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Mensonge et tricherie : prendre en main la croissance de la malhonnêteté scolaire

La tricherie en milieu scolaire (qu'on appelle aussi « malhonnêteté scolaire ») a toujours existé. Cependant, depuis les 10 dernières années, des chercheurs et des enseignants signalent une montée spectaculaire de ce phénomène chez les élèves du secondaire et dans les établissements postsecondaires, ce qui semble découler de la présence croissante d'Internet.

Des chercheurs ont mis le doigt sur une diversité de raisons qui poussent les élèves et les étudiants à tricher : certains veulent améliorer leurs résultats scolaires ou éviter l'échec, mais également parce que leur définition de la malhonnêteté diffère de celle de leurs enseignants.

Un certain nombre de stratégies se sont heureusement révélées efficaces pour réduire la prévalence de la malhonnêteté scolaire, y compris l'utilisation de logiciels de vérification et la conception réfléchie des travaux et des évaluations.

La prévalence de la malhonnêteté scolaire au Canada

La malhonnêteté scolaire recouvre la tricherie, la fabrication de faux documents, le plagiat et la contrefaçon (voir l'encadré) et constitue un phénomène croissant dans les établissements d'enseignement secondaires et postsecondaires canadiens.

Les formes de malhonnêteté scolaire

La tricherie comprend tout moyen malhonnête utilisé pour obtenir des réponses aux questions posées dans un test, un examen ou un travail. Il peut s’agir :

  • de copier le contenu d’un examen ou d’un travail d’un autre étudiant;
  • d’obtenir des renseignements sur un examen sans en avoir l’autorisation;
  • de consulter des notes non admises lors d’un examen;
  • de soumettre un travail réalisé en tout ou en partie par une autre personne;
  • de soumettre un même travail pour divers cours sans en avoir obtenu l’autorisation;
  • de mentir pour obtenir un report d’échéance ou une reprise d’examen.

La fabrication consiste à falsifier ou à inventer des données ou des renseignements bibliographiques.

Le plagiat consiste à copier le travail ou les idées d’une autre personne sans citation appropriée.

La contrefaçon consiste à falsifier des documents officiels comme des relevés de notes ou des bulletins.

Selon une étude réalisée en 2006, près des trois quarts des étudiants canadiens qui en sont à leur première année d'études collégiales ou universitaires admettent avoir commis un acte grave de malhonnêteté scolaire lorsqu'ils étaient au secondaire[1]. Dans le cadre de l'étude réalisée par l'Université de Guelph et l'Université Rutgers de janvier 2002 à mars 2003, près de 20 000 étudiants et membres du corps professoral de 11 établissements postsecondaires (10 universités et un collège) des quatre coins du Canada ont été interrogés au sujet de la malhonnêteté scolaire au ège et à l'université.

On a posé aux étudiants en première année d'études postsecondaires des questions sur leur expérience au secondaire. D'entre eux, 73 % ont admis avoir commis au moins un acte de tricherie grave relativement à un travail écrit au secondaire, et 58 % ont admis avoir commis au moins un acte de tricherie grave dans le cadre d'un test (voir les définitions dans l'encadré). Les taux de malhonnêteté scolaire à l'université (premier cycle et cycles supérieurs) signalés étaient inférieurs, mais tout de même considérables.

Parmi les étudiants au premier cycle, 53 % ont admis avoir commis un acte de tricherie grave dans le cadre d'un travail écrit, et 18 % dans le cadre d'un test. Aux cycles supérieurs, 35 % ont admis avoir commis un acte de tricherie grave dans le cadre d'un travail écrit, mais seulement 9 % dans le cadre d'un test.

Il n'existe pas de données sur les grandes tendances au Canada, mais l'Université de Waterloo signale une augmentation de 81 % des cas de tricherie et de plagiat entre 2002–2003 et 2005–2006[2]. Le nombre de cas de plagiat impliquant Internet a presque triplé pendant cette période, passant de 54 en 2002–2003 à 153 en 2005–2006. Aux États-Unis cependant, les chercheurs révèlent que les taux d'aveu de cas graves de tricherie dans le cadre d'un test au collège ont bondi, passant de 39 % en à64 % en 1993[3].


Raisons poussant à la tricherie

Définitions de la tricherie

Les exemples suivants constituent des cas graves de tricherie dans le cadre d’un test :

  • copier les réponses d’un autre étudiant;
  • aider un autre étudiant à commettre un acte de tricherie;
  • utiliser des notes non admises.

Les exemples suivants constituent des cas graves de tricherie dans le cadre d’un travail écrit :

  • copier du matériel tiré d’une source imprimée ou d’Internet sans paraphraser adéquatement ou sans citer la source;
  • utiliser en son propre nom un travail effectué par une autre personne ou copier de grandes parties du travail d’une autre personne;
  • fabriquer de toutes pièces une bibliographie ou la falsifier;
  • présenter un travail effectué par un service de rédaction de travaux (paper mill).

