leur enfant à adopter une routine de travail.

 

Enquête sur l’attitude des Canadiens à l’égard de l’apprentissage

Selon vos expériences en tant qu’étudiant ou parent, dans quelle mesure êtes-vous d’accord avec l’énoncé suivant : les devoirs ont souvent été une source de stress à la maison?

Pas du tout d’accord : 4 %
Pas d’accord : 23 %
D’accord : 48 %
Entièrement d’accord : 24 %

* Réponses de parents d’enfants âgés de 5 à 24 ans.

Les devoirs comme outil d’apprentissage efficace

Bien que les devoirs fassent largement partie des méthodes d’enseignement et d’apprentissage à l’échelle mondiale, leur efficacité en tant qu’outil d’apprentissage reste controversée. Au fil des époques, l’opinion publique a tantôt penché en faveur des devoirs, tantôt remis en cause leur valeur et leur efficacité[2]. Les partisans des devoirs à la maison font valoir qu’ils peuvent contribuer à renforcer ce que les élèves ont appris en classe, les préparer à poursuivre leur apprentissage, favoriser le développement de bonnes habitudes de travail, les aider à développer leur sens de l’autonomie et des responsabilités[3] et améliorer la communication entre parents, élèves et établissements d’enseignement[4], [5], [6]. Les opposants remettent en question leur contribution au rendement scolaire et pensent qu’au lieu de favoriser l’apprentissage, les devoirs peuvent représenter une surcharge de travail, réduire l’accès aux loisirs, en pousser certains à tricher et aggraver les différences socio-économiques entre les élèves[7], [8], [9], [10].

Au Canada, le soutien parental lors des devoirs est actuellement très marqué. Selon l’Enquête de 2007 sur l’attitude des Canadiens à l’égard de l’apprentissage, plus de 80 % des parents croient que les devoirs favorisent l’apprentissage et contribuent au développement de bonnes habitudes de travail (figure 1)[11]. Les données empiriques sur l’efficacité des devoirs indiquent souvent des conclusions contradictoires : tandis que certaines études en démontrent les bienfaits, d’autres ne concluent nullement qu’ils favorisent l’apprentissage ou le rendement[12]. La plupart du temps, les données démontrent toutefois que les devoirs constituent un précieux outil d’apprentissage. Les élèves qui ont des devoirs à faire à la maison réussissent mieux que ceux qui n’en ont pas, et le temps qu’ils consacrent à leurs devoirs contribue à améliorer leurs résultats scolaires[13].

Figure 1 : Ce que pensent les parents et les non-parents des devoirs

Les devoirs comme source de stress au foyer

Bien que les parents et chercheurs s’accordent généralement pour dire que les devoirs constituent un outil d’apprentissage précieux, ils représentent néanmoins une fréquente source de stress dans les foyers canadiens. Quelles sont les causes de ce stress? L’implication parentale dans les devoirs à la maison est bénéfique pour les enfants : la participation appropriée des parents peut augmenter la valeur des devoirs aux yeux de l’enfant et améliorer considérablement les résultats scolaires, notamment un rendement scolaire supérieur, moins de problèmes de discipline, une attitude plus positive envers l’école et des habitudes de travails plus constantes[14], [15], [16], [17], [18].

Interpréter les recherches sur les devoirs

Bien que les données indiquent que les étudiants tirent parti des devoirs de plusieurs manières, les conclusions des recherches indiquent quelques avertissements cruciaux. Il est particulièrement évident que les élèves du secondaire tirent profit des devoirs, mais les données disponibles ne confirment pas clairement les avantages qu’en tirent les élèves les plus jeunes. De plus, il n’existe pas de données tangibles concernant la quantité de devoirs optimale, mais les recherches suggèrent qu’une trop grande quantité peut avoir des effets négatifs sur la productivité. Par exemple, une étude a conclu que des élèves du deuxième cycle du secondaire qui font de 7 à 12 heures de devoirs par semaine obtenaient un rendement scolaire supérieur à ceux qui en faisaient de 13 à 20 heures. [i]

La quantité optimale de devoirs varie considérablement selon plusieurs facteurs, notamment l’âge, le niveau de compétence et la matière. Toutefois, les chercheurs s’entendent généralement pour dire que les jeunes élèves du primaire ne devraient pas faire plus de 20 à 30 minutes de devoirs par soir et ceux de la 3e à la 6e année, pas plus de 30 à 60 minutes[i]. La quantité varie davantage pour les élèves plus âgés.

Toutefois, l’implication peut devenir stressante pour les parents lorsqu’ils croient ne pas posséder les connaissances, le temps et les conseils nécessaires pour appuyer leurs enfants de manière appropriée.