Selon une étude, les raisons les plus apparentes de la malhonnêteté scolaire sont évidentes : la plupart de ceux qui commettent ces gestes cherchent à améliorer leurs notes ou à éviter l'échec[4]. Pourtant, selon certains travaux de recherche, les cas de tricherie tendent à se produire particulièrement dans certaines circonstances, par exemple, lorsque le mode d'évaluation produit inévitablement des gagnants et des perdants[5]. Par ailleurs, le risque d'être découvert est souvent faible (ou perçu comme tel), ce qui peut inciter à l'inconduite[6]. De plus, certains psychologues du comportement laissent entendre que la tricherie se produit lorsqu'elle est 'être découvert et puni est faible[7].

Certains chercheurs avancent l'idée que les élèves et les étudiants ne sont pas pleinement conscients des règles qui entourent la malhonnêteté scolaire, et peuvent donc les transgresser par mégarde[8]. En fait, les résultats d'une étude donnent à croire que de nombreux élèves et étudiants ont une définition de la malhonnêteté scolaire qui diffère de celle de leurs enseignants. Par exemple, l'étude de 2006 réalisée par l'Université de Guelph et l'Université Rutgers révèle que certains étudiants perçoivent un grand nombre d'actes de malhonnêteté scolaire comme ne constituant pas des cas de tricherie, ou comme étant des cas bénins, tandis que les membres du çoivent ces mêmes gestes comme étant moyennement ou très

Tableau 1 : Perceptions des étudiants et des membres du corps professoral à l'égard de la malhonnêteté

 

Taux de répondants considérant les cas énumérés comme n'étant pas de la tricherie ou comme étant bénins

Élèves du secondaire

Étudiants universitaires (premier cycle)

Corps professoral

Effectuer en équipe un travail que l'enseignant a demandé de réaliser individuellement

80

79

27

Recevoir une aide non autorisée

72

70

27

Cacher des livres ou du matériel utilisé en classe

54

49

22

Fabriquer ou contrefaire des données de laboratoire

51

36

3

Mentir pour obtenir un report d'échéance

50

46

24

Obtenir des questions ou des réponses d'examen d'une personne l'ayant déjà passé

47

50

12

Source : Hughes, J.M.C. et D.L. McCabe. « Academic misconduct within higher education in Canada », Canadian Journal of Higher Education, vol. 36, no 2, 2006, p. 1–21.

Si la malhonnêteté scolaire est tolérée (ou perçue comme telle) dans un établissement, les élèves ou les étudiants peuvent être particulièrement portés à tricher. Selon des études consacrées aux établissements postsecondaires aux États-Unis et au Canada, 41 % des membres du corps professoral admettent passer sous silence des cas possibles de malhonnêteté scolaire[9]. Les chercheurs font valoir que le fait de ne pas agir dans ces cas peut faire augmenter les taux de malhonnêteté, certains étudiants en venant à la conclusion qu'ils ne seront pas 'autres, qu'ils doivent tricher pour rivaliser avec

Le fait que les parents ne soient pas au fait du comportement de leur enfant facilite parfois la tricherie. La plupart des parents savent qu'il y a des cas de malhonnêteté scolaire à l'école de leur enfant, mais rares sont ceux qui reconnaissent prestement les infractions de leur propre enfant. Par exemple, 79 % des parents interrogés dans le cadre d'une étude affirment que des enfants fréquentant la même école que le leur téléchargent des rédactions d'Internet et les soumettent en leur propre nom, mais seulement 7 % d'entre eux reconnaissent que leur propre enfant a agi de la sorte (21 % des élèves admettent l'avoir fait)[10]. Ce manque de conscience peut empêcher les parents de prendre des mesures à l'égard èmes de malhonnêteté scolaire chez leur enfant.

La technologie au service de la tricherie

On peut dire de la majorité des élèves et des étudiants d'aujourd'hui que le jargon technologique est leur langue maternelle : ils ont grandi entourés d'ordinateurs, de téléphones cellulaires et d'autres appareils mobiles, et utiliser la technologie ne leur fait pas peur[11]. Cette « littératie technologique » semble toutefois aider certains d'entre àcommettre des actes de malhonnêteté scolaire.

L'accès facile à une connexion Internet haute vitesse permet de trouver et d'extraire de l'information facilement et rapidement, et, souvent, le risque d'être découvert est faible[12]. Selon une récente étude menée auprès d'élèves de la 7e à la 12e année de l'ensemble du territoire des États-Unis, plus de la moitié d'entre eux (52 %) admettent se servir d'Internet pour tricher. Près de 38 % des répondants ont déjà « copié et collé » du matériel en ligne pour le présenter comme étant leur travail, 32 % ont cherché sur Internet des manuels de l'enseignant afin de trouver des réponses aux questions de leur manuel, et 21 % ont téléchargé d'Internet 'ils ont soumis comme étant les leurs[13].

L'utilisation généralisée des téléphones cellulaires et d'autres appareils mobiles joue également un rôle dans ce phénomène. La même étude révèle que 35 % des élèves du secondaire admettent avoir utilisé au moins une fois un téléphone cellulaire pour tricher : 26 % d'entre eux y ont entreposé des notes pour les consulter pendant un examen, 25 % ont envoyé des messages texte à des amis pour obtenir des réponses, 20 % ont cherché des réponses sur Internet, et 17 % ont pris des photos de leur copie d'examen pour les envoyer à des amis.

Récemment, des technologies informatiques éliminant les limites de temps et d'espace ont rendu possible l'élargissement rapide des possibilités d'apprentissage en ligne de la maternelle à la 12e année ainsi qu'au niveau postsecondaire[14]. Au Canada, il existe des universités et même des écoles primaires qui mènent toutes leurs activités en ligne. C'est par exemple le cas de l'Université et du Alberta Distance .

L'absence d'interaction et d'encadrement directs dans le cadre des cours en ligne accroît la tentation de succomber à la malhonnêteté scolaire, un obstacle supplémentaire à la évention et à la détection de la tricherie et du plagiat[15].

Leçons d'apprentissage : Prendre des mesures à l'égard de la malhonnêteté scolaire

Tout comme la technologie a contribué à la hausse de la malhonnêteté scolaire, elle contribue à la prise de mesures à cet égard. Depuis quelques années, il existe sur le marché des logiciels qui comparent des travaux scolaires avec le contenu d'une base de données comprenant des milliers de travaux et de rédaction afin de relever des paragraphes ou des phrases identiques. Ces logiciels, dont Turnitin et iThenticate, peuvent aider les enseignants à repérer les cas de plagiat et à dissuader leurs élèves ou leurs étudiants de commettre des actes de malhonnêteté scolaire en les sensibilisant à la question et en augmentant la perception de risque[16]. Les outils de détection présentent toutefois une fiabilité limitée. On les sait efficaces pour détecter les cas de plagiat lorsque du texte est tiré de sources électroniques, mais ils sont inutiles lorsqu'un étudiant copie le contenu d'un livre ou traduit textuellement un passage. Il est également possible d'apprendre à modifier la 'un passage plagié de sorte que le logiciel ne le repère pas.

Sensibiliser les élèves et les étudiants aux types de comportements qui constituent des actes de malhonnêteté scolaire peut également être un moyen de prévention efficace. Une étude indique que les élèves et les étudiants qui reçoivent des indications précises sur la malhonnêteté scolaire sont moins susceptibles de tricher[17], tout comme ceux qui fréquentent un établissement ayant instauré un « code d'honneur »[18]. Il a été montré que ces deux mesures combinées (à savoir l'établissement d'un code d'honneur et l'explication de ce que constitue la malhonnêteté scolaire) favorisent la réflexion morale et découragent les comportements éthiques[19].

On trouve dans la 'honneur une série d'indications sur l'élaboration [20] :

  • définir les actes malhonnêtes de façon claire et précise, et agir de façon cohérente en fonction de ces définitions;
  • en appeler à l'intégrité des élèves et des étudiants;
  • réduire les sources de tentation à la tricherie;
  • favoriser la participation active et la pensée critique chez les élèves et les étudiants;
  • imposer des sanctions raisonnables, mais strictes;
  • éliminer les procédures excessives de résolution des cas de malhonnêteté potentielle.

La conception réfléchie de travaux et de modes d'évaluation peut également réduire la prévalence de la malhonnêteté scolaire[21]. On peut subdiviser les évaluations d'envergure, exiger que les élèves ou les étudiants rendent compte de l'évolution de leurs travaux ou leur demander de soumettre des versions préliminaires[22]. Il peut également être efficace d'aider les élèves à se concentrer sur l'apprentissage et la production de connaissances ainsi que de concevoir des modes d'évaluation éatifs[23].

Lorsque l'apprentissage est effectué en ligne, réduire la prévalence de la malhonnêteté scolaire suppose dans une certaine mesure de veiller à une communication suffisante entre élèves ou étudiants et enseignants. Il est également important de fournir 'utilisation appropriée des ressources. Voici d'autres [24] :

  • présentez une évaluation finale sur place ou sous forme de vidéo interactive représentant une part importante de la note finale;
  • renouvelez vos évaluations et vos tests d'un semestre à l'autre;
  • proposez des travaux personnalisés;
  • utilisez des logiciels de vérification;
  • donnez des examens à livre ouvert qui requièrent l'application des connaissances.