Connaissances

Selon l’Enquête de 2006 sur l’attitude des Canadiens à l’égard de l’apprentissage, 64 % des parents canadiens estiment ne pas posséder les connaissances voulues pour aider leurs enfants à faire leurs devoirs[19]. Ces résultats correspondent à ceux d’une étude réalisée par Ipsos-Reid en 2005 au nom de High Road Communications et de Microsoft Canada, qui concluait que le manque de connaissances était l’obstacle le plus souvent cité par les parents dans le cadre de leur participation aux devoirs de leurs enfants[20]. Au Royaume-Uni, la BBC a effectué un sondage auprès de 1 200 parents ayant des enfants de 10 à 16 ans qui a révélé que 54 % ne comprenaient pas les devoirs de leurs enfants, en mathématiques et en sciences en particulier[21]. Le manque de connaissances devient donc source de stress lorsque les parents se rendent compte qu’ils n’arrivent pas à aider les enfants à faire leurs devoirs.

Temps

Dans l’étude menée par Ipsos-Reid indiquée ci-dessus, le manque de temps est le deuxième obstacle le plus souvent cité par les parents qui tentent d’aider leurs enfants à faire leurs devoirs[22]. Selon l’Enquête sur l’attitude des Canadiens à l’égard de l’apprentissage menée en 2007, 46 % des parents considèrent ne pas passer assez de temps à aider leurs enfants au secondaire à faire leurs devoirs[23]. Les parents qui ont indiqué ne pas passer assez de temps à aider leurs enfants sont plus susceptibles de déclarer que les devoirs sont souvent une source de stress dans leur foyer, comparativement aux parents qui disent passer assez de temps à aider leurs enfants. Il est possible que les parents qui tentent d’équilibrer les différentes demandes professionnelles et familiales voient les devoirs à la maison comme un obstacle aux loisirs qui devient une source de stress[24].

Conseils

Il a été démontré que l’implication parentale dans les devoirs est bénéfique pour les enfants, mais qu’une participation inappropriée peut affecter l’apprentissage de l’élève au lieu de le favoriser[25]. Les parents ont besoin de conseils de la part des enseignants pour savoir comment leurs efforts seront les mieux déployés; toutefois, les parents ne trouvent pas toujours le soutien nécessaire, ou ne savent simplement pas qu’il est disponible. Par exemple, des études montrent que la moitié des enseignants du niveau secondaire ont très peu de contacts avec les parents concernant l’apprentissage des élèves[26]. Ce manque de communication devient source de stress lorsque les parents éprouvent des difficultés à participer aux devoirs à la maison.

Leçons en apprentissage : la participation efficace des parents aux devoirs à la maison

En règle générale, les parents ne devraient pas participer directement à l’exécution des devoirs. Ils peuvent faciliter les bonnes habitudes de travail sans participer directement à l’exécution des devoirs, en procurant à l’enfant un espace d’étude calme et bien éclairé et en s’assurant qu’ils possèdent tout le matériel nécessaire (livres, papier, crayons, etc.). Les parents peuvent aider l’enfant à gérer son temps afin de s’assurer qu’il réserve le temps nécessaire aux devoirs et qu’il ne les repousse pas à la dernière minute. Ils peuvent également aider leurs enfants à gérer leur charge de travail en les encourageant à commencer par les tâches les plus difficiles, pour finir par les devoirs les plus faciles alors qu’ils seront plus fatigués. Les parents peuvent aussi influencer leurs enfants en adoptant des attitudes et des comportements positifs, en faisant des « devoirs » en même temps qu’eux (p. ex., lire, payer des factures ou faire d’autres tâches de nature administrative)[27].

Pour de nombreux parents, la leçon la plus difficile est d’apprendre à ne pas intervenir dans l’exécution des devoirs et à donner des conseils sans fournir la réponse. Une trop grande intervention des parents peut éliminer les bienfaits des devoirs : apprendre à travailler d’une manière autonome est une aptitude importante que l’enfant doit acquérir, car elle lui servira tout au long de la vie. Toutefois, la plupart des enfants éprouvent des difficultés et demandent souvent de l’aide à leurs parents. Le cas échéant, la façon la plus efficace est d’aider les enfants à trouver la réponse plutôt que de simplement la leur donner. Si les parents remarquent que l’enfant éprouve des difficultés excessives, ils devraient communiquer avec son professeur : les professeurs peuvent en effet fournir les meilleurs conseils en matière de soutien et indiquer quelles sont les sources d’aides disponibles (par exemple, le tutorat). Même si l’enfant n’éprouve pas de grandes difficultés, il est important que les parents communiquent de façon efficace et régulière avec l’école qu’il fréquente afin d’être au courant du soutien qu’ils peuvent lui apporter dans le cadre des devoirs à la maison[28], [29], [30].

Bien que l’implication parentale dans les devoirs soit importante, les parents doivent s’assurer que leur niveau de participation est approprié. Pour diminuer certains facteurs de stress lié aux devoirs, les parents peuvent jouer un rôle de soutien qui ne nécessite aucune compétence particulière et qui ne leur prendra pas trop de leur temps, déjà limité.

Liens

Conseils aux parents liés aux devoirs des enfants


Références

[i] Van Voorhis, F. « Reflecting on the homework ritual: Assignments and designs », Theory into Practice, vol. 43, no 3.



[1] L’Enquête de 2007 sur l’attitude des Canadiens à l’égard de l’apprentissage : Résultats sur l’apprentissage aux niveaux primaire et secondaire.

[2] GILL, B. et S. Schlossman. « “A sin against childhood”: Progressive education and the crusade to abolish homework, 1897-1941, American Journal of Education, vol. 105, 1996, p. 27-66.

[3] COOPER, H. M. « Homework for all—In moderation », Educational Leadership, vol. 58, no 7, 2001, p. 34-38.

[4] COOPER, H. M. The battle over homework: common ground for administrators, teachers, and parents, Thousand Oaks, Californie, Corwin Press.

[5] Marzano, R. J. et D. J. Pickering. « Response to Kohn’s allegations ». Centennial, CO: Marzano & Associates. [En ligne], 2007. Consulté le 10 août 2007.

[6] Baumgartner, D., T. Bryan, M. Donahue et C. Nelson. « Thanks for Asking: Parent comments about homework, tests, and grade, Exceptionality, vol. 4, no 3, 1993, p. 177-185.

[7] KOHN. A. The homework myth: Why our kids get too much of a bad thing. Cambridge, Massachusetts, Da Capo Books, Perseus Books Group, 2006.

[8] Cooper (2001).

[9] Cooper (2007).

[10] MARSHALL, K. « La vie bien chargée des adolescents », L’emploi et le revenu en perspective, Ottawa, Statistique Canada, vol. 8, no 5, 2007, p. 5-15.

[11] L’Enquête de 2007 sur l’attitude des Canadiens à l’égard de l’apprentissage : Résultats sur l’apprentissage aux niveaux primaire et secondaire.

[12] Voir Cooper et autres (1998 et 2006) pour les études appuyant les avantages des devoirs et Kohn (2006) pour une étude ne les appuyant pas.

Cooper, H., J. L. Lindsay, B. Nye et S. Greathouse. « Relationships among attitudes about homework, amount of homework assigned and completed, and student achievement », Journal of Educational Psychology, vol. 90, 1998, p. 70-83.

Cooper, H., J. C. Robinson et E. A. Patall. « Does homework improve academic achievement? A synthesis of research », Review of Educational Research, vol. 76, 2006, p. 1-62.

[13] Cooper et autres. (2006)

[14] Chavkin, N. F. Families and schools in a pluralistic society. New York, State University of New York Press, 1993.

[15] Christenson, S. L. et C. J. Christenson. Family, school, and community influences on children’s learning: A literature review (Report No. 1, Live and Learn Project). Minneapolis, University of Minnesota Extension Service, 1998.

[16] EPSTEIN, J. L. (1991). « Effects on student achievement of teachers’ practices of parent involvement », dans S. B. Silvern (dir.), Advances in reading/language research: Literacy through family, community, and school interaction (vol. 5, 1991, p. 261-276). Greenwich, CT: JAI Press.

[17] Fantuzzo, J.W., G. Y. Davis et M. D. Ginsburg. « Effects of parent involvement in isolation or in combination with peer tutoring on student self-concept and mathematics achievement », Journal of Educational Psychology, vol. 87, no 2, 1995, p. 272-281.

[18] Walberg, H. J. « Improving the productivity of America’s schools ». Educational Leadership, vol. 41, no 8, 1984, p. 19-27.

[19] L’Enquête de 2006 sur l’attitude des Canadiens à l’égard de l’apprentissage : Apprentissage structuré aux niveaux élémentaire, secondaire et postsecondaire.

[23] L’Enquête de 2007 sur l’attitude des Canadiens à l’égard de l’apprentissage : Résultats sur l’apprentissage aux niveaux primaire et secondaire.

[24] Duxbury, L. et C. Higgins. « Work-Life Balance: Rhetoric versus Reality », Ottawa, Réseaux canadiens de recherche en politiques publiques, 2001.

[25] Cooper (2007)

[26] Dornbusch, S. M. et P. L. Ritter. « Parents of High School Students: A Neglected Resource », Educational Horizons, vol. 66, 1988, p. 75-77.

[28] Deslandes, R. et R. Bertrand. « Motivation of Parent Involvement in Secondary-level Schooling », The Journal of Educational Research, vol. 98 no 3, 2005, p 164-175.

[29] Hoover-Dempsey, K. V., O. C. Bassler et R. Burow. « Parents’ Reported Involvement in Students’ Homework: Strategies and Practices », The Elementary School Journal, vol. 95 no 5, 1995, p. 435-450.

[30] Kay, P. J., M. Fitzgerald, C. Paradee et A. Mellencamp. « Making homework work at home: The parent’s perspective », Journal of Learning Disabilities, vol. 27, 1994, p. 550-561.

The research on parental participation in homework activities provides lessons on how parents can alleviate the stressful aspects of homework while still providing support for their children’s homework routines.

La recherche sur la participation des parents aux devoirs permet de tirer des leçons sur la manière dont ces derniers peuvent diminuer le stress lié aux devoirs tout en encourageant leur enfant à adopter une routine de travail.