Conclusion

Des données récentes sur la malhonnêteté scolaire indiquent qu'une grande majorité d'élèves et d'étudiants commettent à l'occasion des actes malhonnêtes et que leurs enseignants choisissent souvent d'ignorer ces comportements. De nombreuses stratégies permettent aux enseignants de réduire la prévalence de la tricherie dans leurs cours, mais le problème est si répandu qu'il serait peut-être nécessaire d'appliquer des mesures à l'échelle du système scolaire pour prendre en main le problème de la malhonnêteté scolaire.


[1] Hughes, J.M.C. et D.L. McCabe, « Academic misconduct within higher education in Canada », Canadian Journal of Higher Education, vol. 36, no 2, 2006, p. 1–21.

[2] University of Waterloo, Academic Integrity Committee. Toward a Level Playing Field: Enhancing Academic Integrity at the University of Waterloo, 2007. (consulté le 23 mars 2009)

[3] McCabe, D.L., L.K. Treviño et K.D. Butterfield, « Cheating in academic institutions: A decade of research », Ethics & Behavior, vol. 11, no 3, 2001, p. 219–232.

[4] Szabo, A. et J. Underwood, « Cybercheats: Is information and communication technology fuelling academic dishonesty? », Active Learning in Higher Education, vol. 5, no 2, 2004, p. 180–199.

[5] Chiesl, Newell, « Pragmatic methods to reduce dishonesty in web-based courses », Quarterly Review of Distance Education, vol. 8, no 3, p. 203–211.

[6] Szabo, et Underwood, « Cybercheats: Is information and communication technology fuelling academic dishonesty? »

[7] Etter, S., J.J. Cramer et S. Finn, « Origins of academic dishonesty: Ethical orientations and personality factors associated with attitudes about cheating with information technology », Journal of Research on Technology in Education, vol. 39, no 2, 2006, p. 133–155.

[8] Ma, H., E. Y. Lu, S. Turner et G. Wan, « An empirical investigation of digital cheating and plagiarism among middle school students », American Secondary Education, vol. 35, no 2, 2007, p. 69–82.

[9] McCabe, D.L. « Cheating among college and university students: A North American perspective », International Journal of Educational Integrity, vol. 1, no 1, 2005, p. 1–11.

[11] Arhin, A. O. « A pilot study of nursing student's perceptions of academic dishonesty: A generation Y perspective », ABNF Journal, vol. 20, no 1, 2009, p. 17–21.

[12] Gibelman, M., S. R. Gelman et J. Fast, « The downside of cyberspace: Cheating made easy », Journal of Social Work Education, vol. 35, no 3, 1999, p. 367–376.

[13] Common Sense Media. Hi-Tech Cheating: Cell Phones and Cheating in Schools, A National Poll.

[14] Rice, K. L. « A comprehensive look at distance education in the K-12 context », Journal of Research on Technology in Education, vol. 38, no 4, 2006, p. 425–448.

[15] Jocoy, C., et D. DiBiase, « Plagiarism by adult learners online: A case study in detection and remediation », International Review of Research in Open and Distance Learning, vol. 7, no 1, 2006, p. 1–15.

[16] Martin, D. F. « Plagiarism and technology: A tool for coping with plagiarism », Journal of Education for Business, vol. 80, no 3, 2005, p. 149–152.

[17] Soto, J. G., S. Anand et E. McGee, « Plagiarism Avoidance: An empirical study examining teaching strategies », Journal of College Science Teaching, vol. 33, no 7, juillet-août 2004, p. 42–48.

[18] McCabe, D. L., et W. J. Bowers, « Academic dishonesty among males in college: A thirty year perspective », Journal of College Student Development, vol. 35, no 1, 1994, p. 5–10.

[19] McCabe, D. L., et L. K. Trevino, « Academic dishonesty: Honor codes and other contextual influences », Journal of Higher Education, vol. 64, 1993, p. 522–538.

[20] Pavela, G., et D. McCabe, « The surprising return of honor codes », Planning for Higher Education, vol. 21, no 4, 1993, p. 27–32.

[21] Joyce, D. « Academic integrity and plagiarism: Australasian perspectives », Computer Science Education, vol. 17, no 3, 2007, p. 187–200.

[22] McAnear, A. « The best defense is a good offense. Keep the focus on knowledge generation and communication », Learning and Leading with Technology, vol. 32, no 7, 2005, p. 4.

[23] Lyons, J. F. « Teaching U.S. history online: Problems and prospects », History Teacher, vol. 37, no 4, 2004, p. 447–456.

[24] Kennedy, K., S. Nowak, R. Raghuraman, J. Thomas et S. F. Davis, « Academic dishonesty and distance learning: Student and faculty views », College Student Journal, vol. 34, no 2, 2000, p. 309–314.